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Centrale Nantes abandonne son projet de rapprochement avec l'université

Laura Makary
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PAYANT - Université de Nantes et Centrale Nantes
La question du rattachement des 1.500 personnels du futur pôle aura eu raison du projet de la "nouvelle université de Nantes". // ©  Jean Claude MOSCHETTI/REA - Thomas Louapre/ Divergence pour l'Étudiant
Le projet de "nouvelle université de Nantes" voulue par les deux établissements d'ici à 2019 ne verra pas le jour. Lors de son conseil d'administration du 7 juillet 2017, Centrale Nantes a voté le retrait du projet. La question de la gestion des personnels, demeurée irrésolue, a eu raison de ce rapprochement, souvent cité comme modèle.

La "nouvelle université de Nantes", telle qu'elle avait été imaginée par l'université actuelle et Centrale Nantes, ne verra finalement pas le jour. C'est le conseil d'administration de l'école d'ingénieurs qui en a décidé ainsi, vendredi 7 juillet au soir, par 20 voix pour, quatre contre et une abstention.

Centrale met fin au projet de rapprochement avec l'université de Nantes, qui prévoyait que l'école devienne un pôle de l'université, absorbant la faculté de sciences et techniques, mais aussi Polytech Nantes et trois IUT, comme l'avait dévoilé EducPros le 30 janvier 2017. Elle se retire ainsi du projet Isite.

Pas de compromis trouvé

Contacté par EducPros, Arnaud Poitou, directeur de l'école, explique les raisons de ce vote. "Ce que nous avions voté lors du conseil d'administration du 3 février, de façon conjointe avec l'université, n'est plus partagé. De plus, nous échangeons depuis l'obtention de l'Isite, il y a quatre mois, que ce soit en groupes de travail ou Olivier Laboux et moi-même. Nous n'avons pas pu converger vers un compromis, malgré des propositions de solutions alternatives. D'où la décision de ne pas engager notre établissement dans un projet qui hypothéquerait son avenir", détaille le directeur de Centrale Nantes.

Un premier coup de frein avait été donné début juin. Comme l'école d'ingénieurs l'avait alors expliqué dans un communiqué, la raison du blocage résidait en grande partie dans la question du rattachement des personnels du futur pôle : qui serait leur employeur ?

Parmi les "solutions alternatives" proposées par Centrale Nantes, figurait notamment la possibilité de différer le rattachement des personnels de l'université actuellement en poste, afin de prendre le temps de l'adaptation. Une solution qui ne convenait pas à l'université, celle-ci souhaitant demeurer l'employeur des 1.500 personnels du futur pôle, la gestion des ressources humaines étant alors assurée par la future École centrale de Nantes.

L'université se déclare "sans voix"

De son côté, l'université a réagi à la décision de Centrale Nantes de quitter le projet via une lettre à ses personnels, publiée vendredi 7 juillet 2017 à 21 heures. "L'École centrale décide unilatéralement de sortir du projet. Bien évidemment, après des mois de travail et d'investissement, une telle décision nous laisse sans voix", y écrit Olivier Laboux, le président de l'établissement.

"L'État et les collectivités m'ont immédiatement fait part de leur soutien et de leur souhait de continuer à nous accompagner dans la mise en place d'un nouveau modèle d'université à Nantes", précise-t-il, ajoutant que les fondateurs du projet Isite, les partenaires et les collectivités se réuniraient rapidement pour "évoquer ensemble les pistes d'évolution sans l'École centrale de Nantes". Contactée par EducPros, l'université n'a pas souhaité communiquer davantage sur le sujet pour le moment.

Des collaborations qui perdureront

Les deux établissements désirent, malgré tout, faire perdurer leurs collaborations, notamment sur leurs deux UMR communes, le LS2N (Laboratoire des sciences du numérique et de Nantes) et le GEM (Institut de recherche en génie civil et mécanique). 

"Les liens entre l'école et l'université continuent d'exister, notre coopération s'inscrit malgré sur la durée : nous avons des projets et des laboratoires communs. Je reste convaincu que les relations entre grandes écoles et universités doivent se renforcer. Néanmoins, lorsqu'un projet n'est pas réalisable, il faut en prendre acte", déclare Arnaud Poitou.

Ce rapprochement, stoppé quelques mois à peine après son lancement, était pourtant souvent cité en exemple par d'autres regroupements. Mais les questions de gouvernance et de structure auront finalement eu raison de lui.

