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Colloque EUA : le financement des universités européennes au prisme de la réforme britannique

De notre envoyé spécial à Warwick, Mathieu Oui  |  Publié le , mis à jour le

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Comment les universités peuvent-elles survivre dans un contexte de crise budgétaire ? Réunie en colloque annuel les 22 et 23 mars 2012 à Warwick, l’Association européenne des universités (EUA) a abordé la  question de leur viabilité, notamment financière. Avec l'exemple britannique comme référence.

«Les universités ne sont pas prêtes de sortir de la crise budgétaire.» Passé les discours inauguraux d’usage, le ton de la conférence de l’EUA s'est durci légèrement. Richard Lambert, le chancelier de l’université de Warwick, rappelle combien le contexte budgétaire défavorable à l’enseignement supérieur, ne va pas s’améliorer de si tôt. Selon l’observatoire du financement public de l’EUA , la plupart des pays ont été affectés par la crise financière.

Lettonie, Grèce, Italie en souffrance

Parmi les pays ayant le plus souffert de coupes budgétaires dans leur enseignement supérieur, citons la Grèce (-35% en 2011), l’Italie (- 20% d’ici 2013), la Lettonie (-18% en 2010 après - 48 % en 2009). Dans sa présentation sur l’état des coupes budgétaires, Thomas Estermann de l’EUA, indique que la cartographie réalisée en juin 2011, est déjà un peu datée. C’est ainsi qu’avec 20% de coupes des financements publics à l’automne 2011, le Portugal est passé du vert au rouge.

Corollaire de la réduction des financements publics, leur répartition se fait plus compétitive : à travers la fixation de contrats d’objectifs ou l’usage croissant de critères sur résultats. Le système du co-financement se développe également. Ces nouvelles modalités restreignent l’autonomie des universités. «Nous devons être attentifs à défendre notre autonomie car de plus en plus de financements nous mettent un fil à la patte » met en garde Richard Lambert.

La réforme britannique en filigrane

Au cours des deux jours de conférence, le système des «tuition-fees» (frais de scolarité) britanniques a été abondamment présenté et commenté, laissant peu de place à toute alternative. Un système qui déplace le financement «de l’Etat vers les étudiants». A la rentrée 2012, les universités britanniques pourront désormais facturer un maximum de 9000 £ de frais de scolarité l’année (contre 3000 £ en 2011). Les étudiants ne devront pas payer directement mais recevront un prêt qu’ils rembourseront après leurs études si leurs revenus sont supérieurs à 21 000 £.

D’après le gouvernement, le triplement  de cette «graduate tax » n’aurait pas dissuadé les candidatures d’étudiants, en baisse de « seulement » 2% à la rentrée 2012. Mais, il est déjà estimé que près de 30% des étudiants ne gagneront pas 21 000 £ annuels au-delà duquel ils devront rembourser les frais. S’il se confirme, ce pronostic mettrait à mal l’autofinancement sur lequel repose tout le système.

Concurrence croissante et volatilité des étudiants

Voix discordante dans un concert d’autosatisfaction et d’optimisme, Richard Lambert, le chancelier de l’université de Warwick et ancien rédacteur en chef du Financial Times a critiqué fortement la politique de son gouvernement. «La Grande-Bretagne est allée trop loin dans le financement privé des universités : l’équilibre entre les financements publics et privés n’est plus assuré.  La proposition radicale de basculer le financement de l’enseignement supérieur de l’impôt vers la main-d’oeuvre était idéologiquement attractive mais a suscité très peu de débat public.»

Selon Richard Lambert, seules les universités britanniques les plus réputées vont bénéficier du système. «Celles qui sont moins prestigieuses mais qui effectuent un travail formidable en matière d’enseignement vont faire face à des difficultés. Comment pourront-elles justifier des frais de scolarité aussi élevés ? Ne risquent-elles pas de se retrouver en concurrence avec les universités d’Europe continentale qui proposent déjà des programmes en anglais pour un coût moindre ? ». Le chancelier pronostique une volatilité grandissante des étudiants britanniques, non seulement au sein du Royaume Uni mais au-delà de ses frontières.

«Les étudiants font naturellement entendre leurs voix mais ce n’est pas le cas des universités. Pourtant l’enseignement supérieur ne doit pas être réduit au rôle de moteur de l’économie, c’est un bien public qui bénéficie à tous les citoyens » a conclu le chancelier. Un discours bien isolé. Quand le ministre britannique pour les universités et la science David Willets avance de son côté, que les universités doivent forcément participer à l’effort budgétaire, cette position n’est même pas discutée. D’autres pays en Europe ont pourtant fait d’autres choix de continuer à soutenir financièrement  leur enseignement supérieur.

De « poor communicants »

Dans un colloque sans véritable débat, les propos d’Ann Glover, enseignant–chercheur en biologie à Aberdeen, ont étrangement raisonné. La conseillère scientifique auprès de la commission européenne a notamment expliqué que les jeunes diplômés étaient considérés par les employeurs comme de « pauvres communicants » et que les universités devaient mieux les préparer en ce sens.

« Nous avons besoin de parler de nos découvertes et de nos connaissances avec excitation et imagination » s’est enflammée la représentante européenne. «Malheureusement, ce n’est pas ainsi que nous formons nos étudiants. » Sur la question du financement et de l’engagement politique, et d’une possible solidarité des universités européennes face à la crise financière, cette critique prenait un écho particulier. Comme un reflet de la teneur bien atone de la conférence de l’EUA à Warwick.

D’autres pistes de financement

L’ouverture au tissu économique et le financement par les fonds européens sont quelques autres pistes de financement abordées lors du colloque annuel de l’EUA. En matière de diversification des financements, l’université Warwick, de création récente (1964), est présentée comme exemplaire.

Dans son discours introductif, le vice-chancelier de l’université, Nigel Thrift, a expliqué que seulement 20% des ressources budgétaires de son université sont publiques et que, avec la mise en place de la réforme des tuition-fees, ce pourcentage va passer à 10% d’ici trois ans. Les revenus de l’université proviennent en grande partie de coopération avec le secteur marchand et de transfert d’activités avec le milieu industriel. Groupe de recherche industrielle établi sur le campus, Warwick Manufacturing group (WMG) a ainsi pour clients de nombreuses compagnies automobiles ou informatiques (Nissan, Cisco, Jaguar, IBM, Siemens).

Autre exemple, l’université de Varsovie, qui a bénéficié de fonds européens pour construire de nouvelles infrastructures. Alors que son budget annuel s’établit à  240 millions d’euros, l’établissement polonais a reçu 275 millions d’euros de fonds structurels européens (2010-2013), qui ont notamment permis la construction d’un bâtiment consacré à la recherche interdisciplinaire.

De notre envoyé spécial à Warwick, Mathieu Oui  |  Publié le , mis à jour le

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