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Les universités de Grenoble sur la piste de la fusion

Camille Stromboni  |  Publié le

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Université Grenoble 3 Stendhal © Université Stendhal
Université Grenoble 3 Stendhal © Université Stendhal

Ce sera la fusion. Les équipes dirigeantes des trois universités grenobloises ont pris leur décision, à l'heure où chaque site se positionne dans les nouveaux cadres fixés par la loi votée à l'été. Ils l'annonceront officiellement lundi 21 octobre 2013.

Une fusion de plus. Après Clermont-Ferrand ou Rennes, ce sont les trois universités de Grenoble qui s'orientent vers cette option de regroupement, qui aboutirait à un établissement de près de 40.000 étudiants.

"Nous voulions éviter le mille-feuille et donner une meilleure visibilité à notre offre pluridisciplinaire et à notre recherche", résume le président de l'UJF (université Joseph Fourier - Grenoble 1) Patrick Lévy. "Il s'agit également de faire émerger une identité commune en interne et de développer la fluidité entres formations, avec des passerelles pour les étudiants", complète son homologue Sébastien Bernard, à la tête de l'UPMF (université Pierre-Mendès-France - Grenoble 2).

Le projet dessiné par les présidents comporte plusieurs niveaux : la fusion tout d'abord, entre les trois universités de Grenoble, qui sera soumise à la décision des conseils d'administration d'ici décembre 2013, et la mise en place d'une CUE (communauté d'universités et établissements).

Un format réduit aux trois universités

Si la fusion - ou l'université unique - avait déjà été promise par le site grenoblois quelques années plus tôt, les présidents estiment désormais être véritablement prêts à la réaliser. "Le temps a fait son travail, avec une maturation des esprits. Nos trois universités ont beaucoup avancé sur les collaborations, par exemple avec la signature unique des publications en recherche, ou encore le développement de masters co-habilités", explique Sébastien Bernard.

Le format proposé, uniquement avec les trois universités, permettrait lui aussi d'écarter l'une des causes d'échec de la précédente tentative. "Le regroupement était auparavant envisagé avec des établissements de statuts très différents, comme l'INP (Institut national polytechnique) ou l'IEP (Institut d'études politiques), qui avaient des préoccupations diverses et n'étaient pas forcément favorables à la fusion, décrit le juriste. Cette fois-ci, les établissements prêts à envisager une fusion sont moins nombreux, mais de statuts plus homogènes."

"Il y a pu avoir auparavant une forte méfiance entre les établissements, ce n'est plus le cas", glisse également Patrick Lévy. La plupart des équipes présidentielles ont été renouvelées en 2012, ce qui a pu jouer. "Le PRES n'était en outre pas l'outil adéquat : il était pertinent pour porter l'Opération Campus ou les Investissements d'avenir, pas une fusion", ajoute le président.

Le PRES n'était pas l'outil adéquat pour porter une fusion (P.Lévy)

deux ans et demi pour construire l'université unique

Côté formations, les présidents sont confiants. "Cela devrait être relativement simple, car nous sommes très complémentaires, avec peu de recoupements", note Patrick Lévy.

Les points les plus ardus seraient, comme dans la plupart des fusions, le rapprochement des services administratifs et des régimes des personnels. "Notre calendrier est justement assez long pour y arriver : la fusion pourrait être effective d'ici 2016 -si les conseils le décident- ce qui nous laisse deux ans et demi", précise Sébastien Bernard.

Quant aux économies à attendre d'un tel processus, les présidents se veulent réalistes. "Nous sommes tout à fait conscients que la fusion a un coût, à court terme, assure Sébastien Bernard. Par exemple avec l'harmonisation des régimes des personnels, qui se fera vers le haut. Mais nous comptons sur le soutien de l'Etat, qui doit aller au bout de son discours en faveur des rapprochements."

"Cela devrait coûter entre 2 et 3 millions d'euros, évalue Patrick Lévy de manière globale. Mais le jeu en vaut largement la chandelle".

L'Idex 3 en ligne de mire

Et les fonds de l'Idex ? La fusion sera-t-elle un moyen de remporter la manne de la future vague d'appels à projets des Initiatives d'excellence lancée en 2014 ? Le site grenoblois a en effet échoué lors des précédents appels, en raison d'une gouvernance jugée insuffisamment structurée, tandis que le potentiel scientifique était évalué très favorablement.

"C'est l'une des raisons de notre choix. Nous savions que sans la fusion, ce n'était pas la peine de concourir à l'Idex 3. Mais notre démarche existe depuis plus d'un an et cela vient simplement renforcer notre détermination", explique Patrick Lévy.

"Cela fait partie des échéances que l'on ne peut manquer. Mais notre candidature ne sera pas réduite aux établissements fusionnés. La communauté d'universités ainsi que l'ensemble des acteurs du site, seront parties prenantes", précise Sébastien Bernard.

Nous savions que sans la fusion, ce n'était pas la peine de concourir à l'Idex 3 (P.Lévy)

Une communauté d'universités avec l'université de Savoie ?

C'est en effet le second cercle d'organisation du site grenoblois : la communauté d'universités succède au PRES, avec un périmètre encore incertain. Celle-ci réunira la nouvelle université unique, l'INP Grenoble et le CNRS. L'incertitude porte sur l'université de Savoie et l'IEP de Grenoble, qui devront choisir s'ils souhaitent en être membre à part entière, ou simplement s'y associer.

"La porte est ouverte, souligne Sébastien Bernard. Il me parait tout de même important que ceux qui en feront partie jouent le jeu, avec l'envie d'un rapprochement fort. Certains marqueurs identitaires me semblent notamment indispensables pour ne pas risquer de faire du surplace : la signature unique en recherche, ou encore la mise en commun des systèmes d'information".

Enfin, en termes de structuration globale, les présidents envisagent de créer de grands pôles de recherche thématiques au niveau de la communauté. "Ils seront fondamentaux pour la lisibilité du site et afin de matérialiser et développer nos liens avec l'ensemble des organismes de recherche", explique Patrick Lévy. Les écoles d'ingénieurs de la communauté, celles de l'INP et Polytech Grenoble, devraient elles aussi se rapprocher.

En pratique, l'objectif est de faire correspondre le plus possible les calendriers de la fusion et de la communauté. Les statuts de cette dernière doivent être adoptés d'ici un an, puis le délai est encore d'un an pour sa mise en place. "C'est optimiste, reconnait Patrick Lévy. Dans tous les cas, nous espérons que la fusion aura eu lieu d'ici 2016."

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- La biographie de Patrick Lévy (UJF)
- La biographie de Sébastien Bernard (UPMF - Grenoble 2)
- La biographie de Lise Dumasy (Stendhal Grenoble 3)

Camille Stromboni  |  Publié le

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