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Accès à l'université : le gouvernement mise sur le sur-mesure

Laura Taillandier  |  Publié le

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Un avant-projet de loi sur l'accueil et la réussite des étudiants sera présenté au Cneser du 13 novembre et dans la foulée au conseil des ministres.
Un avant-projet de loi sur l'accueil et la réussite des étudiants sera présenté au Cneser du 13 novembre et dans la foulée au conseil des ministres. // © HAMILTON/REA

Rôle du conseil de classe accru dans les procédures d'orientation, stage de remédiation pour les bacheliers qui n'ont pas le niveau d'aller dans la filière de leur choix, éventuelles modalités d'accès différentes pour les filières en tension... Les contours de la réforme du premier cycle, dévoilée lundi 30 octobre 2017, se dessinent, tandis que l'avant-projet de loi est en cours d'écriture.

Au pas de charge. La réforme sur l'accès en licence sera officialisée le 30 octobre 2017, par le Premier ministre Édouard Philippe, la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, et le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Un projet de loi relatif à l'accueil et à la réussite des étudiants sera ensuite présenté lors d'une séance exceptionnelle du Cneser, le 13 novembre, avant son passage en Conseil des ministres dans la foulée.

La réforme s'articule autour de deux questions "celle de l'orientation en amont, et celle de l'accompagnement en aval" des étudiants, selon les termes de la ministre de l'Enseignement supérieur dans un entretien à "l'Obs". "Autrement dit, il faut s'assurer qu'un lycéen ait le maximum de clés en main pour choisir sa filière. Et repenser la première année de licence pour faire plus de sur-mesure." Le gouvernement ne choisirait donc pas la voie de la sélection franche mais du "oui, mais".

Un nouveau calendrier d'orientation

La nouvelle procédure d'orientation reprendrait les principaux éléments de calendrier évoqué par les deux ministres dans une lettre aux proviseurs ainsi que les propositions du rapport sur la concertation. Avec un élément fort : le renforcement du rôle du conseil de classe. Dès le mois de décembre, ce dernier pourrait émettre des premières recommandations aux lycéens avant l'ouverture du nouvel APB. 

La plate-forme, qui devrait ouvrir fin janvier comme APB, rassemblerait davantage d'informations sur les différentes filières. L'idée est notamment de donner accès aux taux de réussite selon le baccalauréat et la formation, les taux d'insertion professionnelle, les salaires... "Ces données existent, mais elles sont difficiles à trouver. Nous allons les centraliser sur des cartographies en ligne présentant l'ensemble de l'offre des formations. Il ne s'agit pas d'empêcher qui que ce soit de faire ce qu'il souhaite, mais d'être transparent sur la façon dont fonctionne notre système universitaire", précise la ministre.

Deuxième étape : en mars, le conseil de classe pourrait émettre un avis plus poussé sur le projet d'orientation du lycéen avant que celui-ci ne finalise ses vœux avant la fin du mois. La balle serait alors dans le camp des établissements d'enseignement supérieur qui devraient y répondre avant la fin du mois de mai, sur la base de l'analyse du conseil de classe. 

Serait également envisagée la création d'une structure regroupant des représentants des communautés scolaire et universitaire si le lycéen n'a pas reçu de réponse positive sur ces souhaits d'orientation vers des licences sélectives ou en tension par exemple. Il pourrait alors lui être proposé d'autres solutions et notamment un dispositif de remise à niveau. 

Il ne s'agit pas d'empêcher qui que ce soit de faire ce qu'il souhaite, mais d'être transparent sur la façon dont fonctionne notre système universitaire.
(F. Vidal)

Vers des dispositifs de remédiation obligatoires ?

Dans le nouveau système d'entrée dans l'enseignement supérieur, en effet, "soit le lycéen dispose des compétences nécessaires pour suivre les cours auxquels il veut s'inscrire", "soit certaines bases ne sont pas acquises, et, dans ce cas, un accompagnement spécifique" lui est proposé : "stages avant la rentrée ; en parallèle de la formation classique ; premier semestre universitaire dédié à l'orientation et à la remise à niveau...", détaille Frédérique Vidal dans son entretien à "l'Obs". Pour quels types de bacheliers ? "Par exemple une remise à niveau en sciences pour un bachelier L qui souhaite préparer médecine" ou "un travail sur les capacités rédactionnelles pour un bachelier professionnel qui souhaite rejoindre une licence générale." 

