DOSSIER : BAC L (LITTÉRAIRE) 2012 : LES SUJETS PROBABLES
- Bac L 2012 : les sujets probables en philosophie
- Bac L 2012 : les sujets probables en histoire-géographie
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- Bac L 2012 : corrigé d'un sujet probable en philosophie
- Bac L 2012 : corrigés de sujets d’histoire-géographie
- Bac L 2012 : corrigé d’un sujet de philosophie
La littérature, la philosophie, les langues, l’histoire-géographie sont au cœur du bac L, qui demande un bon esprit d’analyse et de synthèse. Pour vous aider à organiser vos révisions et savoir quels chapitres revoir en priorité, nous avons établi des pronostics de sujets, en partie grâce aux réflexions de professeurs, dont certains vous proposent même des corrigés (plans détaillés) de sujets probables. Même si la meilleure façon de réussir votre bac reste, encore et toujours, de ne pas faire d’impasses !
Bac L 2012 : corrigé d'un sujet probable en philosophie
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Par Gilles Vervisch, professeur de philosophie au lycée Paul-Émile-Victor à Osny (95) et auteur de Comment ai-je pu croire au Père Noël ? – Philosopher au quotidien (Éditions Max Milo, 2009) et blogueur sur gillesvervisch.blogspot.com.
Le sujet Tout s’en va-t-il avec le temps ? |
| Le corrigé |
| Introduction |
| Plan détaillé |
A. Les choses disparaissent avec le temps
B. L’homme est impuissant face au temps
C. Avec moi, c’est le monde qui disparaît
II. Le temps est constructeur
A. La bienfaisante faculté d’oubli
On entend souvent dire qu’"il faudra du temps", qu’"avec le temps, tout s’arrangera". En effet, si l’amour peut disparaître avec le temps, et qu’"avec le temps, on n’aime plus", les douleurs aussi, disparaissent. Tous ceux qui ont traversé des épreuves pénibles savent que l’oubli est la meilleure thérapie, et qu’il vaut mieux se libérer du passé pour se tourner vers le présent et l’avenir. L’oubli produit par le temps ne cause donc pas forcément des dégâts. Au contraire, l’incapacité de se défaire du passé et de ses souffrances peut rendre malade. D’ailleurs, c’est de cette manière que Freud définit l’hystérie dans ses Cinq leçons sur la psychanalyse : "Les hystériques souffrent de réminiscence." Ainsi, la maladie de la fameuse Anna, l’une des premières patientes de Freud, s’explique par le traumatisme subi lorsqu’elle a perdu son père. Un traumatisme, c’est justement une souffrance qui dure et ne s’affaiblit pas avec le temps, comme si le passé était toujours présent. Les hystériques sont donc incapables de penser au passé comme du passé : "Ils y sont encore affectivement attachés ; ils ne se libèrent pas du passé et négligent pour lui la réalité et le présent." Heureusement, donc, que le passé disparaît pour laisser place au présent, ce qui permet de se construire, ou du moins, de se reconstruire. Avec le temps, on ne souffre plus. Mais si l’on peut se construire avec le temps, ce n’est pas seulement parce qu’on oublie, c’est aussi parce qu’on se souvient.
B. La connaissance s’acquiert avec le temps
"Un homme d’expérience" est celui qui a acquis une connaissance au contact répété de la réalité, ce qui lui permet de mieux agir dans le futur. Et tout savoir-faire a besoin du temps : le pianiste ne maîtrise la technique de son instrument qu’avec l’habitude et la répétition des mêmes mouvements : et cette répétition n’a besoin de rien d’autre que du temps. Le savoir théorique n’a pas moins besoin du temps. Ainsi, l’expérience scientifique corrobore une hypothèse dans la mesure ou le résultat de l’expérimentation est conforme au résultat prévu par l’hypothèse. Autrement dit, le futur est conforme à ce que j’avais anticipé. Il n’y a pas de vérité sans prévision, donc sans futur, donc sans temps : "L’habitude est donc le grand guide de la vie humaine, écrit Hume dans son Essai sur l’entendement humain. C’est ce seul principe qui fait que notre expérience nous sert, c’est lui qui nous fait attendre, dans le futur, une suite d’événements semblables à ceux qui ont paru dans le passé." Si donc la connaissance du passé permet de prévoir le futur, alors le temps n’est pas destructeur, et on doit considérer que les leçons tirées du passé permettront de choisir le présent et le futur. Autrement dit, tout ne disparaît pas avec le devenir, mais tout devient, c’est-à-dire se construit.
