1. Bac de français 2015 (séries techno) : corrigé d'un commentaire (la question de l’homme dans les genres de l’argumentation)
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Bac de français 2015 (séries techno) : corrigé d'un commentaire (la question de l’homme dans les genres de l’argumentation)

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Quel sujet pourrait tomber le jour J ? Nous avons demandé à des professeurs de français de proposer des intitulés de sujets et de rédiger des corrigés (plans détaillés). Entraînez-vous en conditions réelles et vérifiez, ensuite, si vous auriez vu juste !

Le sujet

 

Vous commenterez la fable en vous inspirant du parcours de lecture suivant :

– vous étudierez en quoi le récit est plaisant ;
– vous présenterez les leçons que l'on peut tirer de la lecture de cette fable.
  

Le Chat, la Belette et le Petit Lapin
Du palais d'un jeune lapin
Dame belette, un beau matin,
S'empara : c'est une rusée.
Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates, un jour
Qu'il était allé faire à l'aurore sa cour,
Parmi le thym et la rosée.
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Jeannot Lapin retourne aux souterrains séjours.
La belette avait mis le nez à la fenêtre.
« Ô dieux hospitaliers ! que vois-je ici paraître ?
Dit l'animal chassé du paternel logis.
Holà ! Madame la belette,
Que l'on déloge sans trompette,
Ou je vais avertir tous les rats du pays. »
La dame au nez pointu répondit que la terre
Était au premier occupant.
C'était un beau sujet de guerre
Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant !
« Et quand ce serait un royaume,
Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi
À Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi. »
Jean Lapin allégua la coutume et l'usage.
« Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui, de père en fils,
L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier occupant, est-ce une loi plus sage ?
– Or bien, sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis. »
C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : « Mes enfants, approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause. »
L'un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud, le bon apôtre,
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
Les petits souverains se rapportant aux rois.

Jean de La Fontaine, Fables, livre VII, XVI (1678-1679).


Le corrigé

fleche-rouge Introduction

Le classicisme naît au XVIIe siècle. Inspiré de l'Antiquité, dans une volonté de mesure, il cherche à faire de chacun un honnête homme. Les écrivains doivent alors faire passer des messages moraux à travers leurs œuvres tout en captivant leurs lecteurs, chose difficile. Tous les genres littéraires sont ainsi mis à contribution, du théâtre avec Racine ou Molière à la littérature d'idées incarnée par la fable dont le maître est sans conteste Jean de La Fontaine. S'appuyant sur d'illustres fabulistes antiques que sont Pilpay, Ésope et Phèdre, il utilise des animaux dans ses histoires. Toute son originalité vient de son style poétique et de sa capacité à dénoncer les travers de la société de son époque de manière implicite. C'est ainsi qu'il publie entre 1678 et 1679 le livre VII de ses Fables. On y trouve la fable intitulée : Le Chat, la Belette et le Petit Lapin, dans laquelle le lapin essaie de récupérer son terrier, occupé par la belette. Les deux animaux s'en remettent au chat pour leur plus grand malheur. Mais cette fable répond-elle aux attentes des œuvres de cette époque de plaire et d'instruire en même temps ? Dans un premier temps, nous étudierons le récit plaisant, nous aborderons ensuite les leçons que nous enseigne le fabuliste.

I – Un récit plaisant

A - Des personnages originaux

L'auteur met en scène des animaux pour amuser le lecteur. Ceux-ci ressemblent en fait à des hommes puisqu'ils sont personnifiés.

– Le lapin est qualifié de "maître" (V4), il est victime d'une ruse de la belette qui lui vole son terrier.

– La belette est traitée comme une dame par les titres de "Dame belette" (V2), "Madame la belette" (V13) et dans la périphrase "la dame au nez pointu" (V16), elle semble plus expérimentée et surtout plus rusée que le lapin.

– Le chat est comparé à "un dévot ermite" (V32) et considéré comme "un saint homme de chat" (V34). C'est le personnage qui domine cette fable en tant que référence des deux autres et par sa présentation à la manière d'un portrait moral.

Le fait qu'ils parlent comme des êtres humains est souligné par l'auteur à travers les passages au discours direct :

– verbes de prise de parole en incise : "dit-elle" (V21) ;

– apostrophe : "Ô dieux hospitaliers !" (V11) → le lapin marque son désespoir et montre ainsi sa foi comme un homme.

B - Une action vivante

Les actions s'enchaînent très rapidement.

– La situation initiale est absente → l'auteur choisit un début in medias res avec l'annexion du terrier du lapin par la belette : le verbe "s'emparer" (V3) est mis en valeur en début de vers pour insister sur l'idée du vol.

– Les péripéties se déroulent avec un rythme vif :

→ le présent de narration utilisé pour évoquer le retour du lapin chez lui le montre dans : "Jeannot lapin retourne aux souterrains séjours" (V9) ;

→ le présentatif "voilà" (V37) marque l'arrivée des deux animaux en conflit face à leur juge, le chat.

– L'élément de résolution et la situation finale sont associés dans un seul vers : "Grippeminaud [...] / Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre" → le passé simple souligne la rapidité de l'action et gérondif qui précise la manière.

