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Exclusif. Sélection en master : ce qu’en pensent les étudiants

Baptiste Legout, Erwin Canard
Publié le
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Cérémonie des masters (2015) de l'UVSQ au vélodrome national de Saint-Quentin-en Yvelines.
2.500 étudiants et lycéens ont répondu au sondage en ligne sur la sélection en master en février 2016 sur le site de l'Etudiant. // ©  UVSQ
La majorité des lycéens et des étudiants sont favorables au principe de sélection à l’université, selon un sondage exclusif réalisé par L’Etudiant-EducPros. Les sondés se prononcent contre la sélection à l’entrée en M2. Des résultats qui marquent une évolution des mentalités, alors que le débat sur le sujet reste tendu au sein de la communauté universitaire.

C'est une surprise, voire une petite révolution : les lycéens et étudiants se prononcent pour la sélection à l'université. Dans un sondage effectué sur le site de l'Etudiant auquel ont répondu 2.500 lycéens et étudiants, ils sont 57% à s'y déclarer favorable, quand 40% restent hostiles à toute forme de sélection à l'université.

Sélection à l'université-général

Une véritable évolution des mentalités. Jusqu'alors, les étudiants, notamment à travers la voix de leurs syndicats majoritaires, ont toujours montré leur attachement à la non-sélectivité des étudiants à l'université.

Cette enquête s'inscrit dans un contexte particulièrement tendu sur le sujet. Thierry Mandon, secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur, travaille sur un décret listant les masters 2 autorisés à sélectionner leurs étudiants, alors que le 10 février 2016 le Conseil d'État a réaffirmé l'illégalité de la sélection.

La sélection, oui, mais pas n'importe quand

Selon le sondage de L'Etudiant, en ce qui concerne la sélection en M2, seuls 27% des lycéens et étudiants ayant répondu à l'enquête y sont favorables pour tous les masters, et 19% uniquement pour les M2 les plus demandés.

En revanche, 69% des répondants penchent pour une sélection à l'entrée de la première année de master (M1). Plus précisément, 39% y sont favorables pour tous les M1 et 30% pour les M1 des filières les plus demandées uniquement.

Autrement dit, la sélection, oui, mais pas n'importe quand. Ainsi, si seulement 28% des jeunes ayant répondu à l'enquête sont contre la sélection en M1, près de 50% sont opposés à la sélection en M2. Les étudiants affichent leur volonté de ne pas briser le système européen licence-master-doctorat (LMD), auquel la France adhère depuis 2002, et leur souhait de conserver le "bloc" master.

Sélection M1/M2

Les lycéens et étudiants s'approchent alors de la position de la CPU (Conférence des présidents d'université), qui souhaite que la sélection intervienne dès l'entrée en master, mais s'éloigne de celle du syndicat étudiant majoritaire, l'Unef, qui refuse toute forme de sélection.

Plus on avance dans ses études, plus on est partisan de la sélection

Sur le premier cycle, 64% des lycéens et étudiants se déclarent favorables à une sélection à l'entrée de la première année de licence (L1) (34% pour toutes les licences, 30% uniquement pour les L1 des filières les plus demandées).

Sélection université 3

Plus les étudiants avancent dans leurs études, plus ils sont favorables à la sélection. Ainsi, les étudiants de L1 y sont favorables à 51%, ceux de L3 à 54% et ceux de M2 à 77%. Cela se vérifie du côté des lycéens, qui plébiscitent en règle générale moins la sélection que les étudiants d'université (51% pour d'un côté, 57% de l'autre). Un constat particulièrement vrai chez les lycéens de filière littéraire, qui rejettent le principe de sélection à l'université à près de 60%.

En revanche, les lycéens ont, semble-t-il, intégré la sélection en L1 dans les filières qui sont actuellement à capacité réduite (Staps, Paces, droit...). Ils y sont même davantage favorables que les étudiants d'université.

Enfin, l'on notera que les étudiants de filières sélectives (prépas, écoles d'ingénieurs, de commerce, etc.) défendent bien plus la sélection (à hauteur de 70%) que les lycéens et étudiants d'université.

