Comment je suis devenu un pro des effets visuels

Julien, animateur 3D // © Lionel Derimais pour l'Etudiant

Il crée, par ordinateur, des effets visuels pour le cinéma et les séries. 
Ce magicien de l’image intervient avant le tournage pour mettre en mouvement les personnages et les décors conçus en 3D. Découverte du parcours scolaire de Julien, qui n’a pas été un long fleuve tranquille.

Julien, 31 ans, est animateur 3D (l’intitulé exact de son poste est "superviseur previs") pour le studio londonien The Third Floor. Il crée, par ordinateur, des effets visuels en 3D (VFX) – une tempête ou une vague géante, par exemple – pour le cinéma et les séries. "Attention, il ne faut pas confondre les effets visuels avec les effets spéciaux [SFX]. Les cascades et autres explosions sont, elles, bien réelles et produites pendant le tournage", tient-il à préciser d’emblée. Pour illustrer la différence entre ces deux notions, il prend l’exemple d’une scène de "Game of Thrones" sur laquelle il a travaillé, et dans laquelle on peut voir un dragon enragé cracher du feu. Le dragon est un effet visuel créé de toutes pièces. Les flammes sont des effets spéciaux réalisés en plateau à l’aide d’un lance-flammes et d’une grue télécommandée reproduisant la hauteur et le mouvement de l’animal mythique.

"La projection privée avec les équipes est un moment presque magique"

Une fois la série ou le film fini, la projection privée avec toute l’équipe technique est un moment "gratifiant, émouvant, presque magique". Les animateurs ne peuvent s’empêcher d’attendre avec impatience les plans qu’ils ont réalisés. Des plans qui en mettront plein la vue à des milliers, voire des millions de spectateurs. Julien a son nom au générique de superproductions telles que" Fast & Furious 6", "Inception", "Avengers : l’ère d’Ultron" ou encore "Rogue One : A Star Wars Story", qui a dépassé les 4 millions d’entrées en France.

"Il ne faut pas que le spectateur se dise : 'C’est tiré par les cheveux'"

"Le mieux, pour comprendre mon travail, est de prendre l’exemple d’un plan précis", lance Julien. Dans le dernier volet de la série "Star Wars, l’Étoile de la mort", une immense station spatiale munie d’un super laser, tire sur la planète occupée Jedha. Le jeune animateur intervient entre le storyboard (découpage plan par plan d’un film sous forme de BD) et le tournage. Environ un an avant celui-ci, Julien et le chef des animateurs previs se réunissent pour imaginer un plan de 5–6 secondes à la fois spectaculaire, dynamique et vraisemblable. Ensemble, ils réfléchissent aux dégâts que l’Étoile de la mort peut infliger à la planète, aux placements et aux mouvements des caméras et des personnages. L’un de ces derniers a le temps d’assister à l’explosion, de monter dans un vaisseau spatial et de quitter Jedha. L’action doit paraître réaliste et cohérente. Il ne faut surtout pas que le spectateur se dise : "C’est tiré par les cheveux, on n’y croit pas." Toutes les idées font la navette entre l’équipe des animateurs previs, dont fait partie Julien, et le réalisateur du film, Gareth Edwards.

Lire aussi : Le banc d'essai des écoles de cinéma d'animation

"Les animateurs sont un peu comme des enfants"

Vient ensuite le temps de mettre les idées en images. Julien récupère les personnages et les décors, comme l’Étoile de la mort ou la planète Jedha, créés par une équipe composée de modeleurs 3D. Sa mission consiste à animer, c’est-à-dire à mettre en mouvement cette matière première. Par exemple : il fait voler l’Étoile de la mort dans l’espace, décoller le vaisseau spatial conduit par le personnage en fuite, etc. Pour ce faire, le jeune animateur utilise Maya (logiciel d’animation). "Les animateurs sont un peu comme des enfants, compare-t-il. Ils inventent des péripéties à partir de leurs jouets, qui sont les différents éléments en 3D."

"En animation, le travail d’équipe n’est pas une option"

La mission de Julien et des artistes previs s’arrête ici. Après le tournage, qui dure plusieurs mois, d’autres animateurs prennent le relais, les artistes postvis. Ces derniers sont chargés de récupérer les plans du tournage (le personnage en fuite, par exemple, joué sur un fond vert par un acteur en chair et en os) afin de les incorporer aux images créées par les previs (l’Étoile de la mort attaquant la planète Jedha). Le plan complet mêle ainsi images de synthèse fabriquées par ordinateur et prises de vue réelles.

