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Assises ESR : un manque d'ambition global selon les grandes écoles

Sophie Blitman  |  Publié le , mis à jour le

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Les assises nationales de l'enseignement supérieur et de la recherche - ©O.Monod Les assises nationales de l'enseignement supérieur et de la recherche - ©O.Monod

Alors que le projet de loi sur l'enseignement supérieur et recherche doit être présenté en conseil des ministres d'ici le mois de mars, les écoles d'ingénieurs et de commerce portent un regard assez critique sur les propositions qui ont émergé des Assises. Vigilantes, elles rappellent leurs attentes notamment sur le financement, la gouvernance et l'évaluation des établissements.

Quelques bons points, et beaucoup d'insuffisances. Après avoir apporté leur contribution en amont de la consultation nationale, les associations représentatives des écoles ont réagi de manière relativement critique aux 121 puis 135 propositions présentées par le comité de pilotage des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche, suivies du rapport rédigé par Jean-Yves Le Déaut.

"Saluant le large spectre des propositions" ainsi que leur "caractère souvent très concret", la CGE (Conférence des grandes écoles) reconnaît que "de nombreuses propositions nous semblent aller dans le bon sens". Ce qui ne l'empêche pas de regretter un manque d'ambition global et le tabou persistant autour de certains sujets comme la possibilité, pour les universités, de choisir "les étudiants les plus adaptés aux différentes filières" – autrement dit de les sélectionner, condition de la réussite des jeunes, selon la CGE. De son côté, la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs) rappelle avoir "toujours dit qu'elle était pour la sélection dès lors que l'ensemble des places offertes permet à tous les candidats de trouver chaussure à son pied, en fonction de ses désirs et de ses capacités".

La question financière non résolue

Côté financier, la CGE réaffirme la nécessité d'augmenter de 0,1 point pendant dix ans le PIB consacré à l'enseignement supérieur et la recherche, comme elle l'avait proposé en février 2012, dans ses 20 propositions pour la présidentielle. Et de mettre en avant la problématique de financement des établissements : "l'autonomie financière dans sa forme actuelle, écrit l'association, débouche sur l'utilisation de la masse salariale comme variable d'ajustement budgétaire". Les grandes écoles auraient également souhaité voir émerger une mesure pour responsabiliser les diplômés, "par un retour financier juste et limité vers l'établissement"

L'autonomie financière dans sa forme actuelle débouche sur l'utilisation de la masse salariale comme variable d'ajustement budgétaire
(CGE)

Enfin, alors que les écoles associatives privées ont alerté le gouvernement, fin 2012, sur leurs difficultés financières, la CGE demande que soit reconnue la "contribution à la mission de service public d'enseignement supérieur et de recherche rendue par les secteurs associatif et consulaire non lucratif".

Vigilance sur la nécessité d'une évaluation indépendante

Pour la CDEFI, la question des moyens doit en outre être déconnectée de l'évaluation des établissements : "en aucun cas il ne sera établi de lien direct entre l’évaluation et toute décision de financement", insiste-t-elle. Par ailleurs, alors que le rapport Le Déaut envisage le remplacement de l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) par une Autorité de l'évaluation des universités, de la recherche et des établissements  ou AUTEURE, les écoles d'ingénieurs prennent les devants en réaffirmant la nécessité que l'évaluation soit conduite par une "agence indépendante associée à des entités extérieures mandatées ou référencées selon des règles méthodologiques publiques dont elle est garante".
La CGE, quant à elle, se dit satisfaite de voir que la "pluralité des missions des universitaires" devrait être prise en compte dans le projet de loi.

Politiques de site : pas de fusion systématique

Si les Assises ont par ailleurs mis en avant l'importance des politiques de site et insisté sur une nécessaire simplification du paysage de l'enseignement supérieur, la CGE dénonce une "approche purement franco-française" qui risquerait, selon elle, d'accroître le décalage avec des modèles internationaux auxquels il est pourtant "souvent fait référence".

La CDEFI souligne pour sa part que le point de départ des associations d'établissements doit être l'existence de projets communs. Sa vision de la notion de site est assez large puisque celle-ci "peut être régionale, infra régionale ou interrégionale".

En outre, alors que le rapport Le Déaut préconise la suppression des pôles de recherche d'enseignement supérieur (PRES), amenés à devenir des "communautés d’universités", les écoles d'ingénieurs se prononcent en faveur d'un "modèle de type fonctionnement des communautés de commune", plutôt que "comme des structures préfiguratrices de modèles fusionnels dont chacun peut craindre, au vu des différentes expériences actuelles, une réelle difficulté de pilotage des différents acteurs potentiellement présents sur le site".

Quid des milieux socio-économiques ?

A l'issue des Assises, la CGE, et plus encore la Cdefi, mettent aussi en garde contre la faible présence de milieux socio-économiques qui ont été, d'après Christian Lerminiaux, président de la Cdefi, "les grands silencieux de ces débats. Les régions et les collectivités locales se sont un peu manifestées, mais les entreprises ont très peu fait entendre leur voix". Et de plaider pour que les conseils d'administration comprennent "un nombre minimal de membres externes pouvant aller de 20 à 60 % des membres en fonction de la mission plus ou moins professionnelle de l’établissement"

Les entreprises ont très peu fait entendre leur voix
(Christian Lerminiaux)

Un constat relayé côté professionnel par l'association des Ingénieurs et scientifiques de France (IESF) qui "s'inquiète de l'absence d'initiatives visant à favoriser l'échanger entre les entreprises et les établissements d'enseignement à travers notamment la présence d'experts de l'entreprise", mais aussi l'association des entreprises à la gouvernance des établissements.

Sur ce sujet, la CGE comme la CDEFI estiment que les personnalités extérieures devraient pouvoir participer à l'élection du président de l'université. Un droit de vote largement controversé au sein de la communauté universitaire. Geneviève Fioraso l'avait envisagé dans son discours à la Cdefi en octobre 2012. Le rapport Berger évoque cette participation des personnalités extérieures comme l'un des deux scenarii possibles, tandis que celui de Jean-Yves Le Déaut propose que les membres externes ne soient plus nommés par le président, et puissent ainsi participer à son élection. La ministre devra trancher.

Sophie Blitman  |  Publié le , mis à jour le

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