1. Jean-Michel Blanquer : "Nous devons renforcer le prestige et l’utilité du baccalauréat pour les lycéens"
Décryptage

Jean-Michel Blanquer : "Nous devons renforcer le prestige et l’utilité du baccalauréat pour les lycéens"

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Jean-Michel Blanquer // © Christophe Boulze pour l'Etudiant
Jean-Michel Blanquer // © Christophe Boulze pour l'Etudiant

"Devoirs faits" au collège, réforme du baccalauréat, réouverture d'internats d'excellence... À la veille de la rentrée, le ministre de l'Éducation nationale fait le point sur ses projets, en exclusivité pour l'Etudiant.

Vous souhaitez rétablir l’"école de la confiance". Qu’est-ce que cela veut dire pour les collégiens, les lycéens et leurs parents ? Et par quelles mesures concrètes cela se traduit-il ?

L’"école de la confiance" c'est l'école dans un état d’esprit que l’on retrouve dans toutes les sociétés où l’école va bien, et qui constitue à mon sens la clé du succès. L’"école de la confiance" c’est la capacité de donner aux élèves confiance en eux-mêmes pour qu'ils puissent se projeter dans le futur avec optimisme. Les relations entre les parents et les établissements scolaires en font partie.
Dès la rentrée, l’initiative "devoirs faits", qui permettra aux collégiens de faire leurs devoirs au collège et non plus à la maison, sera une façon d’accroître la confiance entre l’école et les parents. Nous montrerons ainsi que les devoirs ne sont pas un facteur d'inégalités ou de perturbations de la vie de famille, mais au contraire un élément de communication, un trait d'union entre la famille et l'école.

Combien d’établissements seront concernés dès cette rentrée par le dispositif "devoirs faits" ?

À partir de la Toussaint, une fois que nous aurons mobilisé les personnes concernées, nous visons l’ensemble des collèges. Quatre catégories d’acteurs feront partie du dispositif : d'abord et avant tout les enseignants. Ils coordonneront l'opération car ce sont eux qui savent comment les devoirs doivent être faits. Ensuite les assistants d’éducation. Le dispositif constitue un vecteur d’évolution de leur fonction qui sera davantage tournée vers la pédagogie, beaucoup d'entre eux se destinant à devenir professeurs. Les jeunes en service civique : 10.000 jeunes viendront en appui de cette mesure. Enfin, nous ferons appel aux acteurs de la vie associative, qui interviennent souvent dans les dispositifs mis en place par les collectivités territoriales. L’objectif est d’avoir une approche qualitative, à travers une labellisation des acteurs concernés.

En dehors du rétablissement des classes bilangues et des langues anciennes, quels projets portez-vous pour le collège ?

L’objectif est de s’assurer que le socle de connaissances, de compétences et de culture est réellement acquis par les élèves à la fin de leur parcours. Cela passe par une consolidation des connaissances des élèves en français et en mathématiques, ainsi que par l’acquisition d’une large culture générale, ce qui inclut l’ensemble des disciplines.

Comme le bac, le diplôme national du brevet a un sens : les élèves ont besoin de points de repères qui signifient la fin d’un cycle.

Nous allons mettre fortement l'accent sur la personnalisation des parcours et donner à chaque collège la capacité de proposer un projet éducatif permettant cette personnalisation, dans le cadre d'une autonomie renforcée. Nous allons donc ouvrir les fenêtres. Il faut que chacun sente un nouvel état d’esprit de liberté pour l'action et de soutien à cette liberté. C’est aussi une manière de faire naître la confiance. Si, dans un collège, une équipe de professeurs a des idées pour déployer un parcours personnalisé, cela va dans le bon sens.

Faut-il maintenir le brevet ?

Comme le bac, le diplôme national du brevet (DNB) a un sens : les élèves ont besoin de points de repères qui signifient la fin d’un cycle. Il est bon d’avoir des moments solennels pour marquer ces étapes et certifier que les compétences sont bien là. Notre réflexion va porter sur la manière de consolider ce DNB.

Dans cette perspective, comment comptez-vous garantir le caractère national de l’éducation ?

C’est justement ce type de mesures qui garantit le caractère national de l’éducation. On vit dans une fiction d'uniformité à force de vouloir que tout se passe de la même façon partout. Mais les facteurs de différenciation sont bien présents, qu’ils soient familiaux, géographiques ou culturels. On aboutit à une très grande inégalité.
Nous devons libérer les énergies en donnant plus de droit d’initiative à tous les acteurs, à commencer par les professeurs. Et, dans ce cadre, nous devons apporter une attention spécifique aux plus fragiles.
La question est aujourd’hui de développer des stratégies pertinentes en soutenant davantage les acteurs qui ont des difficultés. L’enjeu est celui des ressources humaines : à l’avenir l’institution cherchera davantage à soutenir et à accompagner qu’à contrôler.

Vous prônez l’expérimentation et dites refuser un pilotage vertical du système éducatif… tout en multipliant les annonces et les injonctions. N’est-ce pas contradictoire ?

Il n’y a aucune injonction ! J’ai réparé ce qui pouvait l’être après les erreurs constatées de la réforme du collège. Et j’ai rouvert des possibilités aux acteurs. C’est le contraire de l’injonction.

