Céline s'est engagée dans des études de droit grâce à la série "Ally McBeal"

Céline, "Dans la série 'Ally McBeal', on ne voit jamais les avocats bosser leur dossier !" // © Florence Levillain pour L'Étudiant

Céline, 27 ans, est avocate en droit pénal des affaires à Lille. C'est sa passion pour l'héroïne de la série "Ally McBeal", qui l'a poussée à choisir ce métier.

Pour Céline, tout s'est joué au lycée. "La série 'Ally McBeal' passait à la télé ; il fallait attendre une semaine pour voir le prochain épisode ! J'étais fan du personnage : elle était belle, mince, fantasque et forte !" À 27 ans, cette avocate en droit pénal des affaires, à Lille, a toujours un réel enthousiasme à évoquer Ally McBeal, héroïne de la série américaine du même nom, diffusée pour la première fois en France à partir de 1998.

"Dans la série, ils sont plus amis que collègues !"

C'est, en effet, sa passion pour cette série qui l'a poussée à vouloir faire du droit. Avocate dans un cabinet installé à Boston aux États-Unis, incarnée par l'actrice Calista Flockhart, Ally McBeal évolue dans un univers fait de fauteuils club, de pots entre collègues à la fin de la journée, de plaidoiries émouvantes et de complicité avec ses clients. "La bonne moitié de la série se passe dans le cabinet d'avocats, avec ses collègues, se souvient Céline. Ils sont davantage ses amis que ses collègues. Je m'imaginais bien travailler plus tard dans ce type d'atmosphère !"

Son bac ES en poche, Céline s'inscrit à l'université Paris 2-Panthéon-Assas, où elle suivra un cursus classique : licence, master, puis concours du barreau et école d'avocats, dont elle sort en 2014. Au début de ses études, Céline prend conscience d'un premier décalage entre l'image du métier d'avocat, véhiculé par la série, et la réalité. "En fait, on est attiré par le métier plus que par les études, et on se retrouve dans un cursus qui n'a aucun rapport au quotidien avec le métier d'avocat qu'on fera après, sourit Céline. Les études sont très scolaires, mes professeurs d'amphi n'étaient pas des avocats, et ceux qui enseignaient en TD [travaux dirigés] ne parlaient pas de leur métier !" Céline se rend compte, en outre, à ce moment-là que les études de droit ne mènent pas seulement au métier d'avocat !

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"Dans la vraie vie, rechercher l'information, c'est 90 % du temps"

Son premier contact avec la profession n'interviendra qu'en fin de master 1, lors d'un stage dans un petit cabinet qui faisait du contentieux. "À ce stade, je me suis dit que j'avais déjà un bac + 4 et que j'étais tout juste capable de donner une réponse juridique à un problème posé… tant la formation est peu pratique !" Le choc intervient aussi pour Céline face à la masse de travail. "Dans la série, on ne voit jamais les avocats bosser leurs dossiers… Ally n'ouvre jamais de livres, ne manipule aucun papier, elle semble tout savoir ! Alors que dans la vraie vie, rechercher l'information, c'est 90 % du temps : on cherche dans les différents codes, les revues juridiques… car il y a rarement de réponses toutes faites !"

Lors de son stage, Céline découvre aussi la prestance de la plaidoirie à la française. "Ally plaide en tailleur ! Lors des premières audiences auxquelles j'ai assisté, j'ai trouvé que la robe d'avocat, c'était beaucoup plus stylé ! Cela dépassait la série !" Autre décalage, repéré par Céline : "Ally ne se déplace jamais, elle plaide toujours au même endroit, ce n'est pas du tout réaliste, en tout cas en France : les avocats en contentieux se déplacent souvent pour une expertise, une audience…"

"Ally plaide un divorce le matin et un meurtre le soir... C'est impossible !"

En école d'avocats, Céline poursuit sa professionnalisation et intègre un autre cabinet d'avocats pour un second stage. "L'associé du cabinet, un avocat très réputé, m'a demandé pourquoi j'avais voulu devenir avocate lors d'un déjeuner d'équipe, et je lui ai parlé de ma passion pour la série. Il m'a répondu qu'il avait lui-même tous les DVD chez lui !" Pendant cette période, Céline réalise également à quel point le quotidien d'Ally McBeal est fictionnel : "Ally plaide un divorce le matin et un meurtre le soir. C'est absolument impossible  ! Chaque avocat a un domaine de spécialité…", explique la jeune femme, qui s'est décidée assez tôt pour le droit pénal.

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"On ne la voit jamais téléphoner à ses clients"

En 2014, Céline est recrutée comme collaboratrice par un cabinet d'avocats de taille modeste, selon son souhait. Dès la première semaine, elle fait l'expérience douloureuse de la difficulté du métier. "On m'a demandé d'envoyer un e-mail à un client représentant une grosse entreprise du CAC 40, ce que j'ai fait, et ensuite mon boss m'a reproché de ne pas avoir appelé le client avant, en me disant : 'Tu te rends compte de qui il s'agit !' J'ai compris que j'engageais ma responsabilité et qu'en quelque sorte, c'était chacun pour soi !"

Céline le reconnaît, écrire des e-mails à des clients est particulièrement difficile pour un jeune avocat les 6 premiers mois d'exercice : "Je pouvais mettre 45 minutes à trouver la bonne formulation pour un texte de 3 lignes ; une heure et demie pour 20 lignes…" Ally McBeal, son double idéalisé, n'écrit, quant à elle, jamais d'e-mail… et pour cause, à l'époque, le Web en était à ses balbutiements ! "Mais on ne la voit jamais non plus téléphoner à ses clients. C'est incroyable, ils viennent tout le temps la voir en rendez-vous !"

"C'est un métier où il faut de plus en plus commercialiser son travail"

De même, Ally McBeal n'a pas à courir après les clients… ce qui est loin de la réalité selon Céline. "Comme avocat, on est juriste, mais aussi commercial et comptable ! Le service au client pèse très lourd, on doit toujours répondre au plus vite et vanter ses mérites, pour garder ses dossiers, la concurrence est rude !" Un aspect du métier que Céline déplore. D'autant que chez certains de ses jeunes confrères, la réalité est encore plus difficile : "J'ai des amis qui n'ont pas été recrutés dans des cabinets, et qui sont dans des situations très précaires… alors même qu'ils étaient d'excellents étudiants !" Et Céline de conseiller de "ne pas avoir peur de facturer le temps vraiment passé à un dossier" : dans la série, il n'est jamais question d'argent ou d'honoraires, Ally est sollicitée en permanence… En réalité, être avocat est un métier où il faut de plus en plus commercialiser son travail !"

Depuis 3 années qu'elle exerce, Céline en est heureuse et fière. Et on le comprend aussi, ces débuts professionnels ont été particulièrement formateurs !

La série télévisée américaine Ally McBeal, diffusée pour la première fois en France en 1998, met en scène un cabinet d'avocats huppé de Boston.

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