1. Bac de français 2015 (ES, L, S) : corrigé d'un commentaire (le roman et ses personnages)
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Bac de français 2015 (ES, L, S) : corrigé d'un commentaire (le roman et ses personnages)

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Pour le commentaire de texte, quel sujet pourrait tomber le jour J ? Nous avons demandé à des professeurs de français de proposer des intitulés de sujets et de rédiger des corrigés (plans détaillés). Entraînez-vous en conditions réelles, et vérifiez, ensuite, si vous auriez vu juste !

Le sujet

Vous ferez le commentaire de ce texte.
Dans cet extrait, Julie de Chatillon, l'héroïne du roman, et son père assistent à la dernière parade commandée par Napoléon avant son départ en campagne. Nous sommes en 1813.
"Le soleil du printemps, qui jetait profusément sa lumière sur les murs blancs bâtis de la veille et sur les murs séculaires, éclairait pleinement ces innombrables figures basanées qui toutes racontaient des périls passés et attendaient gravement les périls à venir. Les colonels de chaque régiment allaient et venaient seuls devant les fronts que formaient ces hommes héroïques. Puis, derrière les masses carrées de ces troupes bariolées d'argent, d'azur, de pourpre et d'or, les curieux pouvaient apercevoir les banderoles tricolores attachées aux lances de six infatigables cavaliers polonais, qui, semblables aux chiens conduisant un troupeau le long d'un champ, voltigeaient sans cesse entre les troupes et les curieux, pour empêcher ces derniers de dépasser le petit espace de terrain qui leur était concédé auprès de la grille impériale. À ces mouvements près, on aurait pu se croire dans le palais de la Belle au bois dormant. La brise du printemps, qui passait sur les bonnets à longs poils des grenadiers, attestait l'immobilité des soldats, de même que le sourd murmure de la foule accusait leur silence. Parfois seulement le retentissement d'un chapeau chinois, ou quelque léger coup frappé par inadvertance sur une grosse caisse et répété par les échos du palais impérial, ressemblait à ces coups de tonnerre lointains qui annoncent un orage. Un enthousiasme indescriptible éclatait dans l'attente de la multitude. La France allait faire ses adieux à Napoléon, à la veille d'une campagne dont les dangers étaient prévus par le moindre citoyen. Il s'agissait, cette fois, pour l'Empire français, d'être ou de ne pas être. Cette pensée semblait animer la population citadine et la population armée qui se pressaient, également silencieuses, dans l'enceinte où planaient l'aigle et le génie de Napoléon. Ces soldats, espoir de la France, ces soldats, sa dernière goutte de sang, entraient aussi pour beaucoup dans l'inquiète curiosité des spectateurs. Entre la plupart des assistants et des militaires, il se disait des adieux peut-être éternels ; mais tous les cœurs, même les plus hostiles à l'empereur, adressaient au ciel des vœux ardents pour la gloire de la patrie. Les hommes les plus fatigués de la lutte commencée entre l'Europe et la France avaient tous déposé leurs haines en passant sous l'arc de triomphe, comprenant qu'au jour du danger Napoléon était toute la France. L'horloge du château sonna une demi-heure. En ce moment les bourdonnements de la foule cessèrent, et le silence devint si profond, que l'on eût entendu la parole d'un enfant. Le vieillard et sa fille, qui semblaient ne vivre que par les yeux, distinguèrent alors un bruit d'éperons et un cliquetis d'épées qui retentirent sous le sonore péristyle du château."
Balzac, La Femme de trente ans, chapitre 1, 1842.


Le corrigé

fleche-rouge Introduction

Au XIXe siècle, un mouvement littéraire prend l'ascendant : c'est le réalisme. Loin de l'idéalisation, la mission de l'écrivain est maintenant de rapporter la réalité, de plonger le lecteur dans une époque réelle décrite de façon détaillée et a priori objective. Le roman devient une sorte de "miroir" de la société, de l'homme. Balzac est ainsi l'un des maîtres de cet art et déclare vouloir "faire concurrence à l'état civil" avec ses œuvres regroupées dans La Comédie humaine. Son roman La Femme de trente ans plonge le lecteur dans le XIXe siècle en peignant la vie rocambolesque de Julie de Chatillon. Publié en 1842, l'ouvrage révèle le réalisme de l'auteur et ce notamment lorsqu'il décrit une cérémonie officielle précédant le départ des troupes de Napoléon en campagne dans le premier chapitre. Mais comment ce texte traduit-il la manière dont Balzac aborde la légende napoléonienne ? Dans une première partie, nous verrons que Balzac décrit la scène et son atmosphère en détail. Puis nous étudierons l'évolution du statut des spectateurs avant de voir comment l'auteur exprime son engagement pour Napoléon.

