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Insertion professionnelle : le diplôme fait plus que jamais la différence

Danièle Licata  |  Publié le

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Face à la crise, la transition de l’école à l’emploi se révèle aujourd'hui bien plus difficile que pour la génération 2004. Et le fossé ne cesse de se creuser entre niveaux de diplômes. C’est ce que révèle la dernière enquête 2013 menée par le Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) auprès de la génération 2010.

Elle a un goût amer, la crise financière de 2008 avec son avalanche de dettes souveraines, pour ces 700.000 jeunes sortis du système scolaire en 2010. 
D’après la dernière étude du Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications), qui scrute à la loupe le devenir professionnel des jeunes, génération après génération, 22% des jeunes actifs étaient en recherche d’emploi au troisième trimestre 2013.

En d’autres termes, presque un jeune sur cinq était au chômage. Il s’agit du niveau le plus haut jamais observé depuis la création des enquêtes Génération, en 1997. Et par rapport à la génération 2004, l’écart est de 16 points pour les non-diplômés et de 3 points pour les diplômés du supérieur.

Niveau d’études plus élevé

"Pourtant, cette génération se présente sur le marché du travail avec un niveau d’études plus élevé que la génération 2004. Si le nombre de jeunes sortant sans diplôme était encore de 16% en 2010 (contre 18% en 2004), la part de diplômés de niveau master ou plus est passée de 14 à 17% d’une génération à l’autre, sans doute grâce à la mise en place progressive du LMD entre 2003 et 2006", décrypte Alberto Lopez, le directeur du Céreq. Même tendance au niveau de l’enseignement secondaire, puisque la génération 2010 compte déjà moins de titulaires d’un CAP ou d’un BEP et plus de bacheliers professionnels.

Autre constat : en 2010, un jeune diplômé sur cinq est issu d’une formation par apprentissage. Du coup, la part d’apprentis parmi les diplômés de l’enseignement supérieur a presque doublé par rapport à la génération précédente.

Presque un jeune sur cinq était au chômage trois ans après sa sortie du système scolaire

Des disparités d’insertion professionnelle entre diplômes se creusent

Enquête génération 2010 CéreqMais tous les jeunes sortis du système éducatif il y a trois ans ne sont pas logés à la même enseigne. Si, en moyenne, 69% des diplômés ont un emploi (contre 77% en 2004), le niveau du diplôme influe sur ce chiffre, qui baisse à 64% pour le secondaire (74% en 2004), et monte au contraire à 81% pour le supérieur court (86% en 2004) et 88% pour le supérieur long (91% en 2004). Soit, au total, 19 points d'écart, contre 14 pour la génération 2004.
Quant aux non-diplômés, seuls 41% d'entre eux ont réussi à décrocher un job (57% en 2004).

"Les non-diplômés sont plus que jamais en première ligne face aux dégâts causés par la crise, subissant la concurrence des diplômés sur ces postes", expliquent les auteurs de l’étude, Christophe Barret, Florence Ryk et Noémie Volle. "Sans compter que cette génération bénéficie peu du soutien des emplois aidés, les emplois d’avenir n’étant mis en place que fin 2013", précise Alberto Lopez. Du coup, près d’un jeune non diplômé sur deux se déclare en recherche d’emploi trois ans après la sortie du système éducatif. Soit un bond de 16 points par rapport à la génération précédente. En moyenne, ils ont passé 14 mois au chômage en trois ans, soit deux fois plus que la moyenne des jeunes interrogés, tous diplômes confondus. Et lorsqu’ils sont en poste, c’est qu’ils ont, pour 60% d'entre eux, décroché un CDD et très souvent à temps partiel.

Les titulaires de CAP ou de BEP ne sont pas beaucoup mieux lotis, font remarquer les auteurs : "Leur taux de chômage après trois ans de vie active est passé de 17% pour la génération 2004 à 32% pour celle de 2010." Principale explication : la concurrence des bacheliers professionnels.

En outre, "si l’apprentissage facilite les conditions d’entrée sur le marché du travail, l’insertion des apprentis s’est tout de même dégradée", précise Alberto Lopez.

Les bacheliers généraux ont, eux aussi, des difficultés à accéder à l’emploi. Seuls 29% d’entre eux ont décroché un CDI.

Les non-diplômés sont plus que jamais en première ligne face aux dégâts causés par la crise

Les diplômés du supérieur court sont moins protégés

Si les diplômés du supérieur court conservent des conditions d’accès à l’emploi plus favorables que la moyenne, leur situation, trois ans après l'obtention de leur diplôme, reste bien plus difficile que celle de leurs prédécesseurs. Pour preuve, les BTS et les DUT passent en moyenne sept mois au chômage sur leurs trois premières années de vie active.

Seuls les détenteurs de licences professionnelles parviennent à tirer leur épingle du jeu, contrairement aux licences générales : 85% d'entre eux sont en emploi en fin de période et 100% pour les diplômés en santé-social.

Quasi-plein emploi après une école d'ingénieurs, de commerce ou un doctorat

Sans grande surprise, les diplômés de l’enseignement supérieur long (bac+5 et au-delà) connaissent beaucoup moins la crise. 76% de ces jeunes accèdent en moins de trois mois à un premier emploi. Et sur les trois premières années de vie active, ils ne passent pas plus de temps au chômage que leurs prédécesseurs de la génération 2004 (quatre mois). À l’issue de cette période, ils sont près de neuf sur dix en emploi, et parmi eux, huit sont en CDI. Quant aux ingénieurs, docteurs et diplômés d'écoles de commerce, c’est le quasi-plein emploi.

Et, une fois n’est pas coutume, les jeunes femmes de cette génération 2010, plus diplômées, ont mieux résisté à la crise, avec un taux de chômage moyen légèrement inférieur à celui observé chez les hommes (21% contre 23%). Davantage en emploi, elles conservent cependant des niveaux de salaires globalement plus bas.

Méthodologie 
L'enquête Génération 2010 du Céreq a été réalisée à partir de l'interrogation d'un échantillon de 33.000 jeunes sortis du système scolaire en 2010.
Consulter la publication de l'étude et sa synthèse

Danièle Licata  |  Publié le

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