Les réactions de l'Unef et de la CPU
William Martinet, président de l'Unef, s'inquiète du nombre de bacheliers William Martinet (Unef) : "les étudiants sont fatalistes"

"Ce sondage est un peu particulier car il se base sur les lecteurs du site de L'Etudiant, et non sur une méthode du sondage représentatif par quotas qui permet d'avoir une vision plus large de l'opinion. Toutefois, cela ne m'étonne pas que les lycéens et étudiants soient clivés sur cette question.

C'est un débat qui anime l'université depuis un certain temps. Les étudiants ont les oreilles rebattues de la sélection par les présidents d'université. Sur la sélection en M1 ou en M2, la question, pour nous, est surtout d'assurer à tous les étudiants la possibilité de poursuivre leurs études, et pas que certains ayant validé leur L3 ou leur M1 se trouvent sans solution.

Les étudiants sont fatalistes. Ils se disent que s'il doit y avoir une sélection, autant que cela soit en M1 plutôt qu'en M2, au moins on saura directement qui peut continuer ou non. Nous avons donc surtout besoin d'un décret du gouvernement qui instaure le droit à la poursuite d'études."


Jean-Loup SALZMANN - Université CPU - Avril 2014 - © CS

Jean-Loup Salzmann (CPU)  : "Nous sommes partisans de l’instauration de prérequis"

"Le terme de ‘sélection’ est ambigu car il comprend l’orientation prescriptive, la mise en place de prérequis, le tirage au sort… Nous, nous sommes partisans de l’instauration de prérequis à l’entrée des filières de L1 en tensions et de M1. Mais nous sommes également favorables à ce que tous les étudiants de L3 trouvent une place dans un M1 : ce ne sera peut-être pas le plus proche de chez eux, mais celui qui leur conviendra le mieux.

Actuellement, il y a quasiment autant d’étudiants en L3 qu’en M1, il y a donc de la place pour tout le monde. Nous ne sommes pas dans une vision malthusienne. D’ailleurs, nous souhaitons également que tous les lycéens trouvent une formation postbac. Si nous soutenons la position du secrétaire d’État pour les filières sélectives de M2, c’est simplement pour sécuriser juridiquement un processus qui existe déjà. Mais nous voulons, de notre côté, organiser la sélection entre la L3 et le M1, en conservant le système LMD (licence, master, doctorat). Thierry Mandon a dit qu’il allait ouvrir ce chantier, je suis assez confiant."
Méthodologie
Afin d'établir les données de cet article, l'Etudiant a réalisé une grande enquête auprès de ses lecteurs. Les données ont été collectées entre le 24 février et le 2 mars 2016 via un questionnaire en ligne. 2.500 lecteurs de l'Etudiant ont répondu à nos questions.Composition de l'échantillon :
- Sexe : 1.564 femmes ; 892 hommes ; 44 NSPP (ne se prononcent pas).
- Formation actuelle : 1.415 inscrits à l'université ; 510 lycéens ; 362 inscrits dans une autre formation, 213 NSPP.
- Filière au lycée : 243 S, 130 ES, 71 L, 29 en filières technologiques, 24 élèves en seconde, 11 en bac professionnels, 2 NSPP.
- Filière à l'université : 530 droit, éco, gestion ; 434 sciences, technologie, santé ; 268 sciences humaines et sociales ; 168 arts, lettres et langues ; 17 NSPP.
- Niveau d'étude à l'université : 373 L1 ; 227 L2 ; 306 L3 ; 285 M1 ; 166 M2 ; 43 doctorat ; 12 NSPP.
- Type d'établissement : 2.028 public ; 282 privé ; 183 NSPP ; 7 consulaire.
Aller plus loin sur letudiant.fr

Baptiste Legout, Erwin Canard | Publié le

Vos commentaires (5)

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Souber.

Moi je suis une mère de famille j ai repris mais etudes c est vrai je survole les cours mais j arrive a m en sortir j aimerais aller jusqi au m2 alors je ne comprends pas pourquoi cette selection on veut mettre un frein a tous ceux et celle qui aimerais changer de carrière alors laissez nous poursuivre nos etudes en paix

Viviane Micaud.