Les chercheurs nantais engagés en faveur du projet
Dans une tribune publiée le 7 juillet 2017, quelques heures avant le conseil d'administration de Centrale Nantes, une quarantaine de chercheurs nantais ont appelé au maintien du rapprochement. "Un arrêt serait catastrophique pour tous les laboratoires du site et pour la recherche du territoire en général. Ce projet propose une révolution organisationnelle très forte [...]. Nous demandons aux partenaires de tout faire pour mettre en œuvre, sans plus attendre, le projet scientifique pour lequel nous nous sommes battus pendant plusieurs mois. Nous leur demandons de ne pas prendre de décision isolée et hâtive qui pénaliserait collectivement toute la communauté scientifique nantaise et l'image du territoire tout entier", écrivent-ils dans ce document.

Ils estiment en outre que le rapprochement serait "une opportunité unique qui [leur] est enfin offerte de mettre en commun les forces scientifiques locales vers des projets résolument novateurs et de très grande envergure". Malgré leur engagement pour ce projet, leurs voix n'ont finalement pas été entendues.

Laura Makary | Publié le

Vos commentaires (12)

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Pierre TAPIE.

Dommage : il y avait pourtant là un projet très innovant, qui portait les germes de quelque chose de nouveau pour tout l’Enseignement Supérieur français, L’abandon n’en est que plus regrettable. D’après les informations disponibles, c’est sur la responsabilité de la gestion des ressources humaines que le projet a définitivement achoppé. Les deux parties peuvent avoir été de bonne foi, dans la feuille de route initiale, en déclarant ensemble des choses qu’elles signaient communément tout en ne mettant pas les mêmes éléments sur les mêmes mots. Si les collaborateurs sont évidemment dans tout établissement le cœur névralgique de l’identité-même institutionnelle et universitaire, la GRH dans deux espaces aux principes de gouvernance aujourd’hui très différents est marquée par ces différences. Pour une école, la gestion active des personnels, en complète responsabilité du dirigeant, est au cœur de la capacité institutionnelle d’agir et de se projeter à long terme ; dans une université, la dimension « politique » du conseil d’administration amène à une GRH « aussi bonne que possible », mais selon les contraintes et les extrêmes ambivalences de la gouvernance des universités publiques françaises, où la capacité de blocage de différents groupes est considérable. Pas étonnant donc que le rapprochement ait échoué, lorque l’on passait aux questions concrètes, sur un point non négociable pour le CA de Centrale, et soumis à de fortes capacités de blocage du côté de l’Université de Nantes. L’avenir demandera de toutes manières que des innovations institutionnelles fleurissent, comme ce rapprochement l’imaginait ; dommage pour ces deux grandes maisons, et pour leurs personnels, de ne pas arriver à le réaliser dès maintenant, elles auraient pris de l'avance.

Charles44.

Petit texte assez creux, trois questions : - où est l'innovation ? - de l'innovation pour quoi faire ? - prendre de l'avance sur qui ? Sur quoi ?

blackblackduck.

@Charles44 Vous êtes vraiment de mauvaise foi... qualifier cette contribution de "creuse" juste parce que cette personne ne voit pas les choses de la même manière que vous ? On pourrait sans hésiter user du même qualificatif pour vos commentaires. Ne vous en déplaise, la plupart des prises de positions que je vois ici me semblent des positions de principe contre ce projet. Alors, oui, les deux directions ont certainement manqué de pédagogie, mais tout rejeter sous prétexte que : * "on ne voit pas l'intérêt, donc ça ne sert à rien" * ou "de toute façon, nous on est les plus gros" n'apporte rien au débat.

Charles44.

@blackblackduck "Cette personne" n'est pas n'importe qui, mais un fin connaisseur du système, et notamment des grandes écoles (voir sa notice wikipédia). Je souscris au constat sur les deux gouvernances différentes qui empêchent le rapprochement (même si le parti pris pour le fonctionnement "efficace" des grandes écoles est discutable) et que les deux parties ont pu mal se comprendre au départ (ce qui aurait pu être évité si le projet n'avait pas été construit sans concertation avec les personnels). L'adjectif "creux" s'adressait plutôt aux banalités telles que "projet très innovant, qui portait les germes de quelque chose de nouveau" (quoi ?), "L’avenir demandera de toutes manières que des innovations institutionnelles fleurissent" (pourquoi ?) et "elles auraient pris de l'avance" (sur qui ? sur quoi ?) qui n'expliquent pas le pourquoi ; c'est d'ailleurs la faille majeure de ce projet. Compte tenu de l'expérience du commentateur, on s'attendrait à une analyse plus poussée et surtout à la justification de tels changements (qui dépassent l'obtention d'un I-site).

blackblackduck.

