On en parleIls ont quitté l'enseignement supérieur et la recherche
Actu | Politique

Développement durable : les écoles d'ingénieurs adaptent leurs formations

Dominique Perez  |  Publié le , mis à jour le

0 commentaire

Les établissements d'enseignement supérieur ont multiplié les communiqués sur leurs initiatives en matière environnementale à l'occasion de la Semaine du développement durable début avril 2010 . Le Grenelle de l'environnement a créé un appel d'air en annonçant 600.000 places à pourvoir dans les métiers dits verts . Sans chiffrer précisément les besoins par niveau d'études. Les écoles d'ingénieurs ont répondu à cet appel. Chacune à sa manière.

Près de 600.000 métiers verts, « verdissants » (sic, selon la classification de Pôle emploi) ou induits par le développement des contraintes liées à l'environnement devraient voir le jour, d'après le Grenelle de l'environnement, à l'horizon 2020. Les professionnels s'engagent peu sur le chiffre, qui dépend notamment du prix du baril du pétrole, dont la fluctuation peut provoquer un recours plus ou moins « précipité » aux énergies alternatives, et préfèrent parler d'évolutions.

Message reçu cinq sur cinq par les écoles d'ingénieurs, qui mettent en place des options et surtout des mastères avec l'orientation développement durable et/ou environnement, partant souvent d'une compétence « historique » pour proposer une formation plus généraliste. À l'UTT, pionnière de l'écologie industrielle et de l'écoconception, un mastère management et ingénierie du développement durable a été élaboré. « À l'image des métiers, les profils viennent de tous horizons : de la communication, de l'industrie, de la géographie, de l'aménagement du territoire... » explique Sabrina Brullot, responsable du mastère.

Le bâtiment très concerné

Autre exemple : le mastère emploi durable-écomatériaux, de l'ESITC, qui traduit les besoins en compétences du secteur du bâtiment, mis aussi en avant dans le Grenelle. « Dès les appels d'offres, les entreprises et collectivités doivent prendre en compte les nouvelles réglementations concernant les économies d'énergie et le cycle de vie des bâtiments », précise Mohamed Boutouil, responsable du laboratoire de recherche de l'ESITC sur les écomatériaux. Celui-ci existe depuis 1994. L'école a introduit des modules sur la construction durable en quatrième et cinquième années de la formation initiale d'ingénieur, avant de créer ce mastère, qui reste destiné prioritairement aux scientifiques, diplômés en génie civil, en architecture, urbanisme ou encore économie de la construction.

Une imprégnation dans la formation initiale

De manière générale, les écoles d'ingénieurs ont été assez réactives pour développer des cursus, des majeures ou des options « environnement » en relation directe avec le marché de l'emploi tourné vers la croissance verte. En allant plus loin qu'un simple « verdissement » de leur intitulé, des écoles ont délibérément orienté leurs programmes. Pour Marc Faudeil, directeur de l'ISEN Brest, par exemple, l'opportunité fut belle : « Nous étions historiquement spécialisés dans les systèmes et les NTIC. J'avais déjà incité l'établissement à développer les formations autour de l'électrotechnique de puissance, longtemps délaissée par les écoles au profit de l'électronique de faible puissance. Or, nous avions constaté qu'avec le développement des nouvelles énergies, et notamment la production de voitures électriques, de moteurs TGV... des demandes émanaient à nouveau d'industriels comme Areva, EDF, Valeo ou Alsthom dans ce secteur. » L'école brestoise a conçu des formations apportant des compétences en réseaux et en informatique, par exemple pour la maintenance à distance des éoliennes off shore ou la surveillance satellitaire des côtes pour vérifier l'impact de la montée des eaux. Est ainsi née la majeure « technologie et environnement, les écotechnologies ». Pari gagné, puisque la ville de Brest a été choisie, dans le cadre du Grenelle, comme lieu d'installation d'une plate-forme des énergies renouvelables, ce qui assoit encore sa légitimité.

Les Mines en pointe

Pôle énergie et environnement à Nantes, programme environnement et industrie à Douai, mastères spécialisés à l'ISIGE-ParisTech à Fontainebleau (Institut supérieur d'ingénierie et de gestion de l'environnement de Mines-ParisTech)... les écoles des mines ont un recul suffisant pour évaluer les besoins des entreprises en diplômés formés. À l'ISIGE, le premier mastère spécialisé ingénierie et environnement, né en 1992, a pour vocation de former des spécialistes du développement durable, dont un tiers trouve des débouchés dans les entreprises, un tiers dans les cabinets de conseil en environnement et un tiers dans des organismes professionnels liés à l'environnement. Dernière création en date, correspondant à une nouvelle demande : un master spécialisé en santé et environnement, proposé à la rentrée 2010.

Un référentiel en gestation

Toutes les formations de l'enseignement supérieur auront-elles une orientation « développement durable » dans leur enseignement et leurs principes de fonctionnement ? C'est en tout cas l'esprit de certaines initiatives, impulsées par l'article 55 du Grenelle 1. Un référentiel « Développement durable » a été cosigné, après quatre ans de gestation, par la CPU (Conférence des présidents d'université) et la CGE (Conférence des grandes écoles). Un rapprochement qui a valeur de petit événement en soi... Instauré à la rentrée prochaine, il visera à apporter, « que l'on fasse de la recherche fondamentale en maths ou du management », un socle commun de connaissances dans les cursus. Autre étape en cours : la réflexion sur une labellisation qui pourrait s'afficher au fronton des écoles et facs « responsables ».

 Environnement : attention au miroir aux alouettes

« Proposer aujourd'hui des formations de directeur du développement durable, c'est fabriquer des chômeurs... » Cette affirmation portée à titre personnel et volontairement provocante émane pourtant d'un fervent défenseur de la prise en compte de la dimension environnementale dans les établissements d'enseignement supérieur. Jean-Christophe Carteron est directeur de la RSE (Responsabilité sociale d'entreprise) d'Euromed Management et coordinateur du comité de pilotage développement durable de la CGE. Pourtant, il traduit un sentiment assez partagé sur les perspectives d'emplois liés à l'environnement, au sens large, et qu'ont pris en compte un certain nombre d'écoles. À savoir : si l'on commence à percevoir une pénurie d'ingénieurs dans certains métiers, les emplois des diplômés des filières gestion, commerce et management seront certes touchés dans leur contenu, mais ne connaîtront pas une hausse fulgurante... « Bien entendu, modère cette fois le coordinateur, le marché aura besoin d'experts. Mais surtout de "directeurs responsables", c'est-à-dire intégrant cette dimension dans leur métier de manager, mais aussi de financiers, de commerciaux, d'acheteurs, de responsables de la communication, de responsables de production... » Et ayant déjà, dans leur quotidien d'étudiant, eu à réfléchir par exemple à leur propre bilan carbone. Autre bémol : la crise a également affecté, bien que dans une moindre mesure, les postes dans l'environnement.

Dominique Perez  |  Publié le , mis à jour le

0 commentaire

0 commentaire
afficher plus de résultats
Laissez un commentaire :