I – La description réaliste d'une cérémonie officielle et publique

A - Une cérémonie en grande pompe

La cérémonie est solennelle.

– Elle attire beaucoup de gens dans l'enceinte du palais des Tuileries → étymologie de "multitude" : du latin multus, qui signifie nombreux.

– Tous les corps de l'armée sont présents → champ lexical de l'armée : "colonels", "cavaliers", "grenadiers" (soldats d'élite), "régiments".

– Les soldats sont habillés en tenue traditionnelle de combat, rappelant le caractère officiel de la manifestation → énumération : "les troupes bariolées d'argent, d'azur, de pourpre et d'or", cela suggère un certain éclat.

– Le silence domine dans la population et parmi les soldats → l'oxymore du "sourd murmure de la foule" révèle une austérité et permet de palper une certaine tension + la métaphore du "palais de la Belle au bois dormant" pour désigner le palais impérial exprime également l'idée de calme.

– Le moment est grave, car les enjeux de la campagne militaire sont importants → l'euphémisme des "adieux [...] éternels" pour évoquer la mort renvoie à cette réalité.
 

B - La discipline militaire perceptible

Les régiments suivent une disposition particulière et très rigoureuse.

– Les soldats se regroupent dans des "fronts", des "masses" ou des "régiments" → indications spatiales pour marquer les différents plans : les "six infatigables cavaliers polonais" se trouvent "derrière les masses de ces troupes", "les colonels" sont "devant les fronts".

– On distingue la hiérarchie militaire → les "colonels" = officiers supérieurs chargés de commander un régiment + comparaison des cavaliers avec des "chiens conduisant un troupeau le long d'un champ", le chien symbolise la fidélité au maître.

– Les soldats restent impassibles, à la fois silencieux et immobiles → image poétique : "la brise du printemps qui passait sur les bonnets à longs poils des grenadiers attestait l'immobilité des soldats" pour mettre en valeur cette attitude.
 

C - La peinture réaliste de la scène

Balzac peint la réalité de son époque, le xixe siècle.

– Les lieux sont réels → le palais des Tuileries est désigné par le "palais impérial", bâtiment détruit aujourd'hui + "l'arc de triomphe" du Carrousel = entrée officielle de la cour d'honneur, "l'enceinte" du palais impérial, "le péristyle du château".

– Le personnage principal de la cérémonie est un personnage historique : Napoléon, empereur français qui se prépare à partir pour la campagne d'Allemagne.

– Le réalisme se manifeste à travers la description → imparfaits descriptifs : "le soleil [...] jetait profusément sa lumière" et il "éclairait pleinement ces innombrables figures basanées" + vocabulaire précis en accord avec l'époque : "un chapeau chinois", "bonnets à longs poils des grenadiers" + indicateurs temporels : "parfois", "les périls à venir".

– Les sens sont mis à contribution : la vue avec les couleurs des uniformes composées d'"argent, d'azur, de pourpre et d'or", celles des banderoles françaises "tricolores" et le verbe de perception "apercevoir" ; l'ouïe avec le "retentissement", des "échos" ou "la grosse caisse" et le toucher avec le frisson provoqué par "la brise du printemps".

II – Le changement du statut des spectateurs

A - La population d'abord rejetée

La population a été admise dans l'enceinte du palais, mais elle apparaît d'abord comme un intrus.

– Une impression d'indiscrétion → connotation de "curieux" : des personnes qui cherchent à apprendre des choses qui ne les regardent pas.

– La foule est seulement spectatrice, elle se montre passive face à la scène → antithèse entre "foule" et "petit espace" pour insister sur le peu de place "concédé" aux gens par les organisateurs de la cérémonie + connotation péjorative de "concédé" qui marque l'abandon de cet espace à la foule.

– L'attitude des spectateurs contraste avec celle des soldats → antéposition : "À ces mouvements près, on aurait pu se croire dans le palais de la Belle au bois dormant", cela met en valeur le manque de tenue de la foule.
 

B - Une communion entre l'armée et la population

Les spectateurs et les soldats réunis dans un même lieu se rallient ensuite autour de Napoléon.

– La réunion est résumée → parallélisme "la population citadine et la population armée".

– Une communion de sentiments → hyperbole d'"un enthousiasme indescriptible", cela traduit l'émotion intense que ressentent les spectateurs et les soldats autour de l'empereur.

– Les deux groupes sont rassemblés → terme mélioratif de "citoyen", comme si chacun jouait un rôle, avait sa place dans l'Empire + superlatif "le moindre citoyen" = tout le monde est concerné, même les plus faibles.
 

C - Chaque catégorie à sa place

À la fin du texte, l'auteur remet chacun à sa place, "les militaires" d'un côté et les spectateurs de l'autre.

