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Les entreprises en quête de chercheurs interdisciplinaires

Céline Authemayou  |  Publié le

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Un labo de l'université d'Evry - DR Un labo de l'université d'Evry - DR

"Chercheurs : quelles compétences attendues demain ?" C'est le titre de l'étude menée par l'APEC avec le cabinet d'audit Deloitte et publiée le 13 décembre 2012. En ressortent une forte demande en matière d'interdisciplinarité et le besoin d'améliorer les interactions entre recherche et monde socio-économique.

C'est dans un contexte particulier qu'est publiée l'enquête : quelques jours après la fin des Assises nationales de l'enseignement supérieur et de la recherche et quelques jours avant la publication du rapport de synthèse desdites Assises. Après une première étude conduite en 2010 sur les besoins en compétences dans les métiers de la recherche à  l'horizon 2020, l'Association pour l'emploi des cadres (APEC) et le cabinet Deloitte ont décidé d'interroger de nouveau formateurs et employeurs sur l'évolution du métier de chercheur et sur l'adéquation entre l'offre de formation et les attentes des recruteurs.

Plusieurs questions leur ont été posées. Première d'entre elles : les attentes en matière de compétences acquises par les chercheurs. Que ce soit en sciences exactes ou en sciences humaines et sociales, les retours sont relativement homogènes : les jeunes chercheurs doivent disposer de bonnes connaissances scientifiques, d'une capacité à travailler en équipe et à formuler une problématique de recherche. Pour les profils plus expérimentés, les attentes concernent entre autre la faculté à gérer et à piloter des équipes et à développer un réseau.

L'interdisciplinarité : l'enjeu des prochaines années

Lorsque les sondés se projettent à l'horizon 2020, de nouvelles compétences sortent du lot. C'est le cas de la capacité à prendre en compte la pertinence de la recherche et son impact sur l'environnement. Autre élément indispensable dans les prochaines années : l'interdisciplinarité.

"Aujourd'hui, il existe un paradoxe, a noté Jean-Claude Lehmann, président honoraire de l'Académie des technologies, lors de la présentation des résultats de l'étude au Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, le 13 décembre. Les universités, de par leur nature, devraient être préparées à raisonner à la fois en termes de discipline et d'enjeux. Or, ce n'est pas le cas. Il faut donc arriver à intégrer au cœur de la formation doctorale, une vision plus globale du sujet, dépassant la simple discipline enseignée."

"Le savoir-faire doit passer par le faire-savoir"

Autre point abordé par l'étude : l'interaction entre formateurs et employeurs. Si depuis une dizaine d'années, les relations s'améliorent, ces dernières restent encore bien insuffisantes, pour plus de 70% des employeurs et 60% des formateurs. Pire, une majorité des répondants pense que les universités n'ont pas bien identifié les besoins des recruteurs en matière de compétences, contrairement aux écoles et aux instituts.

Pour remédier à cela, plusieurs outils sont à privilégier. Outre l'implication des employeurs dans la définition des programmes et l'existence d'études prospectives sur les compétences attendues, c'est la valorisation du doctorat qui arrive en tête des réponses (70%). "Il manque aux universités une structure pour défendre leurs diplômes et leurs diplômés, à la manière des écoles d'ingénieurs qui disposent de réseaux de lobbyistes", argumente Alain Priou, professeur des universités et membre du pôle aéronautique ASTech Région Ile-de-France.

Un point de vue partagé par Anita Flouzat, coordinatrice des Investissements d'avenir à l'université d'Orléans. "Les universités anglo-saxonnes investissent de grandes sommes dans leurs communications externe et interne. Le savoir-faire doit passer par le faire-savoir."

Il manque aux universités une structure pour défendre leurs diplômes et leurs diplômés, à la manière des écoles d'ingénieurs qui disposent de réseaux de lobbyistes. (Alain Priou)


Des pistes, pour améliorer la "connivence"

Derrière cette valorisation des compétences, se cache le véritable enjeu des prochaines années : le recrutement des chercheurs. La majorité des employeurs avoue avoir des difficultés à embaucher ces profils. "Ce n'est pas une surprise, note Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l'APEC. De manière générale, deux tiers des employeurs connaissent actuellement des difficultés pour recruter des profils cadre."

Mauvaise image des laboratoires, manque de profils spécialisés, les raisons sont diverses. "Les mondes de l'entreprise et de la recherche se connaissent, constate Jean-Claude Lehmann, mais ils ne se sentent pas sur le même bateau. Il est nécessaire d'améliorer cette connivence en trouvant les bons leviers pour agir."

Et les pistes de réflexion sont nombreuses : hausse des rémunérations, inscription du statut de docteur dans les conventions collectives, valorisation de la double expérience public-privé... "L'un des problèmes en France est l'absence de recherche privée, constate Alain Costes, co-fondateur et président du conseil scientifique de Mapping Consulting. L'ambition est de porter à 3% (1/3 public et 2/3 privé) du PIB la part de recherche et développement. Aujourd'hui, ce taux est de 2,1%, dont 1% porté par le public. L'une des clés est donc le développement de la recherche privée."

Méthodologie de l'étude APEC/Deloitte

Les 518 personnes, qui ont répondu à l’enquête en ligne entre le 29 novembre 2011 et le 7 février 2012, se répartissent en 196 formateurs et 322 employeurs exerçant leur activité dans des organisations diverses (universités, écoles et instituts, établissements publics à caractère scientifique et technologie, entreprises privées) de tailles différentes, dans des disciplines de recherche variées et pour divers champs d’application.

Céline Authemayou  |  Publié le

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