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Entrée à l'université : des formations à plusieurs vitesses au cœur des débats

Laura Taillandier  |  Publié le

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Concertation F. Vidal juillet 2017
La concertation sur l'entrée à l'université a débuté en juillet 2017. // © Gilles Rolle / R.E.A

Second round. Après la coupure estivale, le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation relance, en cette rentrée, la concertation sur le contrat de réussite étudiant. Onze groupes de travail sont chargés de trouver "des solutions concrètes" pour améliorer l’entrée dans le premier cycle universitaire. Avec toujours un mot tabou, celui de sélection.

Nous ferons en sorte que l'on arrête de faire croire à tout le monde que l'université est la solution pour tout le monde." Cette citation du président de la République, Emmanuel Macron, tirée de son entretien au Point, a trouvé un certain écho dans la concertation sur le contrat de réussite étudiant.

Le même jour, jeudi 31 août 2017, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ouvrait le second volet des discussions sur l’entrée dans le premier cycle universitaire. Une réforme "de son accès et de son contenu" qui sera "un marqueur de l’action du gouvernement", avait prévenu, la veille devant la CPU, Frédérique Vidal.

La fin de l’université pour tous ?

"Je suis très choqué, si cela signifie que l'on interdit l'accès à ceux qui veulent se diriger vers l'université", réagit Franck Loureiro, secrétaire national du Sgen-CFDT, au sortir de la réunion au ministère. "Le dernier mot doit revenir à l'étudiant. Si, malgré une information éclairée, il manifeste toujours son souhait de se diriger vers telle ou telle formation, il ne faut pas l'en empêcher." Le syndicat souhaite qu'une contreproposition soit faite à l'étudiant ou qu'un dispositif d'accompagnement lui soit proposé.

"C'est une déclaration plutôt inquiétante... juge Lilâ Le Bas, la présidente de l'Unef. Ce n'est pas à des intervenants extérieurs de dire à un lycéen que l'université n'est pas la solution pour lui." L'Unef entend ainsi "peser" dans la discussion afin que les prérequis à l'entrée en licence ne soient qu'informatifs et non coercitifs. Durant la réunion, la ministre a insisté auprès des participants : on ne peut pas parler de sélection dans la mesure où l'on donnera à chaque étudiant les outils pour qu'il acquière les prérequis nécessaires. 

Diversifier et personnaliser les parcours

"Ce que dit Emmanuel Macron est ce que nous disons depuis longtemps. Les licences générales ne peuvent pas être la seule réponse", rappelle Gille Roussel, lors de la conférence de presse de la CPU jeudi 31 août 2017. Le président de la Conférence des présidents d'université cite le taux de réussite des bacheliers professionnels, de moins de 3 %. "Il faut que nous soyons capables de proposer une diversité des parcours. La licence générale n’est pas faite pour tous les étudiants", ajoute Khaled Bouadbdallah, vice-président de la CPU.  

À l'université d'été de la CPU, mercredi 30 août 2017, la ministre a rappelé la nécessité de soutenir et de personnaliser les parcours. Parmi les pistes envisagées : permettre à des étudiants d'obtenir leur licence à leur rythme, avec la validation de modules. Mais, rappelle la CPU, cette personnalisation a un coût. "Il faut qu'elle soit cadrée : elle implique une ingénierie et des évolutions informatiques très importantes", relève Fabienne Blaise, vice-présidente de la CPU.

La licence générale n’est pas faite pour tous les étudiants.
(K. Bouabdallah)

QUE FAIRE DES BACHELIERS PROFESSIONNELS ?

En filigrane, c'est bien la question de la poursuite d'études des bacheliers professionnels et technologiques qui se pose. "La phrase du président est un peu cash, mais elle déconstruit le discours consistant à dire que le bac est un passage suffisant pour intégrer la filière de son choix. Cette idée est hypocrite, dans la mesure où il n'y a pas un bac mais des bacs", observe Stéphane Leymarie, secrétaire général de l'Unsa Sup' Recherche.

"Il y a l'idée sous jacente que les bacheliers professionnels ne sont pas aptes à entrer en licence à l'université", estime Pierre Chantelot, secrétaire national du Snesup-FSU. "Avec deux options qui se profilent : soit on leur donne une année de remise à niveau soit on les met ailleurs", précise-t-il.

Plusieurs solutions sont évoquées pour ces bacheliers : un travail plus fin sur l'orientation – avec la mobilisation de services civiques dans les lycées –, une augmentation des places en STS et DUT, la construction de licences professionnelles en trois ans, des dispositifs de remédiation – type année zéro ou de propédeutique –, voire la création d'un nouveau cursus dédié, éventuellement en apprentissage.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, avait évoqué dès juillet la création de diplômes de qualification à bac + 1, après le baccalauréat professionnel. "On ne sait pas ce que sera ce cursus dans la mesure où l'idée d'un brevet professionnel supérieur a été retoquée" lors du précédent quinquennat, remarque Pierre Chantelot. "Mais pourquoi avoir fait passer le bac pro de quatre à trois ans pour ensuite rajouter une année supplémentaire sur le dos de l'université ?" se demande-t-il.

"Créer un nouveau parcours est acceptable mais il faut que ce soit rattaché au processus de Bologne", souligne Jimmy Losfeld, le président de la Fage. "Si on augmente le nombre d'années d'études, il faut réfléchir à la protection sociale. La question se pose aussi pour l'année de propédeutique", alerte-t-il. Pour répondre à ces préoccupations, le ministère de l'Enseignement supérieur a promis un plan de vie étudiante pour la rentrée 2018.

onze groupes de tRAvail, supervisés par Daniel Filâtre

Ce plan de vie étudiante, de même que la diversification de la formation, concernent deux des onze groupes de travail installés par le ministère de l'Enseignement supérieur. Ces groupes, supervisés par le recteur de l'académie de Versailles, Daniel Filâtre, nommé rapporteur général, s’articulent autour de cinq grands chapitres : accès à l’enseignement supérieur, ingénierie de l’offre de formation, pédagogie renouvelée, vie étudiante et réflexions spécifiques. Et leur calendrier de travail est serré : une réunion dans chaque groupe une fois par semaine à partir du 11 septembre, et ce jusqu’à la fin du mois d’octobre.

Une lourde machinerie qui interroge la majorité des participants à l'image d'Arnaud Macé, de la CGT. "Cela demande une organisation considérable aux acteurs pour se libérer et ce dans un temps contraint et une période dense. D'où notre interrogation : au fond, tout n’est-il pas déjà dans les tuyaux ?" Réponse dans deux mois.

Les rapporteurs des 11 groupes de travail
Chaque groupe de travail a son propre rapporteur.

Accès à l’enseignement supérieur
1 - Information et orientation au lycée : Guillaume Houzel
2 - Accès au premier cycle de l’enseignement supérieur : Bénédicte Durand

Ingénierie de l’offre de formation
3 - Rythmes de formation en licence : Bernard Beignier
4 - Des formations pour tous les publics : Olivier Faron
5 - Diversification et renforcement de la professionnalisation de la licence : Bernard Dizambourg
6 - Formation tout au long de la vie : Bernard Saint-Girons

Renouvellement des pédagogies
7 - La pédagogie au service de la réussite de l’étudiant : Bertrand Monthubert

La vie étudiante
8 - La vie étudiante au service de la réussite de l’étudiant : Monique Ronzeau

Les filières spécifiques
9 - L’accès aux études de santé : Jean-Paul Saint-André
10 - Les Staps : Thierry Terret
11 - La psycho :

Laura Taillandier  |  Publié le

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