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Reportage

ApprentiScènes 2016 : les apprentis bouchers grillent les planches

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Belen Lorenzo, metteur en scène, coache les apprentis bouchers pour les ApprentiScènes 2016. // © Virginie Bertereau
Belen Lorenzo, metteur en scène, coache les apprentis bouchers pour les ApprentiScènes 2016. // © Virginie Bertereau

On peut être apprentis bouchers et apprentis comédiens. La preuve par quatre avec Anthony, Jason, Jason et Jérémy. Élèves au CFA Métiers de la viande, à Paris, ils participent au concours ApprentiScènes 2016. Une compétition théâtrale réservée à des jeunes Franciliens en apprentissage. Reportage lors d’une répétition.

Levée de rideau au CFA (centre de formation des apprentis) Métiers de la viande, à Paris. Dans une salle de classe classique, Belen Lorenzo, comédienne et metteur en scène, a rendez-vous avec Jason, Jason et Jérémy, trois apprentis en brevet professionnel de boucherie. Anthony, le quatrième compère, est souffrant.

Ce mercredi de mars, pas de désossage prévu. Pendant 2 heures, les apprentis bouchers vont jouer. Tous trois ont répondu à la proposition de leur professeur de français et de culture générale : participer au concours des ApprentiScènes 2016 (lire l'encadré). "On nous a montré des vidéos de l'édition précédente. Je me suis porté volontaire en me disant que cela pouvait m'apporter de l'assurance, de la confiance en moi. Dans notre métier, on en a besoin face au client. On fait déjà un peu de théâtre : il faut sourire en toute circonstance", explique Jason "1", 19 ans. "L'autre" Jason, 19 ans également, est quant à lui intéressé par le "travail de groupe".

La saynète, courte, oblige à aller à l'essentiel, à faire passer le message comme dans une pub.

Le secret du grand-père

Aujourd'hui, l'objectif de la séance est de trouver des idées pour écrire la saynète de 3-4 minutes qu'ils présenteront au jury, creuser les personnages, penser à des dialogues. Le tout sur la base d'improvisations réalisées lors des séances passées. "Les impros les poussent à inventer. Ce qui peut en ressortir, en matière de personnalité, de fantaisie, est toujours surprenant et cela me sert", indique Belen. La metteur en scène présente aux garçons un synopsis auquel elle a pensé pour eux, autour de leur métier. "C'est le jour des 80 ans du grand-père. Une réunion de famille avec les deux fils et le petit-fils est prévue chez lui. La scène se passe en 2046. La bonne viande a disparu du commerce. Le père est devenu végétarien, blasé. L'oncle se plaint que "c'était mieux avant". Le petit-fils, lui, n'a jamais connu rien d'autre que les graines et les légumes. Le grand-père va leur faire découvrir son secret : une chambre froide longue congélation où il a entreposé de la viande et tout un tas d'appareils d'autrefois (hachoir, barbecue, gril...)", raconte Belen avant de demander aux comédiens leur ressenti.

Les garçons délivrent de timides avis. L'énergique metteur en scène les pousse à s'exprimer davantage : "Il faut que vous me donniez de la matière. Il faut trouver un message qui serve votre passion et votre métier. Je vous demande d'avoir des idées, de la dynamique."

Le travail de Belen : pousser les apprentis comédiens pour faire émerger des idées.

12 heures chrono pour être prêts

Pour les décontracter, Belen leur propose des échauffements : assouplissements, marche dans l'espace, travail sur la voix... Début avril, ils joueront dans un théâtre de 700 places. "Ce qu'on fait là, cela doit vous servir pour la vie de tous les jours. Donnez et vous recevrez", assure-t-elle. Les apprentis sont encore un peu gênés. Suivent ensuite des improvisations pour se mettre en jambe.

À 16 h 30, ils commencent à travailler la saynète. Jérémy sera le grand-père, Jason 2 le fils, l'autre Jason 1 le petit-fils. Au fur et à mesure, les comédiens se détendent, les idées viennent, les dialogues s'écrivent. "C'est un groupe de personnalités différentes qui se complètent très bien", se réjouit leur "coach".

Petit à petit, les apprentis prennent de l'aisance. Les personnages se créent.

En 1 heure, l'écriture de l'histoire a bien avancé. "Notre saynète commence à prendre forme", se félicite Jason 2. Une bonne chose car les apprentis, qui prennent sur leur temps de cours, ont peu de séances de répétition. Entre décembre et avril, seulement 12 heures de travail sont prévues avec Belen pour concevoir la scène. Un tour de force. "Cela nous demande beaucoup de concentration, d'inventer vite", admet Jérémy.

Les apprentis bouchers joueront le 7 avril au théâtre du Gymnase, à Paris. S'ils sont qualifiés, ils disputeront la finale du concours le lendemain.

Les ApprentiScènes, c'est quoi ?

Les ApprentiScènes fêtent leurs 10 ans ! À l'occasion de cette édition 2016, 60 groupes de 4 à 6 apprentis des 50 CFA (centres de formation des apprentis) d'Île-de-France seront en lice du 4 au 8 avril, à Paris. Ils proposeront leurs saynètes au jury composé de professionnels du théâtre, de personnalités et de journalistes. Les 13 meilleurs groupes pourront disputer la finale, le 8 avril.
L'objectif de ce concours organisé par la région est double : faire jouer les jeunes participants mais aussi leur donner des clés à réutiliser dans leur vie professionnelle pour les aider à mieux s'intégrer en entreprise. À travers le théâtre, ils apprennent à s'exprimer clairement, travailler en équipe, gérer leur temps, prendre des initiatives, vaincre leur timidité...
Vous voulez assister aux représentations ? La billetterie en ligne est ouverte. Les places sont gratuites, mais il faut réserver.