Éco-fiction : et si les grands économistes d’hier ressuscitaient ?

Et si Keynes revenait parmi nous ?

Si les grands économistes disparus revenaient aujourd'hui, que préconiseraient-ils dans le contexte actuel ? Tous les mois un économiste de renom se met dans la peau d’un de ses illustres prédécesseurs. Confrontation instructive entre une théorie conçue en son temps et la réalité économique et sociale de notre époque. Pour inaugurer cette rubrique, que l'on peut retrouver dans le magazine “L'Expansion” et sur le site lexpansion.com : Keynes.

Publié le

Par Claude Chinardet, membre de l’Association des docteurs ès sciences économiques et sciences de gestion (Andese).

Avec Logo L'Expansion


Dans une France endettée et sans croissance, Keynes peut-il, une fois de plus, nous aider et servir de modèle ?
Sa préconisation formulée dans les années 30 se résume comme suit : faire des emprunts destinés au financement de grands travaux, pratiquer le déficit public pour relancer l’activité et générer de la croissance. Mais si l’économiste iconoclaste devenu grand classique revenait en ce bas monde, que conseillerait-il ?

En faisant référence à ses propres écrits, il nous dirait sans doute que, pour relancer la croissance, il faut stimuler la demande en engageant de nouveaux investissements. Mais il ajouterait probablement qu’aujourd’hui la marge de faisabilité reste très limitée.


“Il conclurait que les dirigeants français ont trop régulièrement dégradé
les comptes publics pour pouvoir les solliciter”


Les conditions de succès du keynésianisme ne sont pas tout à fait réunies. D’abord, les programmes d’investissement doivent rester exceptionnels, et non être récurrents ; en période de crise, l’État s’endette en investissant ; en période de croissance, il doit rembourser sa dette. L’économie se pilote ainsi de façon contracyclique, l’équilibre devant cependant être maintenu sur la durée.

Or que pourrait constater Keynes aujourd’hui ? Si l’État s’est effectivement endetté pendant la période de crise 2008-2010, avec un déficit moyen de 5,26 % sur les trois années, la réciproque n’est pas vraie. Durant la période de croissance la plus récente (1998-2000), l’État n’a pas suffisamment réduit son déficit budgétaire (2,41 % sur les trois années 1998-2000). Il conclurait que les dirigeants français ont trop régulièrement dégradé les comptes publics pour pouvoir les solliciter à nouveau.

Deuxième problème de la recette keynésienne : la forte injection de déficit public est incompatible avec l’ouverture des frontières telle qu’on la connaît à l’intérieur de l’Union européenne. La demande supplémentaire consécutive à la relance ainsi créée risque de se nourrir des importations provenant des autres pays européens – c’est ce que constaterait Keynes en observant la balance commerciale de la France, qui se détériore depuis 2003.


“Peut-être suggérerait-il aussi de mettre en place une TVA sociale
permettant de réduire le coût du travail”


L’ouverture des frontières et son corollaire,
la concurrence extérieure, conduisent toujours à une augmentation de consommation de capital fixe (coût d’usage, vieillissement du capital, etc.), et donc à une diminution de l’investissement net. Keynes pourrait comparer les coûts horaires de la main-d’œuvre : 33,15 € en France, contre 29,20 en Allemagne. Il proposerait alors, comme il l’a fait dans “Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie”, une mesure exceptionnelle de taxation des importations à 10 % et de subvention de 10 % pour les exportations. Peut-être suggérerait-il aussi de mettre en place une TVA sociale permettant de réduire le coût du travail.

Autre technique suggérée par la théorie : la création monétaire par le système bancaire, qui permet aux entrepreneurs privés ou publics d’investir sur des anticipations positives de profit. Elle non plus ne peut se réaliser, puisque la Banque centrale européenne ne peut pas racheter de la dette publique, et donc créer de la monnaie.

En guise de conclusion, Keynes demanderait probablement, comme l’a récemment affirmé Mario Draghi, le président de la BCE, “de poursuivre la réduction des déficits en mettant l’accent sur une diminution des dépenses courantes – et non des investissements publics – plutôt que sur des relèvements d’impôt”.

En tout état de cause, et si modeste soit-il, Keynes serait probablement surpris de sa notoriété mondiale.

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