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Étudiants réfugiés : Thierry Mandon entend faciliter la coordination des acteurs

Isabelle Maradan
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Restitution des conclusions des groupes de travail sur l'accueil des réfugiés réunis au ministère de l'enseignement supérieur le 10 mai 2016.
Thierry Mandon s'est engagé devant les acteurs de l'accueil des étudiants réfugiés à "créer les conditions pour que la coordination existe". // ©  Isabelle Maradan
Les initiatives pour accueillir les étudiants réfugiés se multiplient depuis la rentrée 2015. Associations étudiantes et universités ont permis à des programmes d'apprentissage du FLE notamment, d'exister en misant sur le "système D". Pour la première fois, mardi 10 mai 2016, le secrétariat d'État à l'Enseignement supérieur a réuni l'ensemble des acteurs institutionnels et de terrain dans le but de mieux coordonner leurs actions.

Simplifier les démarches des étudiants réfugiés ou demandeurs d’asile. Informer les étudiants qui se trouvent face à plusieurs interlocuteurs. Faire connaître les bonnes pratiques – éparpillées et méconnues – engagées sur ce secteur. Coordonner les interventions des acteurs. Résoudre leurs problèmes de financement." La liste dressée par Camille Demange, du réseau d’entrepreneurs sociaux Makesense, porte-parole de l’un des groupes de travail réunis au ministère le 10 mai 2016 autour de l’accueil et de l’intégration des étudiants réfugiés, résume les enjeux.

Il s’agissait de la première initiative du secrétariat d'État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche pour réunir l’ensemble des acteurs – associatifs, interlocuteurs institutionnels, entrepreneurs – de l’accueil des exilés dans l’enseignement supérieur.

L'impossibilité de dénombrer l'ensemble des étudiants réfugiés accueillis ou le nombre d'initiatives privées ou universitaires, démontre, s'il le fallait, la nécessité de ce rassemblement. Une reconnaissance de l'engagement des bénévoles et une première intervention institutionnelle pour faciliter les échanges entre acteurs de tous bords.

Question tempo, c'est le groupe amené à s'interroger sur "le parcours universitaire, clé de l'intégration ?" qui a pointé "la nécessité de sortir d'une logique d'urgence pour aller vers une logique d'anticipation, face à une situation amenée à durer".

des moyens financiers non chiffrés

Aux suggestions des groupes de travail, Thierry Mandon, secrétaire d’État en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a répondu en prenant l'engagement de "créer les conditions pour que la coordination existe", en désignant notamment "une personne référente au ministère" sur ce sujet, et en dégageant "des moyens financiers, limités, mais accessibles quasi immédiatement".

Combien ? "Pas de chiffres, pas de promesses en l’air", a tranché le secrétaire d’État, insistant sur la nécessité de "trouver des circuits courts, d’ici juillet", pour "agir vite".

de nombreux points de blocage

Après les échanges formels, les échanges informels. À la fin de la matinée, des discussions s'engagent entre les étudiants bénévoles du collectif Resome, créé il y a peu pour favoriser l’émergence de programmes d’intégration et d’accompagnement dans le système universitaire (lire encadré), une enseignante en FLE à Paris 8, l'étudiante et fondatrice de Kiron France, à l'origine de la mobilisation de Science po Paris autour de l'accueil des réfugiés, un chef de projet chez Wintegreat, qui accompagne les réfugiés ayant dû interrompre leur parcours d'études...

À cette occasion, chacun peut mettre un visage et une voix sur l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration), institutions incontournables pour qui planche sur les problématiques d'accueil des réfugiés. 

Au cœur des conversations : les problèmes rencontrés et les points de blocages relevés plus tôt par les groupes de travail. La question du statut d'étudiant, qui conditionne certains droits, mais en fait perdre d'autres aux demandeurs d'asile ou réfugiés, revient souvent. Tout comme l'accès difficile à l'information – avec, notamment, la problématique de la langue des guides à disposition –, ou encore la complexité des démarches administratives.

Autre problème, de taille, relevé par les participants : celui des financements. Des universités, comme celle de Strasbourg, ont fait des efforts sur leurs fonds propres et peinent à assurer la pérennité de leurs initiatives. Faute de moyens, l'association Thot, qui dispense des cours de français et délivre un diplôme aux exilés, a recourt à la générosité du public, via une campagne de financement participatif.

Au sein des associations, les bénévoles tirent la langue. L'une d'elle confie avoir mis ses études entre parenthèses. "Je passe énormément de temps sur les dossiers, les réunions. J'ai développé une vraie expertise. C'est formateur et intéressant, mais, parfois, je me dis que si je bossais toutes ces heures pour le ministère, j'aurais un sacré salaire !"

Derrière le pratico-pratique, il faut du courage politique !

"Nos problèmes pratico-pratiques viennent de décisions politiques pas prises ou mauvaises, estime le Resome. Décider d’ouvrir un programme pour accueillir aux étudiants réfugiés et ne pas le limiter à ceux qui en ont le statut, c’est politique ! Si l'on offre des repas gratuits pour les étudiants réfugiés au Crous, ceux qui en ont le statut y ont droit, les autres non, c’est politique ! Donc, derrière le pratico-pratique, il faut du courage politique. Il faut que les institutions ouvrent des espaces de discussions politiques pour se donner les moyens de réfléchir à une nouvelle politique d’accueil des réfugiés. Cette réunion est un début". Après les paroles du secrétaire d'État, le Resome attend des actes.

Qu'est-ce que le Resome ?

Le Resome a fait parler de lui en publiant, le 2 mai 2016, une tribune dans Libération intitulée "Ils ferment les frontières, ouvrons nos écoles". Ce collectif est composé d'étudiants, de professeurs, de chercheurs et de personnels, de l'EHESS, l'ENS, la Femis, Paris Ouest-Nanterre-la-Défense ou Paris 8.
Réunis pour œuvrer aux côtés des réfugiés et migrants pour favoriser leur accès à l'enseignement supérieur et faciliter leur orientation et l'apprentissage du français, les membres de cette association entendent devenir des interlocuteurs privilégiés pour la construction d'une "nouvelle politique d'accueil". Le Resome souhaite regrouper l'ensemble des acteurs de l'accompagnement des exilés en reprise d'études et développer des antennes régionales. 
 

Isabelle Maradan | Publié le

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