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La formation continue, un nouvel horizon pour edX

Cécile Peltier  |  Publié le

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Johannes Heinlein, directeur des partenariats d'edX, recherche des universités qui souhaitent s'investir sur la plateforme.
Johannes Heinlein, directeur des partenariats d'edX, recherche des universités qui souhaitent s'investir sur la plateforme. // © Sylvie Lecherbonnier

À l'occasion de sa Learning Expedition à New York et Boston, fin avril, EducPros est retourné rendre visite à edX. En l'espace d'un an, la plateforme open source de Mooc a multiplié par deux le nombre de ses universités partenaires. Et affiche plus de 4 millions d'utilisateurs. Pour financer son développement, edX mise désormais sur la certification et la formation continue.

Lancée à titre d'expérimentation en 2012 par Harvard et le MIT (Massachusetts Institute of Technology), edX connaît un succès d'audience. À ce jour, plus de 4 millions d'apprenants (30% sont américains et 66% diplômés du supérieur) ont déja suivi gratuitement un ou plusieurs des plus de 450 Mooc proposés sur la plateforme edX par les 68 institutions partenaires. Parmi ces dernières, une grande majorité d'universités, mais aussi quelques ONG et deux entreprises.

"edX a été très largement adoptée au niveau mondial car c'est l'une des rares solutions open source qui permette aujourd'hui de proposer des Mooc, analyse Matthieu Cisel, doctorant à l'ENS Cachan en sciences de l'éducation sur les Mooc. C'est aussi l'une des meilleures sur le plan technique." 

En un an, edX a plus que doublé le nombre de ses universités partenaires, celles-ci passant de 30 à 63. Si FUN (France université numérique) utilise la plateforme, Sorbonne Universités est le seul véritable partenaire français d'edX. 

UNE POLITIQUE EXIGEANTE EN MATIèRE DE PARTENARIATS

edX mène une politique exigeante en matière de partenariats : "On recherche des partenaires qui ne voient pas seulement une opération marketing ou une occasion de promouvoir leur marque, mais qui sont prêts à s'investir à fond sur la plateforme", commente Johannes Heinlein, responsable des patenariats chez edX.

En adhérant à edX, les membres s'engagent à mettre en accès libre au moins une partie de leurs cours hébergés sur la plateforme, laquelle peut également abriter des contenus réservés à leurs étudiants, comme des Spoc (Small Private Online Course). Ils promettent aussi de mener des recherches à partir des données collectées par edX, dont l'une des missions est d'améliorer aussi la qualité de l'enseignement sur les campus à travers le "blended learning" (mélange d'online et de présentiel).

DES QUESTIONs SUR LE MODèLE éCONOMIQUE 

Même si edX dispose de ressources conséquentes, des questions se posent concernant son modèle économique. Depuis trois ans, Harvard et le MIT ont mis sur la table 60 millions d'euros pour lancer la plateforme, qui emploie actuellement 140 personnes. La start-up a également levé plus de 30 millions de dollars auprès des différentes institutions avec lesquelles elle travaille. Au moment de son adhésion, chaque université négocie sa contribution financière ou non. "L'accès aux cours est gratuit pour les élèves mais, pour les institutions, le ticket d'entrée au consortium edX est très élevé", assure Matthieu Cisel. 

La plateforme peut également s'appuyer sur les revenus tirés de la cession de licences de contenus à d'autres institutions (par exemple des sites d'État en Arabie saoudite, etc.) ou les services à des utilisateurs de la plateforme.

formation continue et certification en ligne de mire

Pour poursuivre sa croissance, edX mise désormais sur la formation continue. Plusieurs membres d'edX (University of British Columbia, Rice, Google, etc.) proposent depuis octobre 2014 des cours en ligne payants en direction des professionnels, de quelques jours à plusieurs semaines. "Nous avons mené quelques expérimentations au MIT. Notre premier Mooc sur le big data (500 $) a été un succès et a attiré 3.000 apprenants. C'est un marché également très prometteur pour la plupart de nos partenaires", estime Johannes Heinlein.

L'autre grand chantier est celui de la certification. Les étudiants qui ont accès aux cours gratuitement peuvent dès à présent sanctionner leur réussite par un certificat authentifié délivré par l'établissement d'origine. Il faut compter entre 25 et 100 $ selon les institutions. La moitié au minimum de ce montant revient à l'université, l'autre va dans la poche d'edX, qui voit là également un créneau porteur. "Entre 1 et 5% des apprenants sont prêts à payer pour un certificat", assure Johannes Heinlein, se refusant à donner des projections précises.

Arizona State University (ASU), membre d'edX, va plus loin en annonçant la délivrance de crédits universitaires de première année en échange des cours gratuits proposés sur edX. Une solution flexible et économique pour les étudiants, et une source de revenus pour les universités, qui pourrait bien faire des émules !

Sorbonne Universités, la petite française d'edX
Jusqu'à l'année dernière, la France était la grande absente d'edX. Sorbonne Universités a comblé le vide en rejoignant en 2014 la plateforme de Mooc développée par Harvard et le MIT. Approchée par plusieurs plateformes payantes, l'université Paris-Sorbonne, tête de pont sur le dossier Mooc pour la Comue, a opté pour la solution open source.

"edX offrait le plus de possibilités en matière d'échanges et de retours sur les pratiques pédagogiques, entre-temps FUN est apparue avec une technique edX, rien ne nous empêche donc de mettre des cours sur les deux", remarque le président de l'université, Barthélémy Jobert, qui siège aussi au conseil scientifique universitaire d'edX aux côtés de onze autres grandes universités (MIT, Harvard, Berkeley, etc.), toutes anglo-saxonnes à l'exception de Delft University. Inutile de dire que la Comue compte aussi sur cette vitrine pour faire connaître ses établissements et attirer des étudiants du monde entier.

La cellule Mooc de Paris 4 planche sur ses deux premiers Mooc, prévus pour l'été. Elle a choisi les sciences sociales, peu représentées sur edX. Le premier, "Racine, Corneille et Molière", portera sur le théâtre classique, le second sera une initiation aux différentes techniques de la sculpture. "Nous travaillons avec edX pour le cadrage général du projet, le planning, la communication, etc.", détaille Benjamin Thierry, enseignant et responsable de la production des Mooc à Paris-Sorbonne.

Deux autres Mooc suivront à l'automne, et quatre autres au printemps 2016. "D'ici à deux ans, chacun des 18 champs disciplinaires de l'université devrait avoir son Mooc", indique Barthélémy Jobert. Un chantier ambitieux, qui en interne est susceptible de faire évoluer les pratiques pédagogiques en lien avec les enseignements dits classiques, et "au-delà des Mooc [permettra] d'envisager les Spoc", précise Benjamin Thierry. 

Cécile Peltier  |  Publié le

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