C - Un véritable échange

Le dialogue entre la belette et le lapin ressemble à une argumentation. Chaque personnage défend son point de vue en s'appuyant sur sa propre logique.

– La première réaction du lapin est agressive : il ordonne à la belette de s'en aller → interjection "Holà !" (V13) pour inciter la belette à cesser ses agissements + subjonctif présent à valeur d'ordre : "Que l'on déloge sans trompette" (V14) + expression militaire = lever le camp sans bruit.

– La réponse de la belette ne se fait pas attendre, au discours indirect :

1er argument : un bien vacant appartient au premier qui s'en empare. Elle considère que le terrier du lapin était abandonné par son propriétaire → elle insiste sur le fait que ce logis ne lui correspond pas par la restriction : "Un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant" ;

2e argument : elle renie le droit de propriété → interrogation indirecte : "quelle loi en a pour toujours fait l'octroi à Jean [...]" + énumération des propriétaires possibles : "À Jean [...] / Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi" (V24).

– Le lapin se défend :

1er argument au discours narrativisé = droit d'usage de son logis : "Jean Lapin allégua la coutume et l'usage" (V25) ;

2e argument : droit de jouissance des héritiers → parallélisme de construction : "de père en fils" (V27) / "de Pierre à Simon, puis à moi Jean" (V28).

→ Comme ils ne parviennent pas à s'entendre, ils décident de faire appel au chat : impératif : "Rapportons-nous [...] à Raminagrobis" (V31).

II – Les leçons transmises par cette fable

A - Les défauts humains dénoncés

Chaque personnage incarne un défaut de l'homme.

– Le lapin est insouciant → métaphore : "il était allé faire à l'aurore sa cour" (V6) = il était sorti de bon matin sans aucune méfiance, d'humeur joyeuse + énumération : "Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours" (V8) = il se livre à toutes ses activités avec frivolité.

– La belette est rusée → elle est présentée explicitement comme telle dès le début de la fable : "c'est une rusée" (V3) + la périphrase "la dame au nez pointu" (V16) = connotation négative qui met en avant sa sournoiserie.

– Le chat est un hypocrite comme le suggèrent les mots "chattemite" (V33) et "bon apôtre" (V43), et il est très brutal → allitération en [k] et en [r] dans il "Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre" (V45).

B - Une critique de la société

Derrière les animaux, La Fontaine dénonce des attitudes et des catégories sociales.

– Le lapin représente les propriétaires terriens, il est sûr de son bon droit → il en appelle aux "dieux hospitaliers" (V11) et l'auteur parle de son "paternel logis" (V12) = les adjectifs insistent sur la notion de propriété.

– La belette représente les gens qui profitent de la faiblesse ou de la naïveté des autres : le logis du lapin est valorisé par le poète → dès le premier vers "palais" puis "royaume" (V20), avec le conditionnel qui marque le doute certes, mais le vocabulaire mélioratif est bien présent → la belette a donc bien choisi sa victime + elle utilise un vocabulaire juridique mis en valeur par la rime entre "loi" (V21) et "octroi" (V22).

– Le chat représente la justice, il est le "juge" (V36), "arbitre expert sur tous les cas" (V35), La Fontaine éveille la méfiance du lecteur en présentant un portrait plein d'ironie et de menace → redondance dans le rythme ternaire : "bien fourré, gros et gras" (V34) = grosseur du chat qui doit bien se nourrir...

C - La morale de cette fable

La Fontaine invite le lecteur à rapprocher cette histoire de sa vie dans les deux derniers vers qui forment un distique → l'adverbe intensif "fort" (V46) met l'accent sur cet élargissement + les "petits souverains" sont incarnés par le lapin et la belette + les "rois" sont représentés par le chat → le pluriel protège La Fontaine qui ne vise pas explicitement le roi de France + la reprise du verbe "se rapporter" (V31 et V47) accentuent ce lien entre le chat et les rois.

→ on en tire une morale optimiste selon laquelle il vaut mieux s'occuper soi-même de régler ses affaires : les deux animaux sont mis au même niveau par les termes de "contestants" (V42) et de "plaideurs" (V45).

→ la morale pessimiste reprend celle du Loup et l'agneau : "La raison du plus fort est toujours la meilleure". Le ton paternaliste du chat qui apostrophe le lapin et la belette en les appelant "Mes enfants" (V39) leur a fait oublier sa nature de prédateur.


fleche-rouge Conclusion

Cette fable de La Fontaine parvient donc à plaire et instruire en même temps. Le récit attire les lecteurs par ses personnages personnifiés et son histoire palpitante. Mais le poète ne s'en tient pas là, il fait également passer une morale, comme le veut l'apologue, et dénonce aux hommes leurs défauts. L'instruction allant avec la répétition, nous retrouverons les personnages de la belette et du chat plus loin dans le recueil, au livre VIII, à la fable XXII dans Le Chat et le Rat, où ces animaux sont qualifiés de "gens d'esprit scélérat" avec une morale selon laquelle on ne peut aller contre sa nature.