@Charles44 Merci pour les précisions.

Grég44.

C'est un peu surréaliste quand même... Mr Poitou n'imaginait quand même pas que l'Ecole Centrale de Nantes allait absorber comme ça tous les personnels de l'UFR de sciences, de l'Ecole Polytechnique et de trois IUT ? 300 personnels d'un côté, 1200 de l'autre... Ca sent un peu la tentative d'OPA et de fusion-acquisition ratée... N'en déplaise au directeur de l'Ecole Centrale de Nantes (qui est fonctionnaire si je ne m'abuse...), son école, pas plus que les universités, ne sont des entreprises que l'ont peut vendre à la découpe avec leurs personnels. A ce jeu-là, l'Ecole Centrale de Nantes va finir bien seule...

Baptiste.

Bonjour, Merci pour cet article intéressant qui montre encore une fois la difficulté des fusions/rapprochements/associationsur. Laura, êtes-vous certaine du copyright de la photo du bâtiment avec le logo de l'Université ? Je me trompe peut-être mais j'ai du mal à croire que votre photographe soit allé jusque sur le campus de La Roche-sur-Yon prendre cette photo pour illustrer un article parlant de Centrale Nantes....! Merci pour votre réponse et éclairage. Bonne journée.

Laura Makary.

Bonjour, Je vous confirme que le copyright est correct : "Jean Claude MOSCHETTI/REA" pour la photo de gauche de l'université, et "Thomas Louapre/ Divergence pour l'Étudiant" pour celle de droite, à Centrale Nantes. Merci, bonne journée, LM

Pascalbro.

C'est nul! Where there is a will there is a way. C'est bien dommage que les 2 partenaires jettent le gant. Il y avait là l'occasion de faire émerger enfin en France une Technical University à la hauteur de ce que fait ailleurs la concurrence notamment en Europe. Voir par exemple TU-Eindhoven. Tout ça pour des questions relativement mineures. De quoi peuvent avoir peurs des personnels fonctionnaires? Si le Bottom-up ne marche pas, alors hélas, il faudra du Top-down. Mais ce sera certainement moins bien fait. En tout cas, on ne peut pas continuer comme ça, à gâcher le bon argent du contribuable avec des systèmes d'enseignement ruineux et ruinés qui ont fait la preuve qu'ils ne marchent pas.

Charles44.

En fait c'était déjà du Top-down ... Projet écrit en catimini et dévoilé par la presse aux EC, administratifs et étudiants, sans discussion préalable. C'est bien tout le problème. Autant à Centrale, le directeur ne craint rien (voir le "grégaire" de JPierre), autant on pourrait penser que le président de l'Université a eu peur des réactions de ses personnels. Dans tous les cas, la méthode n'était pas la bonne sinon ça aurait marché ! Concernant les systèmes d'enseignement ruineux, c'est méconnaître le contexte international où les études sont payantes.

blackblackduck.

@Charles44: "c'est méconnaître le contexte international où les études sont payantes." Partiellement Faux! il existe beaucoup de pays "performants" d'un point de vue études supérieures / recherche où pourtant les études sont plutôt bon marché... Quelques exemples : * La TUM à Munich : 128.50 euros/semestre * La Tu Darmstadt : 266 euros/semestre * Humboldt à Berlin : gratuit * Université Libre de Bruxelles : 835 euros / an * EPFL : 1000 euros /an Alors oui, c'est plus onéreux qu'en France, mais cela reste raisonnable !

MarieChristine85.

@blackblackduck Vous avez partiellement raison. Les frais d'inscription des cursus "normaux" ne sont pas un bon indicateur de la santé financière d'un établissement puisque ce sont notamment les masters internationaux (qui était une partie de l'objectif du projet) qui rapportent de l'argent. Mais c'est bien évidemment et surtout le budget alloué par l'Etat et dans un sens plus général, la place que l'on fait à l'ESR dans un pays qui est gage de ces "performances" (reste à savoir à l'aune de quoi les mesurer ...). Pascalbro parle de systèmes ruinés, oui, mais ruineux, sources ? En tous les cas, si la France pousse pour se genre de rapprochement, elle ne semble toujours pas prête à financer la recherche à la hauteur de ce qu'elle mérite: https://twitter.com/pascalriche/status/885222626830016512. En marche! sur la tête.

