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Écoles d'ingénieurs en alternance : taillées pour les bac+2

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Environ 180 diplômes d’ingénieur sont accessibles en apprentissage : ces formations, de plus en plus appréciées des recruteurs, doivent faire face à un afflux de candidats.

En cinq ans, le nombre de diplômes d'ingénieur préparés en alternance a presque doublé, passant de 91 en 2005 à plus de 180 à la rentrée 2012. La CTI estime ainsi à plus de 3 700 les diplômés par la voie de l'apprentissage, soit 12 % du total des diplômés. Un taux qui s'élèvera à 15 % dans deux à trois ans. Une mine qui fait le bonheur des titulaires de DUT et de BTS qui, grâce à cette filière, décrochent un titre d'ingénieur et un niveau master.

Des cursus moins élitistes...

Certaines écoles ne pratiquent que l'apprentissage, d'autres ont en parallèle un cursus classique. Dans tous les cas de figure, ces formations en alternance ont su imposer leur méthode. L'expérience de terrain forme des ingénieurs qui sont immédiatement opérationnels en production. Électronique, mécanique et productique, bâtiment et travaux publics, informatique industrielle ou encore aménagement paysager de l'espace, un grand nombre de spécialités sont aujourd'hui concernées.

BTS, DUT : la vogue de l'apprentissage. Les cursus en alternance sont particulièrement conçus pour les titulaires de BTS et de DUT. Dominique Perrin, directeur de l'ESIEE Engineering à Marne-la-Vallée (77), le confirme : "L'apprentissage permet d'attirer des publics nouveaux, comme des titulaires de bac+2 motivés qui ne seraient sans doute pas venus en école d'ingénieurs sans la possibilité de faire leurs études en alternance. Il permet aussi de travailler dans une relation enrichissante, dans un triangle apprenti/école/ entreprise qui renouvelle la pédagogie."

Le BTS et le DUT peuvent être complétés par une classe préparatoire ATS (adaptation technicien supérieur) d'un an pour maximiser les chances de réussite. Quinze pour cent des élèves ingénieurs sont issus de ces cursus. De manière un peu caricaturale, les établissements apprécient leur pragmatisme et leur sens du concret plus développés que celui des élèves de prépa. Différence de taille avec les cursus "classiques", le re­crutement s'effectue très souvent sur dossier. Mais, fortes de leurs succès, ces formations doivent faire face à un afflux de candidats.

... mais sélectifs

La sélection étant souvent éloignée des recrutements "académiques", mieux vaut donc s'y préparer correctement. Dans tous les cas, les postulants sont soumis à deux critères de sélection incontournables : l'admissibilité dans l'école et l'embauche par une entreprise. Chaque établissement a sa propre politique de recrutement.

Pas de bachotage. Le CFAI Ingénieurs 2000 de Champs-sur-Marne prévoit, par exemple, une première sélection, close en avril, sur dossier scolaire et tests de mathématiques, de français et d'anglais. Les candidats retenus sont ensuite ­soumis à un entretien de motivation. Il leur reste encore à trouver un employeur pour que l'inscription soit définitive. C'est là que tombe le couperet. "Après le concours, témoigne Gilles, qui vient d'y terminer son apprentissage, nous étions 40 sélectionnés. Mais seuls les 20 premiers qui ont réussi à trouver un contrat ont été inscrits."

Un projet. À l'ISTP, tous les candidats sont vus lors d'une première journée marathon de ­sélection (tests de maths, physique, logique, expression écrite et anglais). Une seconde journée est consacrée à un entretien de motivation de plus de trente minutes devant des industriels et le jury de l'école, avec un atelier de techniques de recherche d'emploi. Au cœur de ce recrutement : le projet du candidat.

Trois années denses

Décrocher un passeport d'entrée et trouver une entreprise d'accueil n'est bien sûr qu'un début. Même si le parcours à suivre est difficile, rares sont les jeunes qui regrettent l'expérience. "Suivre un cursus dans une école d'ingénieurs nous transmet une autre image de nous-mêmes, confirme Quentin, ancien apprenti à Polytech' Paris-UPMC. Parce qu'avec un rythme d'une semaine sur deux de présence à l'école, il n'y a pas de relâche possible. Il faut ap­prendre à fournir davantage de travail personnel et à devenir totalement autonome."

Sept jours sur sept. Avant de postuler, mieux vaut savoir où l'on met les pieds. Sorti de chez lui à 7 h 20, rentré à 20 heures, Quentin se rappelle de bien longues journées : "Le rythme était intense, c'était difficile. J'aurais aimé ne pas avoir à travailler chez moi après le boulot." À mi-temps en entreprise et à mi-temps à l'école, les apprentis doivent à la fois assimiler vite les enseignements, faire face à un rythme soutenu et à une lourde charge de travail.

Bien encadré. Une exigence que vient compenser un encadrement performant, car les apprentis profitent souvent d'un tutorat de qualité. "Le relationnel avec les enseignants était très différent de ce que j'avais connu en terminale. Si un contrôle était jugé moyen, les profs n'hésitaient pas à ajouter des cours pour combler les lacunes. Je n'avais jamais vécu ce type de démarche", confie Quentin. Résultats : la plupart des apprentis vont jusqu'au bout, décrochent leur diplôme, puis un emploi.

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