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Enseignement supérieur : l'uberisation en marche

Marine Miller  |  Publié le , mis à jour le

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Séance de tournage test pour un prochain MOOC à HarvardX
Les Moocs sont nés dans les universités américaines (Harvard, MIT, Stanford), en 2011. // Séance de tournage d'un Mooc à HarvardX // © HarvardX/Harvard University

RÉTROSPECTIVE 2015. Comme les transports, l'hôtellerie ou la restauration, l'enseignement supérieur pourrait bien être le prochain secteur à être "uberisé". Si la révolution "Mooc" n'a pas eu lieu en 2015, la transformation numérique progresse.

L'université ne sera pas épargnée par le processus d'uberisation de l'économie. "Cela commence par des Mooc faits par des organismes privés et cela se termine par des universités virtuelles", expliquait un brin anxieux Thierry Mandon, à l'occasion d'une conférence de presse sur les deux ans de FUN (France université numérique) en décembre.

"Nous avons conscience que la transformation est en marche. Le numérique transforme l'éducation comme il transforme tous les autres secteurs", ajoute Catherine Mongenet, directrice du groupement d'intérêt public qui pilote la plateforme FUN.

Pas de révolution "MOOC" en 2015

En 2015, le fantasme du Mooc permettant une démocratisation massive de l'enseignement supérieur s'est progressivement dissipé. "Comme pour toute innovation, il a eu une période 'hype', où l'on pensait que les Mooc révolutionneraient le monde, puis une période 'anti-hype', où l'on s'est rendu compte que le paysan africain n'accéderait pas aux cours en ligne de Harvard. En réalité, les Mooc sont aujourd'hui des gains d'apprentissage pour les personnes déjà formées et sachant travailler en autonomie", résume Rémi Bachelet, maître de conférences à Centrale Lille et créateur du premier Mooc certificatif (gestion de projet).

Les universités américaines (Harvard, MIT, Stanford), qui ont inventé les Mooc fin 2011, dessinent aujourd'hui une nouvelle orientation : des Mooc diplômants, payants, à la demande pour les étudiants, et des Mooc sur-mesure pour les entreprises. Plus question de "massifier" gratuitement l'enseignement supérieur, donc.

Catherine Mongenet remarque que sur la plateforme FUN, les établissements, plus de 60 en 2015, mettent de moins en moins de Mooc "académiques" ou "disciplinaires". "Les Mooc se sont diversifiés et se concentrent sur des sujets nouveaux, innovants, sur l'économie circulaire, le développement durable, le monde de l'entreprise", précise-t-elle.

Des cursus tout en Mooc pour demain

Aux États-Unis, cependant, certaines universités se sont déjà lancées dans la validation de cursus entiers en Moocs. C'est le cas de l'Arizona State University, qui propose de valider une année de Bachelor en suivant une douzaine de Mooc et en obtenant une certification pour chaque cours. Ou Georgia Tech, qui a lancé, à la rentrée 2015, un master informatique tout en "Mooc", en partenariat avec la plateforme Udacity. Les inscriptions ne sont plus massives (400 étudiants environ) et ne sont plus ouvertes : les admissions reposent sur les mêmes critères que pour un master en présentiel.

"En France, on fait encore des Moocs pour le fun, pourtant, dans un futur proche, ils feront partie des cursus", estime François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise. "Ils pourront même être convertis en crédit ECTS", précise Catherine Mongenet. Les mécanismes de la formation à distance et de la validation des acquis existent déjà à l'université.

"Après-demain, on peut très bien imaginer qu'un étudiant qui a suivi un Mooc et reçu des certifications pourra prétendre à être admis à l'université", poursuit la directrice du GIP qui pilote FUN. À la rentrée 2015, la plateforme FUN comptait 155 Mooc et plus de 530.000 apprenants issus de 120 pays. 

Qui lancera le "Airbnb" de l'éducation ?

De là à aller jusqu'à une uberisation de l'enseignement supérieur ? Pour  François Germinet, "nous serons dans l'uberisation quand l'université, la mienne par exemple, sera en mesure de donner un diplôme à des étudiants qui ont obtenu des 'briques' de formations, délivrées et certifiées, par d'autres universités comme l'EPFL, Stanford ou l'université d'Oslo".

Si, demain, Harvard et d'autres universités américaines se décident à intégrer dans leur cursus des briques pédagogiques délivrées par d'autres, le mouvement d'uberisation sera alors lancé. L'idée, comme pour Airbnb, est d'apporter un service via une plateforme, au-dessus des ressources déjà disponibles. "La question est : qui lancera le premier le Airbnb de l'éducation ? " se demande François Germinet.

Pour certains enseignants, comme Yann Bisiou, vice-président de l'université Montpellier 3, cette uberisation est souhaitable, "elle a même déjà commencé. Les étudiants de la génération Z sont déjà des grands habitués de l'économie du partage. Ils utilisent naturellement les forums et les groupes de discussion sur les réseaux sociaux. L'uberisation est un atout pour l'enseignement supérieur, ce n'est ni un risque, ni un danger", estime le professeur de droit et de criminologie de Montpellier 3.

"Les universités ne sont pas des taxis"

Cette vision est loin d'être partagée par tous, certains spécialistes sont sceptiques. "Je ne crois pas vraiment à l'uberisation de l'enseignement supérieur, la plupart des étudiants, s'ils ont le choix, préfèrent les cours en présentiel. Le contenu continuera d'être mis en ligne, mais la diplômation et la certification resteront des services attachés aux universités. Je ne dis pas qu'Internet n'impacte pas l'éducation, mais il n'y a aucune raison de paniquer. La citadelle universitaire est solide et bien défendue. L'université, ce n'est pas comme les taxis", estime Matthieu Cisel, doctorant à l'ENS Cachan qui consacre sa thèse aux Moocs et blogueur EducPros.

Le diplôme national serait donc le dernier rempart à l'uberisation. "Pour l'instant, nous sommes protégés par le diplômé national, mais nous ne pourrons pas être épargnés ad vitam aeternam", pronostique François Germinet. Selon lui, "le marché de l'enseignement supérieur est international et très compétitif, même au sein de l'espace de Bologne, qui, en réalité, est très inégal. Que vaut un diplôme français dans ce contexte ?" s'interroge le président d'université. Pour autant, il estime que les universités ne disparaîtront pas. Car on peut "uberiser" une formation, mais on ne peut pas encore "uberiser" une tranche de vie...

Marine Miller  |  Publié le , mis à jour le

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