1. Une année en troisième : en stage, les élèves deviennent journalistes, coachs ou avocats
Reportage

Une année en troisième : en stage, les élèves deviennent journalistes, coachs ou avocats

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La salle de montage de l'ESJ, à Paris, n'a plus de secret pour Cylia, apprentie journaliste pour son stage de 3e. // © Martin Rhodes
La salle de montage de l'ESJ, à Paris, n'a plus de secret pour Cylia, apprentie journaliste pour son stage de 3e. // © Martin Rhodes

IMMERSION AU COLLÈGE. Épisode 5. Les élèves de 3e4 du collège Gustave-Flaubert, à Paris, ont passé leur "séquence d’observation en milieu professionnel". Traduisez : leur stage de troisième. Impressions à chaud de cinq d'entre eux sur le monde du travail.

H-1 avant le journal télévisé. Les apprentis journalistes de l'ESJ (École supérieure de journalisme) Paris s'affairent et la pression monte. Cylia n'échappe pas au rush du bouclage. "Ma mère m'a aidée à trouver ce stage de cinq jours. J'en profite pour savoir si le journalisme est fait pour moi, confie la collégienne avant d'ajouter : ici, je suis une élève comme les autres." À la différence que Cylia n'a ni le bac, ni même le brevet.

La jeune fille n'a donc plus qu'une heure devant elle. Elle a pris place dans la salle de montage, à l'aise avec le matériel comme si elle avait suivi les cours depuis le début de l'année. Le professeur de télé lui a proposé plusieurs sujets déjà montés. Elle a choisi l'un des plus intrigants : une compétition de pêche à mains nues en Corée du Sud. Elle doit retrouver l'événement en question, dénicher des informations sur Internet, écrire et enregistrer le commentaire des images.

Test : Êtes-vous fait(e) pour devenir journaliste ?

"En cours, je ne savais pas où me mettre"

Malgré un accueil chaleureux, Cylia n'ose pas encore poser de questions. "Je mets du temps à me sentir à l'aise. Le premier jour, je me perdais dans les couloirs et, une fois en cours, je ne savais pas où me mettre", se rappelle-t-elle.

En à peine deux jours, elle a assisté à une conférence du journaliste Bernard Lecomte, appris les fondamentaux du montage vidéo, relu des articles corrigés et suivi un cours théorique sur la police et la justice. La collégienne s'est volontairement confrontée à la prise de notes. Contrairement à ses nouveaux camarades de classe, elle a rédigé sur copies doubles et... au stylo violet.

Sirine et Émeline convoquées au tribunal

La séance est suspendue. Sirine et Émeline quittent la salle d'audience au milieu des curieux et des familles des prévenus. Les deux amies, qui mettent pour la première fois les pieds dans un tribunal, sont contentes de leur stage au tribunal de grande instance de Paris. "Nous sommes en plein procès pour diffamation à la 17e chambre, explique Émeline. Notre tutrice, qui est greffière, a également prévu de nous faire assister à un exercice attentat au tribunal de commerce."

Émeline est "mi-impressionnée, mi-envoûtée" par la solennité des procès, l'éloquence des avocats et l'autorité des magistrats. Mais la jeune fille, qui a obtenu 11,25/20 de moyenne au premier trimestre, n'est pas particulièrement tentée par les métiers de la justice. Son rêve est de devenir gendarme, comme sa grande sœur. Cela tombe plutôt bien, la gendarmerie nationale assure la sûreté des lieux.

Émeline observe attentivement et pose parfois des questions à sa tutrice. Chaque soir, elle rédige une dizaine de lignes en vue du rapport de stage. Sirine, qui n'exclut pas une carrière d'avocate, procède différemment. "Mon cahier de notes ne me quitte jamais et j'ai déjà le plan final en tête, confie-t-elle avant d'ajouter : je compte sur ce travail pour remonter mes notes du premier trimestre."

La séance reprend. Nous demandons à la hâte aux deux amies de compléter cette phrase : "Le travail, c'est..." Sirine se lance : "c'est épanouissant quand on est utile aux autres. En tant que médiatrice de mon collège, je prends plaisir à régler les conflits entre élèves. Finalement, je suis déjà un peu avocate."

Test : Êtes-vous fait(e) pour devenir avocat(e) ?

Matis et Tony, coachs pour ados

Le short flashy, les protège-tibias et l'indispensable t-shirt flanqué du logo du club de boxe qui les accueille (Cent20, à Paris) : Matis et Tony, deux très bons élèves de la 3e4, sont en tenue et motivés comme jamais. Seulement, le ring est encore désert... Ils sont en avance de 20 bonnes minutes malgré les six heures de cours qui les attendent. La discussion part sur le rapport de stage. Tony feint de ne jamais en avoir entendu parler.

Les deux camarades de classe sont des habitués du club. Tony y est inscrit depuis un an et demi, Matis depuis sept ans. Ils se sont débrouillés par eux-mêmes pour être pris en stage. "J'ai fait remplir la convention le jour même où le professeur principal nous l'a donnée, s'amuse Matis, qui s'imagine déjà ingénieur. J'étais très emballé à l'idée de découvrir la réalité du métier de coach et président de club." Un métier qui ne se résume pas à la boxe. "Philippe est le maître à bord. Tout passe par lui et cela demande beaucoup d'organisation : la sécurité, la comptabilité et même les déplacements des champions", constate Tony. Les deux amis sont curieux. Ils ont même demandé à Philippe le montant de son salaire.

Lire aussi : Au secours, je n'ai pas encore trouvé mon stage de troisième !

En attendant que les 5-10 ans mettent les gants, Matis et Tony suspendent les sacs de frappe, mettent en place les mannequins, cordes à sauter et autres cerceaux pour l'entraînement. Philippe, qui vient d'arriver, donne des consignes à ses collaborateurs en herbe : "Je veux que vous observiez les différentes catégories de boxeurs. Les capacités physiques et psychiques ne sont pas les mêmes à 5 et 15 ans. On fait un point demain". Les deux amis passeront l'heure sur le banc, visiblement satisfaits de leur toute première responsabilité professionnelle...

Le collège Gustave-Flaubert en chiffres

560 élèves
1/4 d'élèves boursiers
5 classes par niveau
1 classe relais et 1 classe Ulis
75,2 % de réussite au DNB (diplôme national du brevet) en 2016 mais une forte hétérogénéité du niveau des élèves : 13 % de mention TB, 21 % de mention B, 18 % de mention AB, 22 % sans mention.

L'Etudiant retourne au collège !

En 2016-2017, la rédaction de l'Etudiant retourne sur les bancs du collège ! Direction l'établissement Gustave-Flaubert, à Paris. Mois après mois, on partage la vie d'une classe de 3e durant cette année scolaire rythmée par le stage, la préparation de l'orientation des élèves et celle du brevet. Pour suivre notre immersion : #letudiantretourneaucollege

Lire aussi : 

L'épisode 1 de l'immersion au collège

L'épisode 2 de l'immersion au collège

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