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Écoles d'ingénieurs : les "soft skills" montent en puissance

Jean Chabod-Serieis
Publié le
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Écoles d'ingénieurs : les "soft skills" montent en puissance
"Les compétences dans le domaine du développement personnel ne sont développées que dans 59% des cas en tronc commun" dans les établissements, selon une étude de l'association Pasc@line. // ©  plainpicture/PhotoAlto

Savoir et savoir-faire sont l’apanage des écoles d’ingénieurs. Mais le savoir-être monte en puissance et devient un enjeu majeur dans le recrutement des jeunes diplômés. Les compétences douces prennent leur revanche.

En informatique, il y a le hardware (les composantes de l'ordinateur) d'un côté, et le software (les logiciels) de l'autre. On retrouve le même vocabulaire dans la bouche des recruteurs au sujet des jeunes diplômés issus des écoles d'ingénieurs. Ils cherchent en eux autant de "hard skills" (compétences techniques et scientifiques) que de" soft skills" (compétences relationnelles).

"Il ne s'agit pas seulement de savoir parler en public ou de gérer les conflits, explique Virginie Groussard, directrice du recrutement chez PwC (PricewaterhouseCooper), cabinet d'audit et de conseil. Pendant le recrutement, le candidat passe notamment un entretien RH au cours duquel nous évaluons cinq compétences, dont quatre sont des 'soft skills' : les capacités relationnelles, la connaissance de l'environnement et des enjeux économiques, la capacité à comprendre les enjeux politiques, sociaux et culturels mondiaux, le sens du leadership."

Rencontrer les clients

Deux raisons principales expliquent l'importance croissante des "soft skills" chez les ingénieurs. D'abord, à compétences égales, c'est bien la personnalité qui fera la différence lors du recrutement. Ensuite, la fonction a tellement évolué ces dernières années que la seule technicité ne suffit plus.

"Il nous faut des gens capables d'avoir une communication concise, une approche analytique et – de plus en plus – de rencontrer les clients, prévient Hervé Poitevin, directeur des systèmes d'information chez BBGR, fabriquant de verres optiques, filiale d'Essilor. Car nous les emmenons directement chez nos partenaires industriels avec lesquels nous construisons les dossiers. Les ingénieurs que nous recrutons ne sont pas des gens qui devront avoir raison avant tout : ils doivent pouvoir écouter le besoin du client."

La fonction d'ingénieur s'est complexifiée, celui-ci doit désormais gérer des situations humaines, sociales et économiques.
(I. Cailleau)

Communication non-verbale et clown-théâtre

Les écoles d'ingénieurs ont depuis toujours une part de sciences humaines et sociales dans leurs cursus. Toutes proposent au moins un cours ou un stage en lien avec les "soft skills".

Pourtant, les recruteurs attendent plus d'eux. Selon une étude de septembre 2015 de l'association Pasc@line, "les compétences dans le domaine du développement personnel ne sont développées que dans 59% des cas en tronc commun" dans les établissements. L'association préconise un passage à 100%.

"Cela fait 22 ans que l'école a été créée et 22 ans que nous formons les étudiants à ces compétences", fait remarquer Martine Tani, responsable du pôle "Management, projet professionnel et personnel" à l'ENSGSI de Nancy. "Quand nous recevons les étudiants, ils sont encore formatés dans le 'nous devons savoir'. Nous leur permettons d'atteindre un niveau d'autonomie et de maturité émotionnelle."

L'école a renouvelé ses apprentissages en matière de savoir-être. Sur les trois années du cycle ingénieur, les cours dédiés aux "soft skills" prennent un tiers du temps. Au programme : des cours de communication non-verbale, de clown-théâtre, de négociation, d'animation de réunion, de prise de parole, de management d'équipe.

La pédagogie par projet est privilégiée ainsi que les mises en situation. L'équipe est composée de trois personnes en interne et de sept intervenants extérieurs (artistes, musico-thérapeutes, philosophes...).

Gérer des situations humaines, sociales et économiques

À l'université de technologie de Compiègne (UTC), on ne parle pas de "soft skills", mais de sciences humaines et sociales. "Nous voulons former des ingénieurs capables de réfléchir et d'analyser, explique Isabelle Cailleau, enseignante et responsable d'une partie des enseignements de communication. La fonction d'ingénieur s'est complexifiée, celui-ci doit désormais gérer des situations humaines, sociales et économiques."

