Bonnes copies corrigées du bac philo : explication d'un texte de Bergson



Publié le

Type de sujet : Explication de texte
Objet d’étude : Le langage
Séries : ES, L


L’énoncé

 
Expliquez le texte suivant, L’évolution créatrice, "Le langage humain" de Bergson.
La connaissance de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.


Le texte

 
Bergson, L’évolution créatrice,
Seuls les hommes disposent de leurs signes et font preuve d’une inventivité permanente.

Si [...] les fourmis, par exemple, ont un langage, les signes qui composent ce langage doivent être en nombre bien déterminé, et chacun d’eux rester invariablement attaché, une fois l’espèce constituée, à un certain objet ou à une certaine opération. Le signe est adhérent à la chose signifiée. Au contraire, dans une société humaine, la fabrication et l’action sont de forme variable, et, de plus, chaque individu doit apprendre son rôle, n’y étant pas prédestiné par sa structure. Il faut donc un langage qui permette, à tout instant, de passer de ce qu’on sait à ce qu’on ignore. Il faut un langage dont les signes – qui ne peuvent pas être en nombre infini – soient extensibles à une infinité de choses. Cette tendance du signe à se transporter d’un objet à un autre est caractéristique du langage humain. On l’observe chez le petit enfant, du jour où il commence à parler. Tout de suite, et naturellement, il étend le sens des mots qu’il apprend, profitant du rapprochement le plus accidentel ou de la plus lointaine analogie pour détacher et transporter ailleurs le signe qu’on avait attaché devant lui à un objet. « N’importe quoi peut désigner n’importe quoi », tel est le principe latent du langage enfantin. On a eu tort de confondre cette tendance avec la faculté de généraliser. Les animaux eux-mêmes généralisent, et d’ailleurs un signe, fût-il instinctif, représente toujours, plus ou moins, un genre. Ce qui caractérise les signes du langage humain, ce n’est pas tant leur généralité que leur mobilité. Le signe instinctif est un signe adhérent, le signe intelligent est un signe mobile.

La copie de l'élève





Les appréciations du prof


18/20.
La copie est remarquable notamment compte tenu de la difficulté du texte. L’explication est précise et éclairante pour un lecteur qui aurait du mal à comprendre la thèse de Bergson.

Difficulté du sujet

Le texte est extrêmement difficile parce que la thèse est subtile, mais aussi parce qu’elle contredit les positions simplistes habituelles : "les animaux ne pensent pas donc ils l’ont pas de langage".
A la différence de Descartes, Bergson observe que les animaux ont un langage et que même "ils généralisent" ce qui implique une forme d’abstraction ("abstraire" signifie arracher par la pensée certains éléments à leur contexte). Dès lors, la question de savoir en quoi le langage humain se distingue du langage animal appelle une approche originale, beaucoup plus complexe, et qui comporte des enjeux considérables (sommes-nous si éloignés des bêtes ? en quoi notre intelligence est-elle si différente de la leur ? etc.).

Qualités de la copie

La candidate a le mérite d’affronter – au lieu d’esquiver – les affirmations les plus problématiques et les plus difficiles à clarifier. Elle y parvient plus ou moins en cherchant les exemples propres à éclairer les propos abstraits du texte.
Il y a également une démarche louable dans la seconde partie. Il eût été facile d’abonder dans le sens du texte ; au contraire la candidate cherche des objections, et elle en trouve, bien que ce ne soit pas si évident !
Celles-ci sont assez bien exposées et défendues – même si l’on peut faire remarquer que l’on ne voit pas tous les jours des animaux inventer de nouveaux mots ou signes comme "gauche", "contourner le trou". C’est une copie originale qui témoigne d’une belle curiosité d’esprit.

Défauts de la copie

La distinction entre le "signe adhérent" (adhérent à quoi ?) et le "signe mobile" (mobile par rapport à quoi ?) n’est peut-être pas assez clarifiée. En ce qui concerne la partie critique, elle ne montre pas assez l’intérêt du texte, et est trop attentive aux reproches que l’on peut adresser à l’auteur. Les références à Aristote ou Descartes restent implicites ou allusives. C’est dommage.

Conclusion

Cette copie offre un exemple de démarche authentiquement philosophique.

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