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Camille Galap, président de l’université du Havre : "Grand emprunt, PRES, autonomie… Nous sommes sur tous les fronts, mais on ne peut pas tout faire"

Propos recueillis par Camille Stromboni  |  Publié le

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Établissement de 7.200 étudiants situé au cœur d’une cité portuaire, l’université du Havre est la plus petite de ses voisines normandes, et la plus jeune (1984). Passage à l’autonomie, PRES, grand emprunt… comment la fac de proximité vit-elle ces grands bouleversements ? Camille Galap , son président, répond aux questions d’EducPros.

S’agissant du grand emprunt, vous sentez-vous hors jeu, comme l’ensemble du Grand Ouest qui pour l’instant a remporté peu d’appels à projets ?

Au niveau normand, nous avons été retenus sur un Labex. Nous n’avions pas proposé d’Idex. Nous essayons de nous positionner, mais c’est compliqué de trouver sa place dans ces appels très sélectifs, presque préorientés quand on voit qu’il faut de grands bataillons de laboratoires et de chercheurs.

Nous avons fait remonter cela au ministère car, d’une manière ou d’une autre, nous avons aussi besoin d’être soutenus par le grand emprunt.

Ce qui est vraiment regrettable, c’est le calendrier très court. Avec notre petite structure, nous étions d’office exclus de la compétition. Il faut tout de même noter que, pour les universités de la vague B comme nous, en plein dans l’évaluation AERES [Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur] cette année, il est difficile de répondre à toutes les sollicitations. Entre le passage à l’autonomie, l’AERES, le grand emprunt, le PRES… nous sommes sur tous les fronts, mais on ne peut pas tout faire. Même si nous avons déposé des dossiers [SATT, IRT], nous y croyons à moitié car nous avons très peu de chances.

L’université du Havre est passée à l’autonomie en 2011. Cela vous donne-t-il des marges de manœuvre supplémentaires ?

Cela nous donne plus de réactivité, avec un recrutement possible au fil de l’eau sans attendre le feu vert du ministère. Mais, vu notre plafond d’emplois et compte tenu des nouvelles compétences comme l’insertion professionnelle ou les GRH, nous n’aurons pas de marges de manœuvre supplémentaires, nous manquons plutôt de personnels. Même avec le bonus « autonomie », à périmètre constant, notre budget n’a pas augmenté de façon significative.

PRES normand : "Nous sommes dans une situation complexe car nos universités se répartissent dans deux régions, qui ont des logiques un peu différentes"

Les recrutements se feront donc au compte-gouttes. Il sera très difficile de dégager de la masse salariale : nos personnels sont relativement jeunes, ce qui signifie peu de départs à la retraite. Nous n’avons jamais pu non plus nous permettre de laisser des postes vacants. Nous avons un besoin important au niveau pédagogique, avec des formations très spécifiques sur des niches, et nous voulons renforcer la recherche. Si nous arrivons à attirer un Nobel, c’est qu’on aura gagné au loto [rires].

Nous sommes donc vigilants à ce que le ministère puisse nous accompagner, dans le cadre du contrat. C’est pour cela qu’on parle d’autonomie et non d’indépendance.

Le PRES normand, réunissant les universités du Havre, de Caen et de Rouen , n’existe toujours pas…

Personne ne freine le dispositif, mais nous sommes dans une situation complexe car nos universités [Rouen, Caen, Le Havre] se répartissent dans deux régions, qui ont des logiques un peu différentes. Nous sommes tous d’accord pour que le siège du PRES alterne entre la Haute et la Basse-Normandie. D’ici à septembre 2011, les derniers ajustements devraient être trouvés et le projet voté dans les conseils.

Mais même sans PRES, nos établissements collaborent déjà fortement, et depuis longtemps. Ce sera surtout utile pour avoir plus de visibilité, par exemple sur le grand emprunt.

Avec 32 % de boursiers – jusqu’à 40 % dans certaines filières – nous jouons un vrai rôle d’ascenseur social

L’université du Havre joue le rôle d’établissement de proximité avec une majorité d’étudiants havrais…

Avec 32 % de boursiers – jusqu’à 40 % dans certaines filières – nous jouons un vrai rôle d’ascenseur social. Nous avons un rôle de formation de proximité pour beaucoup de nos étudiants, surtout dans une académie où l’appétence des jeunes pour l’enseignement supérieur est plus faible qu’ailleurs. Nous organisons des forums, des journées dans les lycées, nous travaillons avec la presse locale, etc. Nous avons progressé, mais nous sommes obligés de tenir compte de la structure sociale de notre territoire. Par exemple, beaucoup de jeunes ont des parents dans le secteur portuaire, avec la possibilité de travailler directement après le bac sur le port.

Les trois quarts de vos étudiants sont en cycle licence. L’université n’aurait-elle pas intérêt à abandonner le volet recherche ou master pour se concentrer sur la formation en premier cycle ?

Absolument pas. Nous sommes une université de plein exercice et nous le revendiquons. Nous ne nous sommes pas dispersés en créant des laboratoires à tout-va. En recherche, nous avons des niches très fortes, comme la logistique portuaire et industrielle. Il faut les maintenir. Nous sommes aussi les seuls à avoir développé une recherche très pointue en génie civil. Cela ne peut pas se faire ailleurs.

L'université en chiffres

• 7.200 étudiants.
• 850 personnels (400 enseignants, 260 personnels BIATOSS, 190 contractuels).
• Budget : 75 millions d’euros en 2011 (dont 53 millions de masse salariale).
• Nombre de sites : 3 (site Lebon avec les filières universitaires, sites de Caucriauville et du Quai-Frissard pour l’IUT).
• Un IUT et une école d’ingénieurs spécialisée en logistique (l'ISEL ).
• Quelques célèbres anciens, passés par l’université du Havre : Laurent Ruquier , ou des sportifs comme Jean-Alain Boumsong et Hugues Duboscq .

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Propos recueillis par Camille Stromboni  |  Publié le

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