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Être pleinement soi-même, l’ambition de Dauphine pour ses étudiants

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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Université Paris Dauphine parcours Trajectoires
Tous les étudiants de la L1 éco-gestion de Dauphine sont amenés à réfléchir à qui ils sont. // © Université Paris Dauphine

Comment aider les étudiants à avoir confiance en eux ? Cette question est au cœur du programme "Trajectoires" lancé par l’université Paris-Dauphine à la rentrée 2016. Obligatoire pour les 800 étudiants en première année de la licence "sciences des organisations", il a vocation à être décliné tout au long des trois ans.

"Trajectoires se différencie nettement de la préparation à l'emploi", précise d'emblée Catherine Chouard, directrice du programme à l'université Paris-Dauphine et spécialiste des ressources humaines. L'objectif affiché par l'établissement d'enseignement supérieur parisien est plus large. À une époque où l'on parle de plus en plus de "burn-out" (épuisement professionnel) et de "bore-out" (ennui au travail), "nous avions envie d'agir", affirme Renaud Dorandeu, directeur du département licence "sciences des organisation - économie - gestion". "Au-delà des compétences académiques, il nous semble important de travailler avec les étudiants sur leur rapport à eux-mêmes, aux autres et au monde."

devenir des professionnels curieux

L'objectif est donc d'aller au-delà de la traditionnelle transmission des savoirs et savoir-faire pour toucher du doigt les savoir-être. "Il s'agit d'amener nos étudiants à devenir des adultes et plus tard des professionnels curieux, critiques, ouverts sur les autres et à l'écoute du monde", résume l'enseignant-chercheur. "Nous espérons leur donner des outils pour être le plus en contact avec eux-mêmes, expérimenter et s'ouvrir à l'intelligence relationnelle et émotionnelle, et faire des choix cohérents avec leurs envies", complète Catherine Chouard.

Cobayes de cette première mouture du programme, les étudiants admis à la rentrée 2016 en première année de la licence éco-gestion ont l'obligation d'assister à cinq événements organisés tout au long de l'année universitaire : une table ronde, deux conférences réunissant la promotion au complet – soit 800 étudiants – et deux ateliers d'une heure et demi en petits groupes de 30. Coût du dispositif : 80.000 euros.

un amphi interactif avec des questions/rÉponses en direct

Afin d'introduire de l'interactivité lors de la première conférence en amphithéâtre, les étudiants avaient la possibilité de répondre en direct aux questions qui leur étaient posées, via leur ordinateur ou des tablettes. Des questions qui portaient sur leur degré de confiance en eux, en l'avenir ou encore sur les différentes formes d'intelligence. Les réponses s'affichaient instantanément sur un grand écran.

"S'ils sont très confiants en l'avenir, ils sont aussi en quête de sens", constate Catherine Chouard. Ainsi, interrogés sur ce qu'est la réussite, l'épanouissement personnel arrive en première position, loin devant le fait de gagner de l'argent, en quatrième place. "Ils sont encore jeunes et pour certains, déconnectés des contingences matérielles mais ce résultat est significatif", analyse l'ancienne DRH, qui raconte, amusée, avoir été surprise par certaines tendances.

"À la question, quelle est la première ressource sur laquelle vous pouvez toujours compter ?, je m'attendais à ce qu'ils répondent majoritairement 'moi'", témoigne Catherine Chouard. Or, la réponse arrivée en tête, et de loin, fut "maman", puis "les parents". On notera que la réponse "papa" était rare...

Au-delà des compétences académiques, il nous semble important de travailler avec les étudiants sur leur rapport à eux-mêmes, aux autres et au monde.
(R. Dorandeu)

Apprendre à écouter

Un dispositif qui a visiblement plu à Emmanuel et Alexandre. "Le système de sondages en direct m'a surpris et c'était sympa de voir les réponses des autres étudiants, de pouvoir liker ou pas", décrit Alexandre, arrivé d'Avignon pour ses études supérieures. Autre point positif, "ce type d'événements remet l'humain au centre et nous donne l'occasion d'en savoir plus sur les uns les autres. Je vois moins l'université comme ce grand machin qui fait peur", conclut le jeune homme. Mais pour les deux étudiants, le constat est le même ; s'ils ont trouvé l'amphithéâtre "intéressant", ils ont été bien plus marqués par le premier atelier intitulé "s'écouter et écouter".

Lors de ce moment en petits groupes, les étudiants ont dû écrire sur un carton quelques mots ou dessiner quelque chose évoquant un événement qui parlait d'eux et qu'ils avaient envie de partager avec les autres. À tour de rôle, les étudiants ont choisi un carton et l'auteur devait expliquer devant le groupe de quoi il s'agissait. "C'était à la fois intimidant mais aussi très agréable de se sentir écouté par tous. On pouvait parler sans avoir honte", témoigne Emmanuel.

la crainte de ne pas être exceptionnel

Afin de les obliger à revoir leurs préjugés sur les uns ou les autres, les étudiants avaient également l'obligation de faire l'exercice avec ceux qu'ils connaissaient le moins. "Ils étaient un peu contrariés au début mais ont indiqué avoir été surpris, in fine. Beaucoup aussi ont fait part de leurs difficultés à rencontrer des camarades en cours", relève Catherine Chouard. 

Autre enseignement intéressant : de l'atelier est ressortie la crainte des étudiants d'être "juste normal", de n'avoir "rien d'exceptionnel à dire d'eux". "J'ai essayé de leur montrer que l'enjeu n'est pas d'être exceptionnel mais d'être pleinement soi et de développer ce qui est unique en soi", met en avant la responsable.

Prochaine étape, un atelier qui portera sur "comment mobiliser ses ressources".

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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