Cela me semble clair. Les élèves qui connaissent le coût des études préfèrent avoir un tampon "l'équipe éducative pense que tu as une chance raisonnable de réussir si tu travailles", avant de s'engager quelque part. Mais, ils veulent avoir le droit d'aller jusqu'au bout une fois qu'ils sont engagés. Ceux qui ont vécu les amphis surchargés pendant un trimestre avant de voir disparaître ceux qui n'avaient rien à y faire en sont convaincu.

Christophe Michaut.

Ce "sondage" comporte de nombreux biais représentativité : une sous-représentation des lycéens technologiques et professionnels, des L1, etc. Les lecteurs du site de l'Etudiant sont-ils d'ailleurs représentatifs des "jeunes" ? Et la question générale sur la sélection telle qu'elle est formulée ("Etes-vous favorable à la sélection à l'Université ?") est trop imprécise; de quelle sélection parle-t-on ? D'une sélection à l'entrée de l'Université, d'une sélection sur examens, d'une sélection sur concours ? Autant de manières de sélectionner les étudiants! Et si on avait proposé aux lycéens la question suivante : "Accepteriez-vous d'interrompre vos études si aucune université ne retenait votre candidature ?"

EducPros.

Bonjour Christophe, ce sondage n'a nul objectif d'être exhaustif sur la question de la sélection en master mais plutôt de faire réagir nos lecteurs sur un des sujets du moment. Bonne journée.

Cyrille Perchec.

"Une véritable évolution des mentalités" Votre article pourrait être utilisé comme support pédagogique dans un cours de traitement de données pour illustrer ce que peut être une affirmation non étayée par les données. Vous parlez d'évolution alors que vous comparez la position des syndicats étudiants à celle des lecteurs du site de L'Etudiant. Les résultats de votre sondage sont suffisamment intéressants pour que vous n'ayez pas besoin de proposer une interprétation qui décrédibilise votre propos.

EducPros.

Bonjour Cyrille, nous avons demandé à 2500 étudiants et lycéens nous donner leur avis sur la question puisqu'ils sont les principaux acteurs du moment. Et bien évidemment, plusieurs niveaux de lecture sont accessibles : la lecture brute des résultats et / ou leur contextualisation. Bien à vous.

Patrick Laurenti.

Les étudiants les plus diplômés et les étudiants des filières les plus sélectives plébiscitent la sélection. Rien d'étonnant : les privilégiés défendent leurs privilèges ! Avoir une exigence de niveau à la fin d'une formation c'est promouvoir un enseignement de qualité. Sélectionner à l'entrée d'une formation c'est promouvoir la reproduction sociale.

DE MAN.

Je partage votre avis ! Pas de sélection généralisée à l'entrée à l'université en licence mais une exigence grandissante attendue en terme de compétences pour un diplôme de qualité. Quant aux masters... Si sélection il doit y avoir....c'est à l'entrée du M1 pour les filières sous tensions. Rien que du bon sens.

Thomas.

Je ne suis pas sûr que le terme de "privilégiés" soit le mieux adapté, ici. Les étudiants qui "bûchent" font le choix de s'en sortir par leur travail, ce qui me semble à l'opposé d'un privilège... Par ailleurs, ne pas sélectionner à l'entrée d'un programme, c'est prendre le risque d'un gros gâchis sous prétexte de ne fâcher personne: est-ce vraiment mieux qu'une sélection franche et ouverte à tous ceux qui se présentent avec un dossier solide?

Fabien.

Commentaire parfaitement hors de la réalité qui signale une méconnaissance totale du mécanisme mis en jeu par le ministère. Comment en effet juger de l'exigence de niveau à la fin d'une formation ? Par le taux de réussite sur la base d'un consensus des compétences ? Si tel est le cas, comment expliquer que le taux de réussite soit un indicateur du modèle financier ? La position de l'état est limpide, feindre qu'elle existe n'est pas nature à répondre à la question posée ! On en peut réfuter qu'il n'existe pas de filière de reproduction des élites, pour autant on ne peut pas affirmer que toute sélection est un mécanisme de reproduction des élites...

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