1. Contrôle continu, oral, fin des séries... : vous êtes partagés sur le bac qui se dessine
Décryptage

Contrôle continu, oral, fin des séries... : vous êtes partagés sur le bac qui se dessine

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Les propositions annoncées pour réformer le bac et le lycée ne remportent pas forcément votre adhésion ! // © plainpicture/Lubitz + Dorner
Les propositions annoncées pour réformer le bac et le lycée ne remportent pas forcément votre adhésion ! // © plainpicture/Lubitz + Dorner

La réforme du bac se profile. Nous vous avons interrogés sur les pistes lancées par le rapport de Pierre Mathiot, quelques jours avant l'annonce des décisions prises par le ministre Jean-Michel Blanquer. Résultat : vous êtes partagés sur la plupart des propositions...

Le 14 février 2018, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, annoncera la réforme du baccalauréat qu'il compte mettre en œuvre. Il se sera appuyé en grande partie sur le rapport de l'universitaire Pierre Mathiot. Au bout d'une consultation des différents acteurs de l'éducation de plusieurs mois, celui-ci a proposé des pistes pour faire évoluer l'examen.

De son côté, du 30 janvier au 7 février 2018, l'Etudiant vous a proposé de donner votre avis sur ces propositions. Vous avez été plus de 1.400 à nous répondre, dont plus de 70 % de lycéens (45 % en terminale). La moitié des répondants sont, ou ont été (car 25 % des répondants sont des étudiants), en série S du bac, et 72 % sont des filles.

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Favorables au contrôle continu, mais partagés sur ses modalités

Dans son rapport, Pierre Mathiot propose de réduire le nombre d'épreuves terminales. Jean-Michel Blanquer a d'ores et déjà annoncé que cette proposition sera retenue. De votre côté, vous ne semblez pas totalement convaincus : 53 % d'entre vous y sont favorables, 41% sont contre.

Ces épreuves terminales compteraient pour 60 % de la note totale du bac. Pour les 40 % restants, Pierre Mathiot propose trois scenarii différents, sur lesquels vous êtes partagés. Deux de ses trois pistes recueillent autant de suffrages l'une que l'autre.

Ainsi, 39,6 % d'entre vous se prononcent en faveur d'une évaluation de ces "40 %" totalement en contrôle continu. Cela permettrait, selon une étudiante qui a obtenu un bac L, de "reconnaître les efforts des élèves qui travaillent toute l'année", en plus de les "répartir", selon un lycéen en première L dans l'académie de Créteil. Pour une élève de terminale ES de l'académie de Lyon, le contrôle continu serait plus juste dans le sens où "les bons élèves peuvent rater leur bac par pur stress" au moment des épreuves terminales.

Les bons élèves peuvent rater leur bac par pur stress.

Le contrôle continu "injuste" ?

De leur côté, 38,4 % des répondants préfèrent l'option qui mêle contrôle continu, pour 10 % de la note totale, et épreuves ponctuelles de type "bac blanc" en cours de première et de terminale (30 % du total). Certain(e)s, comme Justine, en terminale ST2S dans l'académie de Rouen, voient également cela comme un moyen "d'encourager les élèves à travailler toute l'année" et de "réduire le stress", ajoute une élève de terminale ES de Versailles. En outre, il "permettrait d'habituer les élèves au stress des examens qui seront donc plus réguliers", selon une étudiante qui a décroché un bac S.

De nombreux répondants mettent toutefois en garde sur la forme de ces épreuves ponctuelles. Un élève de seconde de l'académie de Versailles est ainsi favorable à ces épreuves "à condition qu'elles se déroulent comme au bac : sujets identiques pour tout le monde, à la même heure et correction comme au bac". Il faudrait également éviter le "favoritisme", selon une étudiante de Poitiers. "Pour cela, poursuit-elle, les copies devraient être anonymes et corrigées par des professeurs que les élèves n'ont pas."

Les copies devraient être anonymes et corrigées par des professeurs que les élèves n'ont pas.