C. "L’être est ce qui a été"
Si l’histoire, c’est-à-dire l’étude du passé, a un intérêt, c’est parce que l’histoire, la réalité des événements passés a un sens, et que le présent est gros du passé. Chaque société hérite d’une tradition, d’une histoire, de valeurs, non pas simplement pour les conserver et se tourner vers le passé, mais pour les transmettre et se tourner vers le futur : "L’être est ce qui a été", affirme Hegel, dans sa Philosophie de l’histoire. Le passé ne disparaît pas purement et simplement avec le temps. D’abord, parce que le présent, aussi bien matériel (villes, monuments, œuvres d’art) que spirituel (valeurs, lois, culture), est issu du passé et le contient, ensuite, parce que sans ce passé, le présent ne pourrait se construire. Parler du devenir, ce n’est pas d’abord parler de disparition : ce qui devient, c’est ce qui commence à être, parvient à l’existence et se construit.
Le temps n’est donc pas simplement destructeur, puisque la réalité en général, et la culture humaine en particulier, se construisent avec le temps. Toute connaissance s’acquiert avec le temps et l’expérience. Mais de nouveau, à quoi bon acquérir toutes ces connaissances, si elles doivent disparaître avec moi ?
III. Le temps donne sens et valeur à l’existence
A. Le temps c’est le mouvement
Pourquoi vouloir à tout prix que les choses ne changent pas ? Pourquoi attribuer de la valeur à l’immuable ? En fait, si le réel était immuable, si les choses existaient dans un éternel présent qui ne changeait pas, on ne pourrait rien faire. Ainsi, Aristote précise lui-même que si l’on ne peut pas revenir sur le passé, qui est irréversible, le futur, en revanche, est contingent : c’est-à-dire que plusieurs futurs sont encore possibles, pour la bonne raison que le futur n’existe pas encore. Du coup, j’ai encore le choix de ce qui pourra advenir. S’il n’y avait pas de contingence, "ce ne serait plus la peine de délibérer et de se donner de la peine", écrit Aristote dans De l’interprétation. Si toutes choses existaient déjà nécessairement et immuablement, aucun choix ne serait utile parce que aucune action ne serait possible : agir, c’est transformer la réalité. Or, si tout est et ne peut être autrement, c’est que rien ne peut être changé. Rien ne peut bouger. Le fait que les choses changent avec le temps et que le futur contingent sera différent du présent permet le choix, l’action et, pour tout dire, la liberté. Si le temps est irréversible, l’être est nécessaire et immuable. Puisque le changement, le devenir, donnent la liberté que l’être nécessaire ne donnerait pas, il semble qu’on peut lui accorder de la valeur. N’est-ce pas précisément le caractère éphémère des choses qui leur donne leur valeur ?
B. Le temps donne de la valeur aux choses
D’emblée, on a supposé, à l’instar de Hegel dans ses Cours d’esthétique, que ce qui change et disparaît n’a aucune valeur : "Si le produit naturel est un produit doué de vie, il est périssable, tandis qu’une œuvre d’art est une œuvre qui dure. La durée présente un intérêt plus grand." Rien n’est moins sûr ! Tout ne s’en va pas avec le temps, dans le sens ou la disparition des choses, des esprits, ne retire pas toute valeur à la vie. Ne sait-on pas qu’on doit profiter de ce qui n’arrive qu’une fois, précisément parce que cela n’arrive qu’une fois ? C’est sans doute le caractère éphémère des choses qui leur confère un intérêt plus grand, contrairement à ce qu’affirme Hegel. Si la beauté a tant d’attrait, c’est parce qu’elle ne dure pas. Au contraire, ce qui dure, se répète et reste toujours le même finit toujours par lasser, ennuyer. On peut le regretter et attribuer cela à une vaine curiosité et un attrait pour la nouveauté. Toujours est-il que ce qui ne dure pas a de la valeur pour nous. Plus loin, c’est le caractère fini de la vie qui lui donne son sens même.
C. Le temps donne sens à l’existence
Faut-il éviter de penser à la mort pour vivre bien, comme l’enseigne Épicure, qui nous apprend que le remède au malheur de l’homme consiste à penser que la mort n’est rien pour nous ? Il apparaît plutôt que c’est en prenant conscience de sa mort que l’homme donne sens à son existence. Comme le remarque le psychanalyste Lacan dans l’une de ses conférences : "La mort, si vous n’y croyiez pas, est-ce que vous supporteriez cette vie-là ?" C’est le fait d’être-pour-la mort qui assigne à l’homme la tâche de donner un sens à son existence. C’est son existence dans le temps qui définit celle-ci comme projet. C’est parce que je sais que je vais mourir que je cherche un sens à ma vie : que dois-je faire ? Où vais-je ? La mort, le caractère éphémère de la vie, font naître en l’homme l’inquiétude et la réflexion même qui lui permettront de se déterminer dans l’existence, de choisir ce qu’il voudra en faire. Tout ne s’en va donc pas avec le temps, dans la mesure où le changement irréversible qu’il impose révèle la valeur même de ce qu’il fait disparaître, parce qu’il le fait disparaître.
| Conclusion |














