1. Bac S 2015 : corrigé d’un sujet de philosophie (certitude et vérité)
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Bac S 2015 : corrigé d’un sujet de philosophie (certitude et vérité)

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Candidats au bac S (scientifique) 2014, à quels sujets vous attendre en juin prochain ? Voici nos pronostics, basés en partie sur les avis d'enseignants. Avec, en prime, des corrigés de sujets pour vous entraîner, façon "bac blanc".

Le sujet : Suffit-il d’être certain pour être dans le vrai ?

Par Gilles Vervisch, professeur de philosophie au lycée Paul-Emile-Victor à Osny (95) et auteur de Comment ai-je pu croire au Père Noël ? – philosopher au quotidien paru en mai 2010 aux éditions Max Milo et blogueur sur gillesvervisch.blogspot.com.

Introduction

 
Les hommes ont longtemps cru que le Soleil tournait autour de la Terre. Ils en étaient certains, d’autant que toutes leurs connaissances semblaient confirmer cette idée : le dogme religieux, mais aussi l’observation courante et même, la science, lorsqu’elle s’appuyait sur Aristote ou Ptolémée. Pourtant, les découvertes de quelques-uns, à commencer par Copernic ou Galilée, ont fini par montrer que tout le monde se trompait.

Alors, suffit-il d’être certain pour être dans le vrai ? "Être dans le vrai", c’est à première vue connaître la vérité, c’est-à-dire que ce que l’on pense ou ce que l’on dit correspond à la réalité. Quand je dis "le soleil se lève" par exemple, c’est vrai si, dans la réalité, le soleil se lève. La certitude, quant à elle, n’est qu’un sentiment : elle consiste à tenir quelque chose pour vrai sans en douter. Mais puis-je être sûr de ne pas me tromper ? L’histoire du géocentrisme semble indiquer le contraire, et chacun d’entre nous a sans doute fait l’expérience de voir ses certitudes se révéler fausses. N’avons-nous pas tous cru au Père Noël qui n’existe pas ?

En fait, un sentiment ne saurait suffire à garantir la vérité de ce que l’on pense. L’erreur est humaine. Pourtant, de quel autre moyen dispose-t-on pour reconnaître la vérité, et savoir qu’on ne se trompe pas ? Quand on évoque la connaissance scientifique par exemple, on parle de "certitudes" qui paraissent tout à fait fiables, suffisantes, notamment parce qu’elles reposent sur des preuves. Or, une fois que l’on a fait toutes les expériences et démonstrations possibles, on peut sans doute se permettre d’être certain. Sinon, que demander de plus ? Ainsi, le problème est de savoir si la certitude est un critère nécessaire et suffisant de la vérité : en existe-t-il d’autres ? Et sinon, faut-il renoncer à trouver la vérité ?


Plan détaillé

I - La certitude n’est pas un critère suffisant

 
La certitude n’est qu’un sentiment tout à fait subjectif qui peut être trompeur.

a) Remarquons que la plupart de nos certitudes sont plutôt des opinions, des "idées reçues", comme le dit Descartes dans ses Méditations métaphysiques : elles nous viennent de l’extérieur, de notre éducation, de la société ou des médias, et nous les avons admises sans avoir réfléchi. En bref, nous sommes souvent certains pour de mauvaises raisons.
b) La certitude est plutôt un obstacle à la recherche de la vérité : on croit savoir ce que l’on ne sait pas. Si l’on veut trouver la vérité, il est plutôt nécessaire de n’avoir aucune certitude et de cultiver le doute. Selon Bachelard, le propre de l’esprit scientifique est sa capacité à poser des questions et c’est la remise en cause des vérités admises qui a fait progresser la science.
 
c) Le scientifique ne saurait se contenter d’une certitude, qui n’est qu’un sentiment personnel, subjectif et parfois trompeur. Il vaut mieux trouver des critères plus objectifs : d’abord, ma certitude est déjà plus fiable lorsqu’elle est universelle et partagée par les autres. Ensuite, on peut chercher à vérifier une hypothèse par des preuves, des expériences et des démonstrations.
(Transition) Mais si le scientifique cherche à vérifier une hypothèse, c’est justement dans le but d’en être certain. On peut sans doute se contenter de la certitude quand elle n’est pas une simple opinion, et repose sur des preuves suffisantes.

II - La certitude est un critère nécessaire

 
On ne peut pas douter de tout : il faut bien être certain de quelque chose.

a) On ne peut tout de même pas réclamer une preuve pour tout, sans quoi on se condamne à une régression à l’infini : la preuve qui permet de vérifier une hypothèse devra à son tour être prouvée, etc. Il vient un moment où l’on doit sans doute renoncer à s’interroger, si l’on veut commencer à croire ou même, à penser quelque chose.
 
b) Si on refuse de se fier à toute certitude, on tombe dans le scepticisme, expliqué notamment par Sextus Empiricus dans ses Esquisses Pyrrhoniennes : on en arrive à la conclusion que rien ne peut être certain et qu’il vaut mieux douter de tout, "suspendre son jugement", sans jamais prétendre être "dans le vrai".
 
c) D’ailleurs, "le cœur a ses raisons que la raison ignore" : il y a des certitudes qui, pour être tout à fait subjectives et inexplicables, n’en sont pas moins fiables et solides. On ne peut pas vraiment dire pourquoi "1=1", et pourtant, c’est une certitude. Dans ses Pensées, Pascal montre ainsi que toutes nos connaissances reposent finalement sur des vérités du "cœur", dans lesquelles le "sentiment" d’être dans le vrai se suffit à lui-même.
(Transition) Toutes les preuves du monde ne remplaceront jamais la certitude : elles permettent seulement de la renforcer, et à la fin, c’est le seul critère dont on dispose. Alors, on doit s’en contenter, ou renoncer à trouver une quelconque vérité.



III – un scepticisme "mitigé" est nécessaire et suffisant

 
a) Puisqu’on peut toujours se tromper, il faut toujours considérer que rien n’est certain, si on veut être « dans le vrai », c’est-à-dire bien penser. Le scientifique admettra donc qu’il n’a jamais affaire qu’à des hypothèses qui sont vraies jusqu’à preuve du contraire. Ainsi, Karl Popper soutient que le propre d’un énoncé scientifique n’est pas d’être certain, mais falsifiable, et formulé de telle manière qu’on puisse faire une expérience pour le vérifier, ou plutôt, pour l’invalider.
 
b) En attendant, il faut bien que l’on s’appuie sur quelque chose pour penser, et surtout pour agir. Pour faire une expérience scientifique, on doit se fier à ce qu’on observe, ainsi qu’aux résultats de ses calculs. On ne peut pas vraiment dire que celui qui doute de tout soit "dans le vrai", puisqu’il lui est impossible de penser quoi que ce soit.
 
c) Ainsi, David Hume défend un scepticisme "mitigé" : en théorie, on ne peut jamais être certain de rien, puisqu’il y a toujours une raison de douter. Mais en pratique, pour agir (traverser la rue, poster une lettre ou manger), nos certitudes sont suffisantes et nécessaires : si un camion me fonce dessus, quel sens y a-t-il à douter de son existence ? En bref, l’espérance de vie d’un vrai sceptique ne serait pas très longue…


Conclusion

 

Le meilleur moyen de ne pas être aveuglé par des certitudes trompeuses, c’est de cultiver l’esprit d’interrogation en considérant que rien n’est jamais certain. Autrement dit, il faut se fier à ses certitudes tant qu’elles sont utiles, et qu’elles permettent de construire un savoir et d’agir. On est toujours "dans le vrai" quand on est prêt à remettre ses certitudes en question.