– Les spectateurs sont qualifiés d'"assistants" → connotation de passivité mais aussi de soutien aux soldats.

– Les soldats retrouvent de la hauteur, une envergure → anaphore "ces soldats, espoir de la France, ces soldats, sa dernière goutte de sang" + démonstratif "es" = idée de contemplation avec admiration.

– Les spectateurs ressentent une "inquiète curiosité", ils ont compris les périls encourus par les soldats.

– Les spectateurs disparaissent au profit des personnages principaux du roman, Julie et son père : "le vieillard et sa fille" → l'absence de noms propres pour les identifier incite à penser qu'ils font partie de cette foule admirative.

III – L'engagement de Balzac

A - Un véritable spectacle

L'écrivain nous présente un spectacle théâtral.

– Chaque militaire sait ce qu'il doit faire, comme un comédien → antithèse "être ou ne pas être" tirée d'Hamlet de Shakespeare traduit cette idée + titre de l'ensemble de l'œuvre de Balzac = Comédie humaine.

– Cadre poétique : "le printemps" = symbole de renaissance + "la brise" symbole de douceur et de tiédeur + "voltiger" = légèreté.

– Jeu d'éclairage → champ lexical de la lumière : "le soleil de printemps", "profusément", "sa lumière", "éclairait pleinement".

– Les décors sont préparés : on distingue des "murs blancs" qui projettent du soleil sur les soldats → indicateur temporel "bâtis de la veille" = murs récents, construits pour l'occasion.

– Les costumes offrent à la foule une profusion de couleurs → énumération : "argent, azur, pourpre, or".
 

B - Une vision laudative de l'armée et de Napoléon

Balzac montre toute son admiration pour l'armée.

– Les qualités des militaires sont accentuées → termes mélioratifs : cavaliers "infatigables", soldats "héroïques" qui traduisent le courage et la bravoure ainsi que la résistance de ces hommes + parallélisme antithétique : "toutes racontaient des périls passés et attendaient gravement les périls à venir".

– Éloge → parallélisme : "ces soldats, espoir de la France, ces soldats, sa dernière goutte de sang", cela exprime la vitalité de l'armée et le fait que les soldats représentent les valeurs de la France avec l'idée de sacrifice.

Le chef suprême, Napoléon, est célébré également.

– Un homme qui possède de nombreuses qualités → métaphore et zeugma "aigle et génie de Napoléon" = puissance (cf. enseignes des Romains dans l'Antiquité surmontées d'un aigle).

– Un homme supérieur au commun des mortels → hyperbole "un génie" + métaphore : "Au jour du danger, Napoléon était toute la France" = capable de maîtriser la situation face au danger.

– Un rassembleur → adverbe "même" dans "même les plus hostiles à l'empereur adressaient des vœux ardents pour la gloire de la patrie" = renforce l'idée d'un rassemblement absolu.

– Un homme charismatique → il provoque un "enthousiasme indescriptible" = hyperbole force le respect + étymologie grecque du mot "enthousiasme" = idée de divinité.
 

C - Une vision prémonitoire

On peut déceler un certain symbolisme, la scène nous laisse entrevoir la possibilité d'une défaite.

– Atmosphère décrite comme pesante mais pas aussi calme que cela → trouble dans la connotation de "tonnerre" qui évoque un événement brutal et annonce "l'orage" menaçant.

– Les spectateurs ne sont pas rassurés → champ lexical du danger : "danger", "périls", "orage"...

– Les soldats ne sont pas très confiants non plus → adverbe "gravement" dans ils "attendent gravement les périls à venir" = lien avec le deuil.

– Le narrateur s'implique dans ce point de vue → modalisateur "peut-être" dans "des adieux peut-être éternels" = issue défavorable des combats envisagée.

fleche-rouge Conclusion

L'auteur décrit donc une cérémonie solennelle où l'armée et les simples citoyens sont présentés différemment. Le texte traduit surtout le réalisme balzacien ainsi que son admiration pour l'empereur français qui ne l'empêche pas d'évoquer la défaite à venir. La figure de Napoléon est d'ailleurs un sujet prisé par tous les artistes, que ce soit dans les arts picturaux ou la littérature : l'Empereur est devenu une figure mythique qui symbolise le patriotisme et les valeurs militaires qui manquent parfois aux sociétés. Ainsi, Victor Hugo dans son recueil de poèmes, Les Orientales, publié en 1829, rappelle la puissance de l'empereur notamment dans le poème Lui, où il écrit en parlant de Napoléon :

"Tu domines notre âge ; ange ou démon qu'importe !

Ton aigle dans son vol haletant nous emporte [...]

Toujours dans nos tableaux, tu jettes ta grande ombre

Toujours Napoléon éblouissant et sombre

Sur le seuil du siècle est debout."