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Exclusif. APB 2017 : les petits arrangements du ministère "pour éviter le tirage au sort"

Natacha Lefauconnier, Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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Université d'Auvergne-Clermont-Ferrand - Amphi de l'école de droit 2
Les universités ont reçu un mode d'emploi pour "éviter le tirage au sort". // © Service communication UdA

Alors que la première phase d'admission d'APB doit être rendue publique jeudi 8 juin 2017, les universités ont reçu le 31 mai 2017 un document leur expliquant la marche à suivre technique pour "éviter le tirage au sort". Face à l'augmentation massive de vœux 1 prioritaires dans les licences à capacités d'accueil limitée, ne pas recourir à cette pratique semble relever de la mission impossible.

À bas le tirage au sort ! Le Conseil d'État a beau avoir maintenu sur APB (Admission postbac) le tirage au sort à l'entrée des licences à capacités limitée, face aux critiques de plus en vives à l'encontre de cette pratique, le ministère a envoyé le 31 mai 2017 aux universités un document intitulé "Pour éviter le tirage au sort...", dont EducPros a eu connaissance. Avec une application immédiate : les universités devant paramétrer le nombre de candidats à "appeler" entre le 1er et le 6 juin, soit deux jours avant la première phase d'admission d'APB.

Ce mode d'emploi très technique, couplé à un back-office d'APB aménagé, est censé tirer au maximum partie des règles existantes pour limiter le nombre de tirages au sort. En 2016, 78 licences ont été concernées par cette pratique, contre 180 en 2015. Mais en 2017, 40.000 candidats supplémentaires ont été enregistrés sur APB par rapport à 2016. En particulier, le document permet aux établissements de réaliser des simulations sur la mise en œuvre – ou pas – d'un tirage au sort, en fonction du nombre d'étudiants acceptés. Les établissements peuvent corriger leurs paramètres jusqu'au 8 juin.

L'astuce du "rang limite de bloc"

Actuellement, lorsque les candidatures sont supérieures aux capacités d'accueil d'une licence, les candidats sont classés. Dans l'ordre, les critères utilisés sont : le fait de résider ou d'avoir obtenu le bac dans l'académie où la formation demandée est proposée, le rang de la licence ou de la Paces parmi l'ensemble des vœux de licence, puis le rang de la licence ou Paces parmi toutes les formations demandées, formations sélectives incluses, et, enfin, la situation de famille.

Ces critères permettent de déterminer des groupes de candidats selon leur niveau de priorité. Le tirage au sort est aujourd'hui utilisé sur APB pour départager des candidats au sein d'un même groupe.

Le ministère propose donc aux universités de contourner l'écueil du tirage au sort en fixant le rang du dernier candidat "appelé", de manière à ce qu'il corresponde au rang du dernier candidat d'un groupe. Ce "rang limite"a dû être établi par les établissements pour chaque filière en tension, et ce avant le mardi 6 juin 2017. Il s'agit ainsi, autant que possible, de ne pas appeler un trop grand nombre de candidats qui obligerait à en départager certains au sein d'un même groupe.

un "système d'aide à la décision" ?

"Ce système permettra de prendre des populations entières de candidats remplissant les mêmes critères de priorité sans aller au tirage au sort", souligne Cécile Lecomte, présidente de la Courroie (Conférence universitaire en réseau des professionnels de l'orientation et de l'insertion professionnelle des étudiants).

Une procédure qui donne la possibilité aux universités de "faire des simulations selon le rang limite choisi et de l'adapter en conséquence pour éviter des tirages au sort", poursuit Cécile Lecomte. Isabelle Rondot-Delbecque, chargée de mission orientation à l'université de Bordeaux, y voit "un système d'aide à la décision". En fonction du rang limite saisi, la formation apparaît en orange – un tirage au sort est prévu – ou en vert : aucun candidat ne sera éliminé de cette façon.

"Les familles accepteront peut-être mieux ce système", espère de son côté Dominique Royoux, vice-président délégué à l'orientation et l'insertion à l'université de Poitiers.

