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Interview

Comment mettre mon ado au travail

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Démotivation, chute des notes, conflits relationnels… face à ces difficultés rencontrées par de plus en plus de jeunes, les parents sont souvent démunis. À partir de cas réels d'adolescents en souffrance scolaire, Maria Poblete, journaliste, propose des solutions concrètes dans son ouvrage "Comment mettre mon ado au travail" (Ed. l’Etudiant). Interview et extraits.

Journaliste spécialisée dans l’éducation et la psychologie, mère de 2 ados et accompagnatrice bénévole de collégiens en difficulté, Maria Poblete est l’auteure de "Comment mettre mon ado au travail" (octobre 2010, éditions l’Etudiant), guide destiné à aider les parents à sortir leur adolescent de l’échec scolaire.

Votre livre s’intitule "Comment mettre mon ado au travail". Cela signifie-t-il qu’un adolescent ne va pas s’y mettre tout seul ?


Ceux qui s’y mettent facilement sont rares ! Parce que l’adolescent est très sollicité par ses pairs, sa "bande de potes", ses amours, ses rencontres, positives ou négatives (alcool, cannabis...). En plus, l’opposition aux parents s’exprime assez volontiers par le manque de travail scolaire, surtout dans les milieux qui ont intégré que l’école jouait un rôle important dans la réussite.

Même s’il est positif d’avoir envie que son ado réussisse, il faut éviter que le thème de l’échec scolaire ne s’invite à tous les repas. Ces moments doivent rester des temps d’échanges, et les problèmes de l’élève doivent se régler à d’autres moments. "Quelles notes as-tu eues aujourd’hui ?" ne doit pas être la première phrase à lui dire lorsqu’il rentre. C’est d’abord un ado et ensuite un élève, pas le contraire !

Vous citez un psychanalyste qui considère que le travail d’un adolescent est de surprendre ses parents et que le rôle des parents est de le soutenir. N’est-il pas très difficile de soutenir quelqu’un qui s’oppose ou ne ramène que de mauvaises notes ?


Étant mère de 2 adolescents, je reconnais que c’est très compliqué. Parce que l’adolescence de notre enfant nous renvoie à la nôtre et à la manière dont on a vécu les relations avec nos parents. Et comme il est intelligent, il appuie souvent là où ça fait mal et il peut rouvrir des plaies de notre histoire personnelle.

Quand on a le sentiment de ne pas y arriver, il ne faut pas hésiter à se tourner vers un professionnel, un CPE [conseiller principal d’éducation], un professeur principal, un psychologue ou appeler le Fil Santé Jeunes [des professionnels de santé, médecins et psychologues, répondent au 3224, numéro Vert, anonyme et gratuit, NDLR]. Cela permet de prendre du recul et de dédramatiser. C’est nécessaire pour tenir notre rôle de parent, rester solide et être un tuteur sur lequel le jeune peut s’appuyer. Il faut tenir le coup, faire du yoga, du sport ou s’appuyer sur le soutien d’un psychologue.

En quoi la lecture de votre livre peut-elle aider un parent d’ado en difficulté scolaire ?


J’aimerais que les lecteurs piochent des idées en lisant les 16 histoires vécues, présentées avec les solutions concrètes qui ont été trouvées pour chaque cas. Leur enfant ressemble peut-être à Antonin, qui s’ennuie en classe, à Claire, "enfant modèle" qui se rebelle en troisième, à Medhi, bagarreur au collège, ou à Virginie, accaparée, comme beaucoup d’ados, par le divorce de ses parents, etc.

Dyslexie, précocité et autres questions qui relèvent davantage de la psychologie de l’adolescent, le parent va découvrir une palette de cas de difficultés scolaires aujourd’hui dépassées, un peu comme dans un groupe de parole. J’espère aussi qu’il va déculpabiliser, relativiser et se détendre. Sans "lâcher l’affaire", bien sûr ! Parce que l’adolescent sait bien, au fond, que ce n’est pas pour l’embêter mais pour le protéger qu’on lui met des limites. Il me semble que trop de parents hésitent à poser clairement ce cadre nécessaire.

Et la mère de 2 adolescents de 15 et 18 ans que vous êtes y parvient-elle ?


Je suis persuadée qu’il faut savoir dire non, particulièrement à l’adolescence. Cette période est comme une session de rattrapage de la crise d’opposition des 2-3 ans, lorsque l’enfant se roule par terre devant la caisse d’un magasin pour avoir des bonbons. Avec mon aîné, un garçon, l’arrivée en seconde a été, à un certain moment, difficile. Il a découvert le lycée et la vie avec un grand V aussi ! Son lycée n’était qu’à 10 minutes de métro de la maison mais il rentrait parfois près de 3h après la fin des cours. Nous avons dû sévir et nous montrer fermes.

En revanche, nous ne lui avons jamais imposé une école d’ingénieurs ou la fac de droit, mais nous l’avons accompagné pour qu’il choisisse activement son orientation. Nous l’emmenions ou faisions en sorte qu’il se rende aux journées portes ouvertes des écoles, aux salons pour qu’il puisse avoir des réponses à ses questions. Mon fils est aujourd’hui à l’université, en section cinéma-audiovisuel. Aucun de mes deux enfants n’est hyper-bosseur, mais ma fille de 15 ans est un peu plus travailleuse que son grand frère. Et je pense aussi faire preuve de plus d’humour avec elle aujourd’hui que je n’en ai eu lorsque son frère avait le même âge.

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Comment aider mon ado à trouver sa voie", par Brigitte Calame.



Sommaire du dossier
Virginie : l’incapacité à gérer ses études quand la famille va mal Virginie : démotivation au lycée, l’appui des professionnels pour "raccrocher avec l’école" Virginie : décrochage au lycée, les solutions quand ça ne va pas fort à la maison Claire, la rébellion de l’enfant modèle. Le rejet face à une pression parentale trop forte Claire : une enfance calme et une scolarité irréprochable Claire : en début de troisième, la rébellion Claire : une crise d’adolescence qui entraîne une baisse des résultats scolaires Claire : faire face au décrochage scolaire, une tâche difficile pour les parents Claire : en seconde, le déclic Décrypter le cas de Claire