Julien est à la fois 
un professionnel du cinéma et de l’animation. // © Lionel Derimais pour l'Etudiant

Les animateurs peuvent être une dizaine, voire plus, sur un seul et même plan. "Le travail de chacun doit matcher avec celui des autres pour former un film à la fois cohérent et homogène", précise Julien, avant d’ajouter : "En animation, le travail d’équipe n’est pas une option." Cet aspect collaboratif, à mille lieues de l’image de l’animateur seul derrière son ordinateur, lui plaît. Quand on demande à Julien si l’animation est une affaire de geeks, il répond : "Pas nécessairement, non… Mais la plupart de mes collègues le sont, dans le sens où ils sont fans de science-fiction ou de jeux vidéo !"

Lire aussi : Animation et jeux vidéo : entreprises recherchent diplômés désespérément

Julien est un professionnel à la fois du cinéma et de l’animation. Il maîtrise le logiciel d’animation Maya, ainsi que les rudiments du cadrage, de la composition et des mouvements de caméra. Ses journées commencent à 9 heures et se finissent à 18 heures. Dans les moments de rush, il lui arrive de finir "beaucoup, beaucoup plus tard". Après huit ans d’expérience, sa rémunération annuelle est comprise "entre 55.000 et 79.000 €.

"L’année du bac, je me suis mis à chercher une école d’animation"

Au collège, Julien ambitionne d’être animateur 3D. Sa décision est prise depuis qu’il a vu "Matrix" et "Le Seigneur des anneaux". "J’étais un élève très moyen avec tout juste 10/20 de moyenne", se souvient-il. En troisième, il rencontre la conseillère d’orientation et son rêve s’écroule. Ses résultats scolaires ne lui permettent pas de prendre le chemin de l’animation. Il se retrouve, à contrecœur, en BEP (brevet d’études professionnelles) électrotechnique, puis en bac professionnel PSPA (pilotage de systèmes de production automatisée).

L’année du bac, Julien commence à se poser des questions : "Je ne me voyais pas passer le restant de mes jours sur une machine de production. Je me suis donc mis à chercher une école d’animation." Le jeune homme mise plutôt sur les écoles privées, plus onéreuses mais peut-être moins sélectives que les écoles publiques. Il se renseigne sur Internet et se rend aux journées portes ouvertes. À l’ESMA (École supérieure des métiers artistiques) Montpellier, il parvient à présenter son parcours et son carnet de croquis à la directrice de l’établissement, qui lui dit alors : "Tu m’as l’air très motivé. Si tu as ton bac, je t’accepte dans l’école." Julien intègre le cursus en cinéma d’animation de l’école (en quatre ans et certifié niveau I au Répertoire national des certifications professionnelles ) quelques mois plus tard.

"J’ai failli m’évanouir d’émotion !"

Du premier au dernier jour de cours, Julien a "les yeux grands ouverts et la mâchoire tombante". Les anecdotes et autres bonnes pratiques des intervenants en poste le fascinent. Il se sent enfin à sa place. En dernière année, les étudiants de l’ESMA doivent réaliser un court-métrage, qui est évalué, devant un amphithéâtre plein à craquer, par un jury composé d’une vingtaine de recruteurs et d’animateurs de Disney, Dreamworks ou Double Negative. "Je n’oublierai jamais ce jour-là, confie Julien, ce fut à la fois une torture et une chance."

Il monte sur l’estrade avec quatre camarades pour présenter "Get Out", un petit film d’une durée de sept minutes et demie. "Un animateur de Disney a alors demandé : 'Qui a réalisé le dernier plan ? l’animation est parfaite.' J’ai levé la main en tremblant et toute la salle a applaudi", se souvient Julien. J’ai failli m’évanouir d’émotion !" Un moment de gloire qui lui a permis de se distinguer de ses camarades. Quelques jours plus tard, un recruteur de Double Negative, membre du jury, lui proposait un CDD (contrat à durée déterminée) de six mois à Londres.

Comment devenir animateur 3D

Les Gobelins-l’École de l’image (Paris) est reconnue dans le monde entier pour la 2D et l’animation pure (mise en mouvement des personnages et des décors). D’autres établissements français, en trois ou cinq ans, rivalisent désormais avec la doyenne des écoles d’animation. Leurs particularités : Pivaut (Nantes) et Émile-Cohl (Lyon) mettent l’accent sur l’illustration et le dessin à la main, l’ESMA (Lyon, Montpellier, Nantes, Toulouse) joue à fond la carte de l’international. Citons également ArtFx (Montpellier) et Supinfogame-Rubika (Valenciennes), tous deux renommés dans le domaine des effets spéciaux, et La Poudrière (Valence), qui forment à la réalisation de films d’animation.

Pour aller plus loin