Sujet et corrigé bac L 2011 littérature sujet 2 - Annales - Exercices

Type de doc : Annales - Exercices  |  Matière : Français - littérature   |  Niveau d'études : Terminale L voirVoir tous les autres documents en Terminale L Français - littérature

Le sujet de littérature au bac L 2011 et son corrigé.

Le sujet :

 

QUIGNARD / CORNEAU
Question 1 (8 points)
Quelle est l’importance de la cabane de M. de Sainte Colombe dans le roman et dans le film
Tous les matins du monde?


Question 2 (12 points)
En quoi la perte et l’art sont-ils intimement liés dans le roman et dans le film Tous les matins du
monde ?

Le corrigé :


Quelle est l’importance de la cabane de M. de Sainte Colombe dans le roman et dans le
film ?

L’intrigue de Tous les matins du monde se déroule essentiellement dans la demeure
de M. de Sainte Colombe qui sans être humble est loin des apparats propres à la cour.
Même si les va et vient incessants de son élève Marin Marais introduisent un lieu
prestigieux –Versailles- les événements les plus marquants ont lieu dans la cabane de M.
de Sainte Colombe : lieu de recueillement, de retraite mais aussi lieu initiatique d’un art
jalousement gardé. Qu’il s’agisse du roman ou du film, la cabane est un lieu majeur qui
définit les relations entre les personnages et favorise leur réconciliation.

La cabane : lieu de recueillement et de retraite :
Au sens classique du terme, « retraite » signifie se retirer du monde et de ses artifices. Honni
pour avoir refusé de jouer à Versailles, M. de Sainte Colombe est contraint de rester en ses
terres et de ne plus jouer en public. Loin de lui déplaire, cette retraite forcée va dans le sens
de son penchant pour l’isolement depuis la mort insoutenable de son épouse. Il s’y retire pour
méditer, composer et jouer de la viole. C’est là que son épouse fait son apparition et semble
vivante puisqu’elle lui parle, mange et boit. Les apparitions de sa femme se répètent en ce lieu
et un véritable dialogue s’établit entre M. de Sainte Colombe et son épouse défunte. Ce n’est
qu’au chapitre XX du roman qu’il s’interroge sur la raison et la nature de ses apparitions mais
sa question reste sans réponse.
La présence de Sainte Colombe en ce lieu favorise l’inspiration et l’incite à jouer
inlassablement. On pourrait comparer Sainte Colombe à Orphée allant chercher Eurydice aux
enfers. La musique ne cesse de rapprocher le musicien de sa défunte épouse et lorsqu’elle lui
fait remarquer que ses mains ont vieilli, loin d’en être peiné, il en éprouve du réconfort car
cela le rapproche de la mort et qu’il pourra ainsi retrouver son épouse regrettée.
Seul le froid pousse Sainte Colombe à quitter ce lieu paisible.

La cabane : lieu initiatique d’un art :
C’est près de la cabane que Toinette trouve son instrument, soigneusement empaqueté et
offert par son père, signe qu’elle a le droit désormais de jouer auprès de son père et de sa
sœur Madeleine.
C’est en ce lieu aussi que se déroule la seconde leçon de viole de Marin Marais qui cherche
dans la musique la gloire que le chant ne peut plus lui assurer. C’est là que les premières
critiques du Maître envers son élève auront lieu : Sainte Colombe reconnaît les qualités de
Marin Marais mais il décrète qu’il n’est pas musicien. C’est là que débute l’hostilité qu’il va
nourrir envers son élève et qui atteindra son paroxysme lorsqu’il le chassera de chez lui.
Cependant, dans le film, l’on voit que Marin Marais, dissimulé sous la cabane, avec la
complicité de Madeleine, revient écouter les compositions de son maître. Malgré les avances
de Madeleine, il n’a d’ouïe que pour le maître jusqu’au jour où trahi par un éternuement, il se
fait chasser brutalement.
Insatisfait de sa situation de « musicqueur » du roi, dans le roman mais aussi dans le film
Marin Marais revient une nuit pour écouter le maître. Le son de la viole le guide jusqu’à la
cabane même si la nuit ne facilite pas sa quête. Il écoute à la porte et entend Sainte Colombe
parler à quelqu’un. Cette visite clandestine se prolonge durant trois années, et ce, tous les
jours car Marin Marais voudrait conserver les œuvres musicales de son maître.

