1. Passer le bac en prison : Medhi, un candidat (presque) comme les autres
Reportage

Passer le bac en prison : Medhi, un candidat (presque) comme les autres

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Quatre détenus du centre d'arrêt des Hauts-de-Seine à Nanterre passent un bac pro gestion-administration. // © Isabelle Dautresme
Quatre détenus du centre d'arrêt des Hauts-de-Seine à Nanterre passent un bac pro gestion-administration. // © Isabelle Dautresme

Tous les ans, des détenus passent le bac en prison. Cette année, ils sont environ 300 candidats. L’Etudiant est allé à la rencontre de l’un d’eux à la maison d’arrêt de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Reportage.

“Je serai vraiment fier d’avoir mon bac, lâche, d’une voix posée, Medhi. C’est important pour moi de voir de quoi je suis capable.” Incarcéré à la maison d’arrêt de Nanterre, le jeune homme âgé de 32 ans entend bien décrocher son bac professionnel gestion-administration.

Ce vendredi matin 17 juin, il planche sur l’épreuve prévention-santé-environnement (PSE). Dans l'une des sept salles de cours que compte “l’école”, ils sont quatre détenus à noircir des copies anonymes sous le regard attentif de deux enseignantes. Par intermittence, le soleil s’insinue à travers les barreaux des fenêtres, inondant la salle d'une lumière crue.

La maison d'arrêt des Hauts-de-Seine accueille dans son

Se montrer motivé

Ils sont quelque 300 détenus en 2015 à passer le bac en prison. À Nanterre, “l’école” accueille 120 adultes, tous volontaires, encadrés par 22 enseignants dont six permanents. “Les élèves sont de niveaux très hétérogènes. Nos cours vont de l’alphabétisation, à la préparation au bac, voire aux études supérieures à distance”, précise Sylvie Paré, la dynamique responsable locale de l’enseignement. Cela fait quinze ans que cette institutrice spécialisée tente de redonner le goût d’apprendre aux détenus sans jamais se défaire de son sourire bienveillant.

A leur arrivée à la prison, elle reçoit tous les détenus et leur explique le fonctionnement de l’école. Pour être retenus, mieux vaut être motivé ou être scolarisé au moment de l’incarcération. “Certains peuvent être tentés de rejoindre l’école pour “s’occuper”. Mais avec 24 heures de cours par semaine, ils ne tiennent pas sur la durée. S’ils sont trop souvent absents, ils sont renvoyés”, prévient la responsable.
Sur les 25 candidats inscrits au bac pro GA, au final, seulement quatre le passent dans les locaux de la prison. “Entre les libertés conditionnelles ou les transferts, il y a beaucoup de turn-over parmi les détenus, note Sylvie Paré. Quand ces changements ont lieu au moment des examens cela pose problème.” Et la responsable de raconter l’exemple d’un jeune qui a refusé une remise de peine la veille de passer le bac.

Un candidat au bac comme un autre

Pour Medhi, suivre les cours et préparer le bac s’est imposé comme une évidence. “Je me suis dit que comme j’étais bloqué ici, autant mettre ce temps à profit et préparer un diplôme qui pourra m’aider à trouver un boulot à la sortie et qui me sera utile dans la vie quotidienne, pour remplir des documents administratifs, par exemple”.

Aujourd’hui, le jeune homme est un candidat au bac comme un autre. Il planche sur les mêmes épreuves que ceux scolarisés en lycée, dans les mêmes conditions, et ses copies seront mélangées aux autres et donc corrigées par les mêmes jurys. Seules différences : en maison d’arrêt, il n’y a pas de contrôle continu (toutes les évaluations sont ponctuelles) et ce sont les jurys qui se déplacent pour les oraux. Quant aux stages, obligatoires en bac professionnel (réduit à 10 semaines au lieu de 22), ils se déroulent à l’intérieur de la prison. “Comme les élèves ne peuvent pas sortir, c’est le travail qui vient à eux”, explique Sylvie Paré. Quitte parfois à ce qu'il soit perçu comme étant un peu artificiel : “Notre stage a consisté à effectuer des tâches administratives pour “l’école” et à réfléchir à un nouvel aménagement des locaux de celle-ci. On n’était pas dans une situation professionnelle réelle. On a joué à faire comme si”, regrette le jeune homme.

Sylvie Paré est la responsable locale de l'enseignement. Son objectif : redonner le goût d'apprendre aux détenus

Un parcours semé d’embûches

Préparer un bac en prison s’apparente à un véritable parcours du combattant. “Entre les surveillants qui ne viennent pas nous chercher pour descendre à l’école ou nous oublient, les parloirs, les rencontres avec l’avocat ou encore les extractions judiciaires, j’ai raté beaucoup d’heures de cours”, déplore le candidat au bac. Et d’évoquer, le bruit permanent et la cohabitation : “Nous sommes quatre dans la même cellule, certains veulent regarder la télé quand il faudrait que je travaille. C’est très difficile de se concentrer”. Sans parler des promenades et du sport auxquels il faut renoncer pour suivre les cours.

Parmi les points positifs : les enseignants. “Ils sont impliqués, motivés et n'hésitent pas à mettre les cours de côté quand nous sommes absents”, souligne Medhi, des sourires dans la voix. Sylvie Paré d'ajouter : “La plupart de nos élèves sont des décrocheurs, d’où la nécessité de travailler sur la revalorisation. L’idée est de leur montrer qu’ils savent des choses. Il faut les mettre en confiance et leur redonner le goût d’apprendre”.

À quelques heures de la fin des épreuves, Medhi se veut prudent : “Je ne suis pas mécontent de ce que j’ai rendu mais je ne connais pas le niveau attendu. En langues et dans les matières générales, je suis plutôt à l’aise, c’est moins vrai dans les disciplines professionnelles”, pointe le jeune homme qui a quitté le lycée en première ES. En attendant les résultats et la cérémonie de remise de diplôme en présence du directeur académique et du directeur de la prison, Medhi se verrait bien poursuivre en BTS PME/PMI ou compta... en cours du soir.

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