La question cruciale reste donc de savoir si ces dispositifs de remise à niveau seront obligatoires ou non. "C'est la question clé", commente la ministre. Qui de l'institution ou de l'étudiant aura le dernier mot ? Frédérique Vidal laisse entendre son point de vue. "Les quelques exemples de dispositifs de ce type existant à l'université montrent qu'il n'est pas évident d'y attirer les étudiants sur la base du volontariat. Beaucoup préfèrent s'inscrire directement en L1, même si objectivement une remise à niveau leur serait bénéfique. Ils s'en rendent compte a posteriori, mais il est malheureusement trop tard." 

"Si ces dispositifs sont actés comme obligatoires, nous serons particulièrement attentifs à ce qu'ils soient valorisés et comptabilisés en ECTS", prévient Franck Loureiro, secrétaire général adjoint du Sgen-CFDT. 

des questions en suspens pour les licences en tension

Le ministère pourrait également s'orienter vers des modalités d'entrée différentes selon que la formation soit en tension ou non. "Si l'on reste sur les critères qui président actuellement à l'affectation des étudiants – le lieu de résidence, l'ordre des vœux, la situation familiale – les choses seront effectivement compliquées dans des filières comme les Staps. Nous allons rappeler aux lycéens combien ce cursus est exigeant d'un point de vue académique, développer de nouvelles formations, de type BTS. S'il faut aller plus loin, nous nous appuierons sur les propositions des acteurs de la concertation", explique Frédérique Vidal.

Dans le rapport de la concertation, chaque groupe de travail sur les formations spécifiques comme Staps ou Paces ont fait leurs propres propositions. Dans le premier, a été considéré "qu'il était nécessaire d'affecter les étudiants en fonction de leur projet et de leurs compétences mais aussi de donner un accès prioritaire à certains publics". Dans le second, il serait question que les universités déterminent les modalités d'admission dans les différentes filières aux différents niveaux et pour les différents profils de bacheliers". Ces "prérequis" nécessaires seraient validés par un Mooc. 

Pour les bacheliers professionnels et technologiques, la priorité d'accès ainsi que des places supplémentaires dans les BTS et IUT sont déjà actés

Vendredi 27 octobre, le président de la Fage semble serein sur le fait que cette réforme "ne soit pas celle de la sélection" : "le dernier mot sur le choix de la filière devrait être laissé aux néo-bacheliers". Lilâ Le Bas, la présidente de l'Unef, n'est pas aussi confiante et craint toujours une "sélection sèche dans les filières en tension".

Si l'on reste sur les critères qui président actuellement à l'affectation des étudiants, les choses seront effectivement compliquées dans des filières comme les Staps.
(F. Vidal)

Comment l'université peut-elle METTRE EN PLACE ce sur-mesure ?

François Germinet, qui préside la commission formation et insertion professionnelle de la Conférence des présidents d'université, se dit confiant sur la mise en place de ces parcours personnalisés et dispositifs de rémédiation "dès l'année prochaine". Avec quels moyens ? "Sans budget supplémentaire pour ouvrir des places en plus c'est bien la sélection qui prévaudra", argumente Hervé Christofol, le secrétaire général du Snesup-FSU. "Les dispositifs d'accompagnement sont la première chose sur laquelle on rogne quand on n'a plus d'argent. Il n'y a que les universités éligibles au PIA qui pourront réellement rendre effectifs ces parcours", juge-t-il.

"Ce que l'on souhaite c'est que le deuxième appel à projets des nouveaux cursus universitaires servent à définir un canevas de la mise en place de la réforme", explique François Germinet. Une option également évoquée par la ministre et qui pourrait garantir aux établissements de bénéficier de financements si elles suivent ce cahier des charges.  

UN PROJET DE LOI QUI FERA "DANS LA DENTELLE"

"Le doute que l'on peut encore avoir sur la réforme c'est ce qui aura un caractère national ou ce qui sera laissé à l'appréciation des établissements ou responsables de formation", observe Hervé Christofol. Toutes les organisations attendent de près le projet de loi que prépare déjà le ministère de l'enseignement supérieur et notamment la nouvelle rédaction qui sera faite de l'article 612-3 du Code de l'éducation, et notamment l'éventuelle prise en compte du profil de l'étudiant et des attendus de la formation. 

"Tout sera dans l'équilibre de la rédaction : quel degré de prescription ? Quel cadrage national ou local ? Si je ne doute pas que la définition soit nationale, les capacités d'accueil sont définies par les établissements et il faut qu'ils les remplissent réellement pour ne pas avoir de sélection artificielle. Dans ce cas il faudra peut-être introduire un renforcement du rôle de la tutelle", le rectorat, analyse Stéphane Leymarie, secrétaire général de Sup-Recherche-Unsa. Avant d'ajouter : "Ce projet de loi va devoir faire dans la dentelle."

Laura Taillandier  |  Publié le

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