L'UTC propose donc une centaine d'UV (unités de valeur), allant du design à la pratique théâtrale en passant par le marketing et les techniques de créativité, auxquelles peuvent s'inscrire à la carte les étudiants en cycle ingénieur, en master ou en apprentissage. Ici, pas d'intervenant extérieur, mais des enseignants maison en économie, en philosophie, etc.

Virginie Groussard, de PwC en est convaincue : "Les écoles d'ingénieurs forment mieux aux "soft skills" qu'avant, c'est vrai. La différence avec les étudiants en écoles de commerce est de plus en plus ténue. Mais il en reste encore une... "


Jean Chabod-Serieis | Publié le

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Laetitia.

Voilà encore un bel article pour entretenir la confusion entre sciences humaines et sociales et "soft skills" ! Si les "soft skills" sont des "compétences relationnelles" ou du "savoir être" (paragraphe 1), alors il me semble que "la connaissance de l'environnement et des enjeux économiques, la capacité à comprendre les enjeux politiques, sociaux et culturels mondiaux" , évaluées par PwC en entretien en RH (paragraphe 2), ne relèvent pas du tout des soft skills.

Jean Chabod-Serieis.

Bonjour Laetitia, merci pour votre commentaire qui me permet de clarifier un point. Plutôt que "entretenir la confusion", je dirais que l'article "révèle la confusion" sur ce que sont les soft skills: certains établissements ont une une approche "psycho", d'autres une approche "commerciale", d'autres une approche "Sciences humaines et sociales". C'est cette variété que j'ai trouvé intéressante.

François.

Caricature à la SNCF, considérée comme une entreprise d'ingénieurs : - autrefois les trains arrivaient généralement à l'heure; quand ils étaient en retard, pas d'explication aux voyageurs (absence caractérisée de "soft skill" !), - aujourd'hui : beaucoup plus de trains en retard; pour chaque retard, abondance d'explications (par ailleurs très souvent communication de type langue de bois - "soft skill" importante ...).

Frida.

on prend donc le chemin dramatique de l'Ecole Centrale de Paris qui est devenue un établissement hybride écoles d'ingénieurs/business school ce qui lui a fait perdre son rang de challenger crédible de l'Ecole Polytechnique.

Gilles.

Pour leur promotion, les écoles font toutes appel aux mêmes mots clés: généraliste, international et maintenant soft skills. En gros tout ce qui s'éloigne de la technique pure et dure. Tout cela est très loin du besoin réel de l'entreprise qui cherche des ingénieurs débutants pour faire un travail d'ingénieur. Ingénieur débutant qui ne sera pas un manager, qui n'ira pas évangéliser le monde de son expertise et qui ne négociera pas le contrat du siècle. Mais, il faut bien le dire, entreprise qui ne les rémunérera pas à leur juste valeur. La réalité est que dans un pays qui se désindustrialise et ne sait pas valoriser ses filières techniques les futurs jeunes ingénieurs doivent entrer en concurrence avec leurs collègues des écoles de commerce. Pourquoi pas. Mais quel gâchis...

Bernard Remaud.

Si l'on compare les standards de la CTI (qui accrédite les écoles) et la pratique des établissements aux normes européennes (EUR-ACE), effectivement les écoles d'ingénieurs françaises font une place aux softs skills beaucoup plus large que les autres. Nulle part ailleurs, les stages obligatoires en entreprises, la mobilité internationale occupent une telle place dans les cursus. Cependant, il faut être vigilant et ne pas "tomber de l'autre côté du cheval", (ce qui semble le cas de certaines écoles) et former des ingénieurs "light"; j'ai pu relever le témoignage d'étudiants étrangers venant dans les écoles françaises dans le cadre d'échange (réseau Time ou autre) qui estiment supérieur le niveau scientifique et technique requis dans leur établissement d'origine. Il y a peut-être une réponse aux demandes d'entreprises, mais un risque de s'éloigner des normes professionnelles internationales pour les ingénieurs (EUR-ACE ou Washington Accord)

Karine EL.

En effet Bernard, une différenciation est nécessaire car un ingénieur en avant tout, en ce qui concerne sa formation, un expert technique. Cependant, le déroulement de la carrière d'un ingenieur amène souvent à choisir entre expertise ou management.

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