La cabane : lieu de réconciliation et de transmission :
Sainte Colombe se lamente toujours dans sa cabane et déplore de ne pouvoir transmettre
son art. Marin Marais gratte à la porte et Sainte Colombe le reçoit enfin comme un élève

digne d’être initié. Les leçons se poursuivent et Sainte Colombe devient plus avenant, une
complicité s’établit entre les deux hommes et le maître est désormais disposé au pardon. Il
inculque à son élève l’art d’être un vrai musicien.
C’est à un duo où s’expriment l’harmonie et la symbiose de deux grands talents que l’on
assiste. Désormais, Marin Marais est réhabilité et retrouve sa dignité, après toutes les
humiliations subies de par son attrait pour l’or et la gloire.

La cabane, pour être humble, n’en est pas moins riche en événements qui retentissent
sur la vie des personnages. Sainte Colombe y trouve un refuge après avoir été privé de
public. Il y ressent du réconfort suite aux visites de son épouse qui l’encourage même si
ses propos ne sont pas toujours bienveillants.
Marin Marais y découvre le génie de son maître et loin du faste de Versailles, de ses
rubans et de ses perruques, c’est là qu’il viendra apprendre à être un vrai musici
en.

En quoi la perte et l’art sont-ils intimement liés dans le roman et le film ?

L’art naît souvent d’une douleur ou d’une perte. Cet adage concerne bien Tous les
matins du monde car sans la perte de l’objet aimé, l’art n’aurait pu s’exprimer de
manière aussi intense.
La perte et l’art intimement liés chez les maîtres :
- Sainte Colombe est inconsolable quant à la perte de son épouse et s’en veut de ne pas
avoir assisté à sa mort car il était retenu au chevet d’un mourant. C’est de cette perte
que naîtra l’essentiel de son œuvre.
- Les multiples apparitions de son épouse défunte l’encouragent à continuer de
composer de d’affiner son art car il entretient avec elle une sorte de conversation outre
tombe.
- Il commande une nature morte à son ami le peintre Baugin qui fait la réplique de la
scène vécue avec son épouse,lors de son apparition : les gaufres, le vin, la carafe. Il
garde secrètement ce tableau qui est le témoignage de ses « retrouvailles » avec son
épouse.
- Le peintre Baugin qui est à l’œuvre, lors de la visite de Sainte Colombe et Marin
Marais, peint une nature morte, sorte d’allégorie de la vie et de la mort. Là aussi, on
perçoit l’idée de la perte qui engendre l’art.
- La perte de son statut de musicien donnant des concerts publics va inciter Sainte
Colombe à se consacrer pleinement à son art et à en créer les thèmes majeurs.
- La perte de sa fille Madeleine pousse Sainte Colombe à s’enfermer de plus en plus
dans sa cabane pour composer même s’il ne joue plus guère.

La perte et l’art intimement liés chez les disciples :
- La perte de la mère fait que Madeleine et Toinette forment désormais un trio de violes
avec leur père et malgré des débuts difficiles, les trois violes se produisent avec
beaucoup de succès.
- La perte de la viole brisée par Sainte Colombe plonge Marin Marais dans le désespoir.
Mais de cette perte naît la complicité sans faille avec Madeleine qui lui transmettra
tout son savoir-faire pour l’initier aux techniques de son père.
- La perte de Marin Marais plonge Madeleine dans un désespoir qui la conduira à la
mort : seule la musique jouée par son amant lui redonnera momentanément le sourire
et servira à les unir une dernière fois.
- Marin Marais fuit Versailles et son prestige pour retrouver l’authenticité de l’art :
ayant perdu son maître, il ne peut goûter à son art. Seule un retour aux sources le
comblera et l’aidera à se révéler et à s’accomplir.

En somme, l’art permet à chacun des personnages de pallier à une perte irréparable
car elle trouve un écho dans le fond de son être. Ainsi, l’art offre à Sainte Colombe
la renommée qu’il a pourtant fuie. Tandis que Marin Marais, au gré de l’humeur
de son maître solitaire et misanthrope, pourra perpétuer et transmettre l’art qu’il a
si précieusement gardé. Madeleine et Toinette auront aussi surmonté la perte d’une
mère et la sévérité d’un père inaccessible par le biais de l’art. L’art devient un élément
fédérateur autour desquels se retrouvent tous les personnages.