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5 manières de s’implanter en Afrique pour une école ou une université française

Jean Chabod-Serieis
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Carte Afrique
Le continent attire désormais plus de 20 % des étudiants africains en mobilité dans le monde. // ©  Marc Shoul/Panos/REA
En Afrique, les étudiants sont de plus en plus nombreux à vouloir rester sur leur continent pour y étudier. Les grandes écoles et universités font ainsi face à un nouveau défi : il ne s’agit donc plus de les faire venir en France, mais de s’établir sur place. Quelles sont modalités possibles de cet enracinement local ? Tour d’horizon en amont de la conférence EducPros du 26 janvier sur le sujet.

La multiplication des partenariats entre les établissements d’enseignement supérieur français et africains part à la fois d’un constat et d’une volonté politique. Le constat, c’est que la mobilité des étudiants africains s’effectue sur leur propre continent. Si grandes écoles et universités veulent les toucher, il leur faut donc les former sur place.

Une étude récente de Campus France relève ainsi que le continent attire désormais plus de 20 % des étudiants africains en mobilité dans le monde. Les pays bénéficiant le plus de cette mobilité intracontinentale sont l’Afrique du Sud (39 %), le Ghana (20 %), le Maroc (8 %) et la Tunisie (7 %). Le portail Africasup, créé par quatre écoles de commerce et une école d’ingénieurs implantées au Maroc, vante d’ailleurs "l’approche Sud-Sud".

La volonté politique, c’est celle du président de la République, Emmanuel Macron, qui affirmait à Ouagadougou (Burkina Faso), le 28 novembre 2017, vouloir "contribuer à renforcer la présence de nos établissements ici, en lien et en partenariat avec vous [les pays africains]." Et d’ajouter qu’il visait le "doublement des partenariats universitaires avec l’Afrique", invitant "les universités et les écoles françaises de commerce, d’ingénieurs, à ne pas perdre davantage de temps et à venir à votre rencontre pour développer ces parcours croisés." Cinq modes de partenariat se dessinent. L'implantation

1. L’implantation en dur

C’est la solution la plus engageante et la plus coûteuse. L’établissement crée sur place une école, bâtiments compris. Cela peut être en solo – comme l’Essec à Rabat (Maroc), l’université Paris-Dauphine à Tunis (Tunisie) –, dans le cadre d’un établissement binational impliquant les gouvernements et plusieurs écoles (l’ESIEE au Cap, en Afrique du Sud, dans le cadre du French South African Institute of Technology), ou encore dans celui d’un campus collectif, comme à l’île Maurice ou sur le "grand campus franco-sénégalais" au sud de Dakar souhaité par le Premier ministre, Édouard Philippe.

"Près d’une trentaine de grandes écoles françaises membres de la CGE sont implantées physiquement et durablement en Afrique à travers des campus délocalisés ou la création de classes préparatoires aux grandes écoles", notait la CGE (Conférence des grandes écoles) en octobre 2017. Les étudiants obtiennent alors le diplôme de l’école française. Ce type d’implantation met en avant une notion essentielle : le hub. Le Maroc ou le Ghana se positionnent ainsi comme des lieux de rencontres entre les établissements occidentaux et les étudiants venant du continent.

Ils y suivent leurs études puis, en fonction de leurs résultats et des modes de partenariat avec la France, viennent y poursuivre et finir leurs études. Le hub, c’est donc un point de rendez-vous, plus rarement un sas vers un autre pays, souvent occidental.

2. L’accord de coopération

L’accord de partenariat est un premier pas. Outre nouer des contacts, il permet la mobilité d’étudiants pour une partie de leurs études, ainsi que celle d’enseignants, de chercheurs et de personnels administratifs. Les supports pédagogiques sont partagés, les activités de recherche peuvent être coordonnées, des séminaires doctoraux organisés et certaines options de diplôme coencadrées.

Mais, en soi, il ne confère pas aux étudiants le diplôme de l’établissement français. Parmi ceux existants, citons l’université polytechnique Mohammed-VI, au Maroc, qui a signé des partenariats avec les universités de Paris-Dauphine et Paris-Nanterre, ou encore l’université catholique du Congo, en association avec l’Institut catholique de Paris. La CGE recense 54 accords de coopération en matière de recherche.

