Sujet et corrigé Bac S 2010 Philosophie sujet 3 - Annales - Exercices
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Terminale S Philosophie
Le sujet de philosophie - sujet 3 au Bac S 2010 et son corrigé
Sujet 3
Expliquer le texte suivant :
L’ignorance des causes et de la constitution originaire du droit, de
l’équité, de la loi et de la justice conduit les gens à faire de la coutume et de
l’exemple la règle de leurs actions, de telle sorte qu’ils pensent qu’une chose est
injuste quand elle est punie par la coutume, et qu’une chose est juste quand ils
peuvent montrer par l’exemple qu’elle n’est pas punissable et qu’on l’approuve. […]
Ils sont pareils aux petits enfants qui n’ont d’autre règle des bonnes et des
mauvaises manières que la correction infligée par leurs parents et par leurs maîtres,
à ceci près que les enfants se tiennent constamment à leur règle, ce que ne font pas
les adultes parce que, devenus forts et obstinés, ils en appellent de la coutume à la
raison, et de la raison à la coutume, comme cela les sert, s’éloignant de la coutume
quand leur intérêt le requiert et combattant la raison aussi souvent qu’elle va contre
eux. C’est pourquoi la doctrine du juste et de l’injuste est débattue en permanence, à
la fois par la plume et par l’épée. Ce qui n’est pas le cas de la doctrine des lignes et
des figures parce que la vérité en ce domaine n’intéresse pas les gens, attendu
qu’elle ne s’oppose ni à leur ambition, ni à leur profit, ni à leur lubricité. En effet, en
ce qui concerne la doctrine selon laquelle les trois angles d’un triangle sont égaux à
deux angles d’un carré, si elle avait été contraire au droit de dominer de quelqu’un,
ou à l’intérêt de ceux qui dominent, je ne doute pas qu’elle eût été, sinon débattue,
en tout cas éliminée en brûlant tous les livres de géométrie, si cela eût été possible à
celui qui y aurait eu intérêt.
HOBBES, Léviathan
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que
l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont
il est question.
Le corrigé
Les thèmes : le droit, la justice, l'Etat, la raison
Ce texte invitait à comparer deux types de jugement : les jugements concernant le juste et l'injuste et les jugements concernant le vrai et le faux dans les sciences pures (mathématiques, géométrie). L'auteur soutient que les premiers sont sujets à dispute alors que les seconds ne le sont pas. La raison évoquée par Hobbes sur cette opposition : c'est l'intérêt qui est en jeu sur les questions portant sur le juste et l'injuste, mais absent des questions mathématiques, géométriques.
La solidité, la vérité des théories mathématiques viendrait en partie d'un désintérêt pour ce type de question. Thèse originale car en général on soutient que les vérités formelles tiennent leur validité du fait qu'elles répondent au critère de cohérence, aux règles universelles de l'esprit, et cela « sans tenir compte de ce qui peut se passer dans l'univers », comme le dit Hume, et non du fait que l'absence d'enjeu passionnel ou économique les tient à l'abri d'une critique ou d'une contestation.
Thèse qui permet aussi à Hobbes de justifier que c'est seulement par le droit et la contrainte que l'on pourra accorder les hommes, instaurer l'ordre qui est le but du droit pour Hobbes, et fonder le droit.
Plan :
I. Le texte commence (lignes 1 à 5) par une réduction du juste et de l'injuste, selon Hobbes, à la coutume chez les pères :
• par ignorance des causes et de la nature du juste
• par réduction du juste à la coutume :
1. ce qui est (le fait) et est approuvé (l'idée du nombre, de l'accord commun)
2. ce qui fait autorité (d'où comparaison avec l'enfant soumis à l'éducation des parents et maîtres)
Donc l'étalon du juste est extérieur et est le triomphe du fait (alors que le juste associé au droit est censé venir corriger, juger le fait).
On pourrait évidemment ici mettre en parallèle avec Pascal, qui souligne aussi la relativité de la coutume en contradiction avec l'idée de l'universalité associée à la valeur, justice et le triomphe injustifié de l'établi qui détourne d'un examen.
Mais si la coutume est relative, elle est identique pour ceux qui la reconnaissent, d'où accord sur le juste et l'injuste possible, même si pour Hobbes, cet accord est sans fondement aucun et n'a aucune autorité.
II. Mais (lignes 5 à 14) Hobbes souligne que ce qui différencie les hommes des enfants, est qu'ils obéissent à deux autorités :
• l'autorité extérieure de la coutume
• l'autorité intérieure de la raison posée comme source légitimée du droit
Mais au lieu de voir dans la raison, ce qui permettrait de sortir de ce relativisme, elle est décrite comme au service de l'intérêt, de la situation. Les hommes font donc un usage irrationnel. - Où se tourner alors ? Vers la raison, mais dépassionnée !
III. Car il peut y avoir accord concernant les vérités de la raison, comme le montrent les lignes 13 à 20 ; avec l'exemple du théorème d'Euclide sur les angles d'un triangle. Pour Hobbes, cet accord est possible parce qu'il n'y a pas d'intérêt en jeu et en particulier pas d'enjeu de pouvoir.
Ce qui permet de confirmer qu'un accord est possible (par la raison, on peut parvenir à un accord et à établir des principes justes) mais les hommes étant déraisonnables quand il y a un intérêt en jeu, il faut leur imposer les préceptes de la raison. On retrouve ici ce qui sous-tend la théorie politique de Hobbes : un pouvoir absolu obligeant, pour assurer l'ordre, les sujets de la loi à y obéir par la menace de la sanction.
Mais aussi :
• l'idée que l'homme n'est pas juste naturellement, soit par ignorance soit par avantage.
• ici, faute d'étalon de mesure, il y a conflit et violence et c'est le cas de l'absence d'Etat et d'un droit positif.
On pouvait aussi se demander si :
• décider du juste et de l'injuste comme des angles d'un triangle est approprié : sujet humain / objet mathématiques
• la recherche de la vérité est si désintéressée que cela (voir corrigé des L)
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