DOSSIER : LE BAC EN QUESTION
Il y eut d'abord ses déclarations sur les débouchés de la filière ES, puis ses propos sur le bac unique, et enfin sa tentative, le 1er octobre, pour apaiser les esprits. Xavier Darcos, le ministre de l’Éducation nationale, veut tout changer au lycée. Difficile de le suivre ? A travers des articles et l'avis d'un expert, nous vous livrons les clés pour comprendre, laisser des commentaires et débattre. A vos claviers !
La filière ES : une voie sans issue ?
Le bac ES est au coeur de toutes les attentions en cette rentrée 2007. Les propos de Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, sur ses débouchés « incertains », soulèvent beaucoup d’interrogations. Indignés, les professeurs de SES n’ont pas dit leur dernier mot.
La filière ES « attire beaucoup d'élèves qui occupent ensuite de grands amphis mais se retrouvent avec des diplômes de droit, psychologie, sociologie... sans toujours un emploi à la clé », a lancé Xavier Darcos, le ministre de l’Éducation nationale dans « Paris Match » le 23 août 2007. De quoi faire peur à tous les lycéens engagés dans cette filière ou qui envisageaient de le faire... A plusieurs reprises depuis, le ministre a associé le bac ES à une voie « aux débouchés incertains ». Des propos qui ont été très mal pris par l’APSES (Association des professeurs de SES), qui ne comprend pas ce qui est reproché à leur filière. L’association cite ainsi sur son site Internet un rapport de l’inspection générale de l’Éducation nationale, qui la décrit comme une série « aux contenus équilibrés », en phase avec le développement des métiers du tertiaire.Un manque de places en prépa
« Ce sont des critiques infondées et erronées au vu des chiffres fournis par le gouvernement lui-même », insiste Sylvain David, président de l’APSES. Selon les statistiques, si plus de 60 % des bacheliers ES rejoignent les bancs de la fac, seulement 17 % se dirigent vers les sciences humaines et 15 % choisissent le droit. Face à cette levée de bouclier, le ministère recadre son argumentaire : « Il ne faut pas y voir une attaque de la série. Il s’agit simplement d’un constat : les élèves de ES se retrouvent peu dans les filières sélectives qui leur sont – en théorie – dévolues, comme les prépas aux écoles de commerce, où les S trustent toutes les places ». Environ 6 % des lycéens en ES se dirigent en effet vers les classes préparatoires après le bac. Un peu moins que les L (7,6 %) mais surtout beaucoup moins que les S (19,2 %). C’est là que le bât blesse… Pour les professeurs d’économie, la raison est simple. « C’est un problème structurel. Deux tiers des classes prépa sont réservées aux scientifiques. Il n’y a pas assez de places pour les ES ». Et dans les prépas économiques, créées pour eux, on retrouve plus de bacheliers scientifiques car le niveau exigé en maths est trop élevé.Plus de ES et moins de L
Pour Bruno Magliulo, inspecteur d’académie et auteur de « Réussir ses études avec un bac ES » (l’Etudiant), le problème est ailleurs… « Ces critiques à l’encontre du bac sciences économiques et sociales sont absurdes... Le véritable but est de sauver la série L en y poussant une partie des élèves de ES », explique-t-il. Depuis plusieurs années, la filière L connaît une déperdition d’élèves qui se dirigent de plus en plus vers les SES. Or, Xavier Darcos l’a clairement annoncé sur France Inter : « Nous avons besoin d’élèves qui maîtrisent le discours et le raisonnement ». On parle déjà d’une fusion possible entre les L et ES pour la réforme des lycées de 2008…« Si les élèves se tournent de plus en plus vers le bac ES, c’est bien parce qu’il offre plus de débouchés que le bac L. Il est à la fois littéraire, avec la moitié du temps d’enseignement en sciences humaines, et ouvert sur les maths et la connaissance du monde contemporain », remarque encore Bruno Magliulo. Probablement de cet avis, l’APSES a décidé de ne pas en rester là… Elle organisera un colloque sur l’avenir de la filière le 17 novembre à l’université Paris-Dauphine.
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