Les universités auront alors le choix entre le tirage au sort, pas de tirage mais des places vacantes ou, troisième possibilité, pas de tirage au sort mais du surbooking, dont l'ampleur sera déterminée filière par filière, en pariant sur le fait que tous les candidats appelés ne s'inscriront finalement pas dans la filière concernée.

Des prévisions pessimistes

Malgré ce dispositif, les prévisions restent pessimistes à l'échelle nationale : "Nous nous attendons à avoir plus de tirages au sort, dans plus de licences", prévient Cécile Lecomte. En cause, la hausse du nombre de bacheliers, mais aussi l'intégration au dispositif des étudiants en réorientation externe, auparavant traités séparément par les universités.

Nous nous attendons à avoir plus de tirages au sort, dans plus de licences.
(C. Lecomte)

À l'université Paris-Descartes par exemple, en plus des Staps (500 vœux 1 pour 220 places), de la Paces et de la psychologie (570 vœux 1 pour 520 places), les licences de sciences de l'éducation (74 vœux 1 pour 40 places) et d'économie-gestion (233 vœux 1 pour 220 places) sont désormais touchées. "En raison du nombre de salles, qui est fixe, je ne peux pas organiser les deux groupes de TD supplémentaires nécessaires en sciences de l'éducation pour accueillir tout le monde", assure Frédéric Dardel, président de l'établissement.

À l'université de Bordeaux, avec 388 vœux 1 pour 220 places, c'est la licence de sociologie qui pourrait faire l'objet d'un tirage au sort. Quant à la licence de psychologie de l'établissement, elle recueille 1.230 premiers vœux pour 220 places...

En droit également, des tirages au sort pourraient avoir lieu cette année, contrairement à l'an dernier. À Paris, "les vœux 1 de l'académie ont augmenté de 80 %", annonce ainsi Pierre Crocq, responsable du plan licence de l'université d'Assas. "Dans ces circonstances, je ne vois pas comment éviter le tirage au sort", déplore-t-il.

En Staps, la situation reste catastrophique

En Staps, filière traditionnellement la plus touchée, la situation est telle que les doyens ne voient pas comment le dispositif du ministère pourrait avoir un quelconque effet. Avec près de 33.000 vœux 1 académiques pour 14.500 places au niveau national, le constat est catastrophique, s'alarme Didier Delignières, directeur de l'UFR à l'université de Montpellier et président de la Conférence des doyens de Staps.

À Bordeaux, l'université enregistre 1.440 vœux 1 pour 250 places, à Montpellier, l'université peut accueillir 550 étudiants pour 1.200 vœux 1, quand à Poitiers, 400 places sont ouvertes pour 800 premiers vœux issus de l'académie. "Il risque d'y avoir des tirages au sort dans toutes les licences de Staps ayant mis en place une capacité d'accueil", prédit ainsi Aurélien Pichon, doyen à l'université de Poitiers.

En Paces, le ministère est peut-être un peu trop ambitieux.
(R. Léchenault)

En Paces, enfin, "il y a 400 vœux 1 de plus pour l'Île-de-France par rapport à l'an dernier", fait savoir Frédéric Dardel. Soit 8.750 vœux 1 pour 7.600 places. Des chiffres qui font dire à Régis Léchenault, responsable de la direction des études et de la vie universitaire à Paris-Descartes, que le ministère est "peut-être un peu trop ambitieux" quand il assure qu'il n'y aura pas de tirage au sort en Paces. D'autant plus, souligne Frédéric Dardel, qu'une augmentation de la capacité d'accueil risque "d'entraîner des déséquilibres par rapport au numerus clausus et de rendre le concours plus difficile".

Frédérique Vidal a annoncé la fin du casse-tête pour l'année prochaine. "Je souhaite mettre en place un dispositif pour qu'en 2018 le tirage au sort soit un mauvais souvenir", a-t-elle indiqué lors de son premier déplacement à Bordeaux. L'instauration de prérequis à l'entrée des licences fait partie des chantiers de la nouvelle ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.

Natacha Lefauconnier, Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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