Thibault Grégoire.

@charles44 Je ne comprends pas... Pour ma part, j'ai assisté à une intervention publique du Président de l'Université en amphi le mois dernier pour expliquer l'avancée du projet. Il y avait 400 personnes dans la salle... On peut penser ce qu'on veut du projet (et je suis loin de partager scientifiquement tout ce qu'il y a dedans au passage), mais en tout cas il a mouillé la chemise pour répondre à toutes les questions ! Je serais assez curieux de savoir si les personnels de l'Ecole Centrale de Nantes ont eu autant d'infos... En ce qui me concerne j'ai téléchargé le dossier d'I-Site. Il est en accès libre sur l'intranet de l'université. Ca pourrait être mieux, mais c'est relativement transparent. Après, ça demande toujours un effort de lecture... que certains ne semblent pas toujours prêt à fournir....

JPascal.

Depuis l’arrivée d’Arnaud Poitou à sa tête en 2012, la politique d’alliances de Centrale Nantes est instable et faite de revirements : groupe des écoles centrales, alliance Audencia-école d’architecture, IRT Jules Verne et maintenant l’université de Nantes. Le tout voté le petit doigt sur la couture du pantalon par le conseil d’administration. L’Ecole est aujourd’hui isolée et affaiblie, suspendu à n’importe quel nouveau "projet" de son directeur.

Lucas.

L'arrivée de M.Poitou à la tête de Centrale Nantes coïncide aussi avec un développement important de l'école, notamment sur l'organisation de la formation ingénieur, très apprécié par les élèves. Il est globalement soutenu dans ces démarches et pourtant un directeur d'école ayant une côte favorable auprès des élèves est rare (avis personnel construit à partir de discussion avec des étudiants de beaucoup d'écoles) !

MarieChristine85.

@Lucas C'est étonnant de mettre en avant le directeur de Centrale sur les questions de la formation ingénieur : les étudiants ingénieurs n'ont ni été informés ni véritablement associés au projet. Un projet qui n'a d'ailleurs jamais mis la formation des ingénieurs en avant pour ne pas dire le contraire... Idem du côté de l'université ! Les étudiants et la formation semblent être régulièrement, dans ce type de rapprochement, le cadet des soucis des gens à la manœuvre.

blackblackduck.

Oui, mais vous oubliez largement le contexte... Groupe des écoles centrales ? Paris est bien assez occupé avec sa fusion (difficile) avec supelec... Audencia ? Vous aurez remarqué que le directeur d'audencia a changé en cours de route...

Thierry.

@Lucas : M. Poitou a fait beaucoup pour la formation ingénieur, preuve en est le rayonnement croissant de l'école. Mais concernant le projet de fusion, il a été très décevant. Comme le précise @JPascal, l'école subit ses revirements. Peut-être serait-il temps d'instaurer un non-cumul des mandats de direction des EPSCP et de dire au revoir à M. Poitou qui, après avoir fait décoller son école, risque bien de l'emmener dans le mur !

Pepere90.

@thierry, le conseil d'administration de l'école centrale vient de reconduire M Poitou, a la sasi unanimité pour 5 ans....

GL.

@Thierry, Pepere90: Non cumul ? Chiche ! On commence par l'université alors, vu que le président a été réélu pour un deuxième mandant il y a un an, et qu'il ne m'étonnerait pas que grâce à la "nouvelle" université il en brigue un troisième...

Grég44.

En tout cas, le moins qu'on puisse dire, c'est que les personnels de Centrale Nantes ont du mal à comprendre la décision de leur directeur ! S'asseoir sur un label international et sur plusieurs millions d'euros par an, contre l'avis de tous les acteurs économiques et politiques de Nantes... Pour une école qui a des gros problèmes budgétaires, c'est quand même super risqué...

GL.

@Grég44: L'école centrale a de gros problèmes budgétaires ? C'est nouveau... vous devez détenir des informations de première main j'imagine... De plus, je peux vous affirmer que la "difficulté de compréhension" du personnel dont vous parlez me semble très largement sur-estimée...

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