3. Le diplôme délocalisé, le double diplôme, le diplôme conjoint

Solution intermédiaire entre l’accord de coopération et le campus, les diplômes conjoints ou doubles diplômes. En tout, 23 grandes écoles délivrent 36 formations labellisées par la CGE (Mastères spécialisés, MSc, Badge) en Afrique. Il n’existe pas d’inventaire des formations universitaires.

Avec le double-diplôme, l’étudiant obtient deux diplômes, ceux des deux établissements partenaires. Ils sont rares : la CGE recense seulement une dizaine de double-diplômes entre ses écoles membres et les écoles africaines.

Avec le diplôme conjoint, l’étudiant décroche un seul diplôme sur lequel figurent les noms des deux partenaires. Avec le diplôme délocalisé, il obtient le diplôme de l’école ou de l'université française : c’est le cas de l’HEEC, école de commerce marocaine, qui propose quatre masters délocalisés et un Bachelor en partenariat avec trois universités françaises et Sup de co La Rochelle. Citons aussi Grenoble École de Management, qui propose deux formations qualifiantes avec des établissements sud-africains.

4. Les cours numériques

Terrain nouveau en Afrique, la conception de Mooc et le financement de studios de création de Mooc sont des opportunités de partenariat entre établissements français et africains. L'Agence universitaire de la Francophonie – qui regroupe plus de 800 établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans plus de 100 pays – est le principal acteur de ce développement, finançant des projets notamment en Cote d’Ivoire et au Sénégal.

En 2016, l’agence lançait le portail Idneuf, qui recense les Mooc proposés par les universités et les grandes écoles, ainsi que les formations ouvertes et à distance. En tout, plus de 47.000 ressources pédagogiques sont mises à disposition. Les formations diplômantes sont encore très rares, mais le potentiel immense.

5. L’entrée au capital d’un groupe africain

La stratégie est financière cette fois, et plus facile pour des groupes privés : il s’agit d’entrer au capital d’un groupe d’écoles africaines afin de le contrôler et de déployer une offre locale. C’est le cas de Galileo Global Education avec le groupe sénégalais ISM, considéré comme une référence des écoles de commerce sur le continent. Le nom est conservé, les diplômes gardent leur appellation, l’école reste africaine.

Cette préoccupation est commune à tous les modes de partenariat : faire en sorte que l’offre reste corresponde bien à un besoin local d’emplois et de compétences. Européaniser systématiquement les formations ne semble pas pertinent pour répondre aux attentes des entreprises sur le continent.

Conférence EducPros, vendredi 16 février 2018
Sciences, technologies, agriculture, santé… Selon la Banque mondiale, la plupart des pays africains sont aujourd'hui confrontés à une pénurie de ressources humaines dans de nombreux secteurs. Pour répondre à ces besoins, quels sont les défis que doit relever l'enseignement supérieur africain, à l’horizon des cinquante prochaines années ? Comment faire face à l’explosion démographique étudiante à venir ? Quelle place peut occuper l’enseignement supérieur français dans cette dynamique ?

Le 16 février prochain, EducPros vous propose un temps d'analyse et de débats sur les enjeux et perspectives africaines pour l’enseignement supérieur et la recherche français : de nombreux experts et établissements partageront leur expérience, ainsi que leurs solutions pour participer au développement de ce continent dont les besoins en formation sont immenses.

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Stéphane Brena.

S'agissant des doubles diplômes, l'Institut de droit des affaires internationales (IDAI) de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en coopération avec l'Université du Caire (Egypte) aurait pu être cité en exemple. Cet institut permet à ses étudiants (400 environ) d'obtenir en la Licence en droit de l'Université Paris 1 (3 années d'études), la Licence en droit de l'Université du Caire (4 années d'études) et enfin le Master en Droit international et européen des affaires de l'Université Paris 1 (5 années d'études). Voir http://idai.univ-paris1.fr

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