Quand j’ai dit qu’il n’y aurait pas d’injonction verticale, je n’ai pas dit que je pratiquerai l’immobilisme. Il n’y aura pas de grande loi. Mais la méthode du changement consiste à responsabiliser les acteurs en leur donnant les moyens de leur liberté. Sur la réforme du collège, nous conservons l'autonomie, nous restituons ce qui devait l'être aux établissements. Nous leur donnons la possibilité d'agir pour enrichir les enseignements, avec les classes bilangues, le latin et le grec ou encore les parcours européens. Nous irons vers l'égalité par la liberté.

Quelles mesures mettre en œuvre pour permettre à chaque collégien et lycéen de faire les bons choix, sans "subir" son orientation ?

Notre système d’orientation souffre de plusieurs problèmes : une excessive dramatisation des enjeux, et une concentration dans le temps de ces derniers. Il faut arrêter de considérer que c'est au moment de s'inscrire sur APB que tout se joue.

L'orientation ne se résout pas par un rendez-vous avec une personne mais par un dialogue continu avec les équipes de professeurs.

La réussite viendra d’une approche en continuum qui commence dès le collège et qui doit permettre de découvrir des métiers, de tenter des expériences. L'orientation ne se résout pas par un rendez-vous avec une personne mais par un dialogue continu avec les équipes de professeurs.

Comment améliorer la transition du lycée à l’enseignement supérieur ? Quelle transformation du baccalauréat cela suppose-t-il ?

Nous allons travailler en 2017–2018 avec tous les acteurs concernés. La réflexion sur le baccalauréat arrive aujourd’hui à maturité en France. Ceci devrait nous permettre de formuler des propositions dans le courant de cette année scolaire.
Nous devons renforcer à la fois le prestige et l’utilité du baccalauréat pour les lycéens, dans le cadre de leur évolution vers l’enseignement supérieur. Pour cela, une perspective est de leur permettre de valider tout au long de leur parcours à la fois des compétences correspondant à la culture générale qu'ils doivent avoir à la fin de l'enseignement secondaire et des excellences qu'ils ont su développer dans des domaines particuliers qu'ils ont choisis.

Voulez-vous réformer les programmes du lycée?

Je veux éviter les grands virages en matière de programme, le système en a suffisamment souffert. Je suis trop respectueux des enseignants, de l’importance du long terme et des éléments de continuité pour opérer des virages brusques en la matière. Nous tiendrons compte simplement, en toute sérénité, des conséquences de la réforme du baccalauréat.

APB vous semble-t-il un système juste ?

Le problème n’est pas APB en soi : cet algorithme peut s’améliorer mais nous avons besoin d’un système informatique pour organiser le flux des étudiants. Il ne faut pas oublier comment cela se passait avant, quand les jeunes prenaient place dans une queue interminable pour s’inscrire. L’aléa était bien plus fort qu’aujourd’hui.
Le problème que révèle APB est celui des capacités d’accueil de l’enseignement supérieur et de la bonne orientation des élèves. La pratique actuelle du tirage au sort est la conséquence absurde d’un système où les enjeux d’orientation n'ont pas abouti à ce qui était attendu.

Il n’est pas normal qu’un élève qui a toutes les chances de réussir dans une filière n’y soit pas admis alors même qu’un profil qui a peu de chances, statistiquement, de réussir soit lui accepté ex-abrupto par le tirage au sort. Avec Frédérique Vidal, la ministre en charge de l’enseignement supérieur, nous partageons la conviction que c’est profondément injuste.

Le problème que révèle APB est celui des capacités d’accueil de l’enseignement supérieur et de la bonne orientation des élèves.

Aujourd’hui, il y a un énorme gâchis pour tout le monde, pour les étudiants qui perdent du temps et peuvent ensuite développer une amertume et un manque de confiance en eux face à l’échec, et pour les universités qui ne peuvent plus gérer ces situations et font face à une déperdition de moyens. Il vaut mieux que l’on investisse dans une orientation choisie au bénéfice des étudiants, grâce à une bonne information mais aussi grâce à des dispositifs qui dans le futur permettront à chacune et chacun de trouver sa place. L’objectif est bien d’emmener tous ceux qui ont vocation à faire des études supérieures à la réussite. Sans hypocrisie et avec efficacité.

Comptez-vous relancer les internats d’excellence ?

Il faut évidemment déployer une politique d’internats en France : c’est un des plus grands vecteurs qui soit en matière de justice sociale. C’est décisif tout particulièrement au niveau du collège pour combattre les facteurs extra-scolaires de l’inégalité scolaire. Nous devons, en outre, créer une nouvelle attractivité internationale des internats français. Aujourd’hui, il y a des enfants dans le monde entier qui pourraient rêver d’aller dans un internat de haute qualité. Nous pourrons ainsi mixer les enjeux nationaux et internationaux et créer des lieux d’émulation au bénéfice d’élèves de toute catégorie sociale et de toute origine.
Le grand enjeu des internats ne se joue pas en termes d'existence de bâtiments mais bien plus en termes de projet éducatif. Si vous regardez ce qui s’est passé à Sourdun ou à Douai, nous avons de bons modèles de fonctionnement sur lesquels nous appuyer. Ces nouveaux internats pourraient ouvrir dès la rentrée 2018.