En ce momentUniversité : cinq espaces qui boostent la vie de campus
On en parleUpec-Upem : la fusion des universités n'aura pas lieu... pour le moment
Actu | Gouvernance

Écoles de commerce : fusions à hauts risques

Étienne Gless  |  Publié le

1

Écoles de commerce : fusions à hauts risques

Fusionner n'est pas un long fleuve tranquille et la course à la taille critique ne garantit pas le succès. Neoma, Skema, Kedge, FBS... Retour sur ces fusions à l'œuvre dans les écoles de commerce depuis cinq ans. Avec plus ou moins de succès...

Les fusions sont en vogue ? Certainement. Un modèle gagnant ? Pas sûr du tout. Le bilan, cinq ans après le début du mouvement de concentration que connaissent les écoles de commerce est plutôt mitigé, entre un début de success story (la création de Skema en 2009) et un échec patent (France Business School créée en  2012).   

SKEMA ou la stratégie de volume

"Skema a désormais les moyens d'être dans la compétition internationale mais ça n'a pas été sans mal",  reconnaît Alice Guilhon. La directrice de l'école issue du Ceram à Nice et de l'ESC Lille a beaucoup pris l'avion pour faire la pédagogie de la fusion auprès des personnels, des professeurs et des étudiants. Programmes communs, changement des maquettes, création de 43 postes… la fusion a coûté cher. "Il ne s'agissait pas de rapprocher les deux établissements pour réaliser des économies mais pour un projet", justifie Alice Guilhon. Skema a bénéficié de 20 millions d'euros d'actifs apportés par la CCI de Nice mais qui n'est plus aujourd'hui majoritaire dans la gouvernance de l'école. "Skema s'est affranchie des territoires et des tutelles consulaires. Sans cela la fusion n'aurait jamais marché", estime la directrice.

Cinq ans plus tard, le nouvel établissement poursuit sa course à la taille critique. L'ambition pour 2015-2020 est d'atteindre les 8.000 étudiants (contre 6.700 à la rentrée 2013) en augmentant le nombre d'étudiants étrangers, via des ouvertures de campus en propre sur tous les continents : Raleigh aux États-Unis, Suzhou en Chine, Belo Horizonte au Brésil en 2015. L'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) délivre dans son rapport publié en juillet 2014 un satisfecit global. Mais l'Agence pointe aussi des faiblesses  comme la grande dépendance de l'équilibre financier de Skema  au volume d'étudiants et au montant des droits d'inscription. Sans compter que pour être un modèle 100 % gagnant, Skema doit encore progresser en visibilité internationale et dans les classements.

Le campus de Skema à Suzhou ©E.Gless - avril 2014

NEOMA, encore en phase de lancement

"Notre fusion est bien avancée mais elle est encore en marche", répète Franck Bostyn. Le directeur général de Neoma ne s'en cache pas : réunir deux établissements en un reste un défi un an après avoir entamé le processus. Le mariage officiel de Rouen Business School et Reims Management School a été annoncé en septembre 2013. "Neoma va réussir, estime confraternel, Philippe Rivet, directeur de l'Esdes à Lyon. Cette fusion a été bien planifiée. Il n'y a que deux écoles, proches géographiquement avec des cultures pas si différentes et qui ont déjà travaillé ensemble pour créer un campus dédié à l'executive education".

Mais la route vers le succès est longue et semée d'embûches. Premier signal négatif envoyé par l'environnement : dans le classement 2013 du Financial Times des masters en management, le programme Neoma chute à la 39e place quand les programmes des écoles avant fusion se hissaient un an plus tôt  à la 19e place pour le diplôme de Rouen et à la 25e pour celui de RMS. Une mauvaise nouvelle compensée par le renouvellement du label Equis pour la nouvelle école début 2014. Ce qui lui permet de conserver sa place au sein du club assez fermé des business schools possédant la triple couronne (les accréditations AACSB, Equis et AMBA).

KEDGE, des débuts laborieux

Artisan dans les années 2000 du redressement d'Euromed, Bernard Belletante est aussi à l'origine du projet de fusion entre l'école marseillaise et Bordeaux École de Management pour donner naissance à Kedge en juillet 2013. Mais Bernard Belletante annonce son départ dès janvier 2014. Un pavé dans la mare. Depuis le début du projet, il est vrai, les deux chambres de commerce fondatrices ont eu du mal à dialoguer. "À Bordeaux, on a eu le sentiment que Marseille prenait la main", témoigne un professeur du campus bordelais.

Bernard Belletante parti, la stratégie de Kedge demeure ambitieuse : faire figurer l'école dans le top 15 mondial des business schools d'ici 5 ans. Et le budget de Kedge devrait atteindre les 150 millions d'euros (contre 100 millions actuellement). C'est Thomas Froehlicher, ancien directeur de HEC Liège, qui prend les rênes de l'école pour mettre en musique cette stratégie.

Kedge Bordeaux // DR

france business school : le retour des 4 écoles

"Nouveau monde, nouvelle école". Le slogan de France Business School était peut-être trop révolutionnaire. Née en 2012 de la fusion des quatre écoles de commerce basées à Amiens, Brest, Clermont-Ferrand, Poitiers et Tours, la nouvelle école a voulu s'affranchir du modèle des concours des classes préparatoires et organiser son propre mode de recrutement, les "Talent Days". Les conséquences sont désastreuses. FBS doit quitter la Conférence des grande écoles et n'a plus le grade de master. Les étudiants, eux, ne sont pas au rendez-vous. À la rentrée 2013, seulement 385 candidats intègrent l'école contre les 700 attendus. FBS perd beaucoup d'argent, 45 millions d'euros pour l'année en cours, de source syndicale. Presque autant que son budget. 

Isidore Fartaria président de la CCI de Clermont-Ferrand et du conseil d'administration de FBS décide d'arrêter les frais. Le 9 juillet 2014, Patrick Molle a quitté l'école. Machine arrière toute, la voie classique est à nouveau parée de vertus. FBS annonce vouloir réintégrer les banques communes d’épreuves : "les filières plus traditionnelles de recrutement gardent aussi toute leur justesse". La nouvelle école n'aura duré que deux ans. Nommé le 18 août, le directeur par intérim, Alain Normandon travaille avec les quatre directeurs de campus pour que les écoles d'origine puissent retrouver leur indépendance juridique, financière et sociale d'ici au 1er janvier 2015.

Depuis un an, des rumeurs de fusion courent régulièrement mais aucun projet concret n'a été dévoilé. Alliance avec une école d'ingénieurs comme Audencia et Centrale Nantes, mutualisation de spécialisations pour Grenoble EM, l'EM Normandie et l'ESC Dijon... D'autres voies sont tentées par des business schools pour tirer leur épingle d'un jeu de plus en plus concurrentiel.

Étienne Gless  |  Publié le

1

1 commentaire
afficher plus de résultats
Laissez un commentaire :