22 % des répondants sont favorables à ce que les 40 % restants soient évalués uniquement par des épreuves ponctuelles, sans contrôle continu. Une part de contrôle continu comporterait le risque, selon une élève de terminale S de l'académie de Clermont-Ferrand, que "les profs augmentent les notes à l'année pour que tout le monde ait son bac". En outre, "le contrôle continu est très injuste, selon Emma, bachelière S à Lyon et désormais étudiante. Certains lycées notent sévèrement et le jugement des profs rentrent en compte, car il n'y a pas d'anonymat."

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Contre le grand oral

Une autre nouveauté proposée – et qui devrait aussi être reprise par le ministre – est la création d'un grand oral de 30 minutes comme épreuve terminale du bac. Près de la moitié des répondants (47,4 %) se déclarent défavorables, seulement 39,4 % estiment que c'est une bonne chose. Si cet exercice est "indispensable pour une vie professionnelle future", selon une étudiante de Dijon, et permettrait "d'habituer les élèves à prendre la parole devant un public", selon une étudiante d'Amiens, beaucoup d'entre vous estiment que ce "Grand O" serait générateur de stress.

"Je risque de perdre tous mes moyens", assure ainsi une élève de terminale S de l'académie de Versailles. En outre, "30 minutes, c’est bien trop", explique une élève de terminale scientifique de l'académie de Lyon. Des lycéens, comme cet élève de l'académie de Rennes, craignent que "ça se joue à la tête du client". De son côté, Marie, étudiante à Nantes, estime qu'"il faudra enseigner l'oral pour ne pas pénaliser les élèves défavorisés".

Il faudra enseigner l'oral pour ne pas pénaliser les élèves défavorisés

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Pour que le bac compte dans Parcoursup

L'une des raisons pour lesquelles le bac est réformé est que les notes actuelles de l'examen ne comptent pas pour l'orientation vers l'enseignement supérieur. Cela devrait changer et la majorité des notes du futur bac devraient être prises en compte dans Parcoursup. Pour la moitié d'entre vous, c'est une bonne chose, alors que 31 % des répondants y sont défavorables.

Vous êtes très partagés sur une autre proposition du rapport Mathiot : le remplacement des rattrapages oraux par l'étude des bulletins scolaires. Vous êtes 45,7 % à être pour et 41,7 % contre.
Une organisation en semestre plutôt qu'en trimestre ne vous plaît guère également : plus de la moitié des répondants y sont défavorables (51,4 %) et seulement 29 % favorables.

La fin des séries ? Vous hésitez

Il n'y aura pas que le bac qui sera réformé : le lycée également. Pierre Mathiot propose de remplacer les séries actuelles (ES, S, L…) par un système de majeures/mineures : les élèves choisiraient des matières qu'ils suivraient ou non. Vous semblez hésiter sur cette proposition, puisque 48 % d'entre vous sont pour et près de 43 % contre.

Selon une élève de première S de l'académie de Créteil, le choix des matières "permettrait une plus grande implication des élèves". Le "parcours serait plus personnel", ajoute une élève en terminale ES de l'académie de Lyon. Pour Israa, en première S dans l'académie de Bordeaux, la fin des séries est une bonne chose car, actuellement, "si on veut aller en S parce qu’on aime les matières scientifiques mais qu’on aime aussi les SES, on est obligé de choisir".

Avec la fin des séries, le parcours serait plus personnel.

En revanche, pour une étudiante de Créteil, les lycéens "n'ont pas les connaissances suffisantes sur le monde du travail et le recul nécessaires" pour faire un tel choix de matières. Aussi, ce système aurait le désavantage, selon un élève de seconde de l'académie de Grenoble, "de faire disparaître des matières importantes" de l'emploi du temps.

En tout cas, si ce système doit se mettre en place, il doit "nécessiter un meilleur accompagnement de l'élève quant aux choix stratégiques pour son orientation postbac", estime Nathalie, en première S dans l'académie d'Amiens.
Un constat largement partagé par les répondants : 73,6 % souhaitent davantage d'accompagnement sur le projet d'orientation et professionnel.