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Idex : à Toulouse, les porteurs du projet "déçus", mais décidés à poursuivre

Camille Pons
Publié le
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Le siège de l'Université fédérale de Toulouse
Philippe Raimbault, président de la Comue, dénonce l'aberration d'un site "absent de la carte de l'excellence en France". // ©  Aurélie Garriga / UFTMP
Le 19 mars 2018, le projet Idex porté par le regroupement d’établissements toulousains a été définitivement retoqué par le jury international. Entre déception et incompréhension, ils affirment cependant vouloir poursuivre la dynamique collective, sans pour autant en préciser ni les contours institutionnels, ni le calendrier.

Déception extrême, frustration, regrets, tristesse… Tels sont les mots utilisés par les responsables d'établissements et leurs représentants, après l’annonce de la décision du jury international de retoquer de manière définitive la candidature du site toulousain à l'Idex.

Le directeur de l'Insa Toulouse, Bertrand Raquet, évoque même "une communauté sous le choc, car partie prenante d'une vision à long terme de ce projet", communauté qu'il avait, le matin même, réunie en assemblée générale. Au-delà de l'Insa Toulouse, ce sont environ 500 personnes, réparties en 14 groupes de travail, qui ont été mobilisées sur la construction de ce projet.

Porté sous le nom d'Uniti 2018, ce projet a été défendu lors d'une visite sur site du jury le 19 février 2018, puis à Paris, le 14 mars. Pour l'instant, la seule justification du Secrétariat général pour l'investissement concerne l'absence "d'une réelle adhésion de tous les acteurs à une véritable démarche de transformation qui réponde aux objectifs de l'action Idex". Et cet argument suscite des "incompréhensions".

Les responsables, qui ne nient pas un "effet de contexte", alors que le campus de l’université Toulouse 2-Jean-Jaurès est le théâtre d’une fronde grandissante des détracteurs du projet depuis le mois de décembre, disent "s'interroger" sur le sens de cette phrase. "Ne serait-ce pas l'absence de tous les établissements dans le projet qui est regrettée ?" s’interroge Daniel Lacroix, président de l’université Toulouse 2 jusqu'au 20 mars (voir encadré), évoquant une seule question du jury à ce sujet. Toulouse 1 et l'Isae ayant, de leur côté, décidé de ne pas prendre part au projet.

"Que manque-t-il ? L’université fusionnée"

Quant à Philippe Raimbault, le président de l'Université fédérale Toulouse-Midi-Pyrénées, il dénonce l'aberration d'un site "absent de la carte de l'excellence en France", alors que ce projet rassemblait 70.000 étudiants, 8.500 personnels sur les quatre établissements et 6.000 dans les sept organismes de recherche du site avec qui s'était montée, dit-il, "une coopération exemplaire".

Un règlement de "comptes", estime de son côté le président de l'INP (Institut national polytechnique) Toulouse, Olivier Simonin, alors que, au contraire, le projet lui semble "très transformant", et ce d'autant qu'il permet "l'ouverture à l'interdisciplinarité avec Toulouse 2".

"En 2013, le projet présenté au jury Idex était un modèle fédéral : il n'y avait pas de projets de politique de ressources humaines, de stratégie scientifique, de diplômes communs… Aujourd’hui, que manque-t-il ? L'université fusionnée ! Or, notre modèle se voulait déconcentré en collèges conservant un pouvoir important, gage de services de proximité et d'efficacité dans une université qui allait regrouper 70.000 étudiants."

Toulouse 3 attachée au modèle d'université intégrée

Si tous les acteurs locaux affirment vouloir poursuivre "la dynamique enclenchée" par la candidature Idex, ils ne donnent pas de précisions concernant la forme juridique que pourrait prendre leur collaboration, même si "dans le cadre de la Comue", des projets pourront être portés, autour des relations internationales, de formations communes, de projets de recherche interdisciplinaires.

Seul le vice-président du conseil d’administration de l’université Toulouse 3, François Demangeot, s'est positionné clairement sur la volonté de tendre vers la construction d'une université intégrée. Un projet "structurant, estime-t-il. Le site ne sera rayonnant que si [les établissements] continu[ent] à [se] fédérer".

Pas davantage de précisions concernant le calendrier, mais pas question non plus de "reporter à dix ans" la dynamique, affirme le président de l'INP. "L'inconvénient ? L'absence de financements. L'avantage ? Construire un projet sans se précipiter sur les modifications de structures (…) et qui ne sera pas celui de l'ex-recteur de l'université de Lausanne", ironise-t-il, en faisant allusion à Jean-Marc Rapp, président du jury international Idex.

Pour l’heure, et après le choc des résultats, les acteurs toulousains attendent le rendez-vous qui doit être organisé avec Frédérique Vidal pour définir les modalités d'accompagnement promises par le ministère. Même si le président de l'INP souligne que de "belles promesses", non suivies, avaient déjà été faites en avril 2016, lors de la perte de l'Idex.

Toulouse 2 : dissolution des conseils centraux

Après plusieurs semaines de grèves et de blocages, la situation à l’université Toulouse 2-Jean-Jaurès a pris, mardi 20 mars 2018, une toute autre tournure, reléguant les résultats Idex au second plan. La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a annoncé la dissolution des conseils centraux de l’établissement, confiant l’administration provisoire à Richard Laganier, professeur des universités et ancien président de l’université de Guyane. Des élections devront être organisées dans un délai de trois mois.
Cette décision radicale fait suite à un blocage de la totalité du campus, depuis le 6 mars, pour dénoncer la réforme de l’entrée à l’université, alors que de nombreux services étaient déjà à l'arrêt depuis début février. Quelques heures avant l’annonce de Frédérique Vidal, le conseil d’administration de l’établissement n’avait pas pu se tenir pour la cinquième fois consécutive. Depuis le 1er mars, la validation du budget échoit ainsi à la rectrice d’académie, Anne Bisagni-Faure.


Camille Pons | Publié le

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EducPros.

Bonjour, nous avons consacré plusieurs articles au dossier toulousain, dans lesquels il était question du dossier Idex : http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/a-toulouse-2-l-idex-et-la-reforme-ne-passent-pas.html. Bien à vous.

mal-pensant.

Toulouse a l'un des potentiels d'ESR les plus importants de France, très certainement plus important que la plupart des IDEX et ISITE labellisés. Que ce potentiel considérable arrête de courir après cette chimère de la politique de site qui consiste à marier bon gré mal gré carpes et lapins au prix d'une dépense d'énergie financière et humaine considérable. Il y a des regroupements naturels qui marchent très bien à Toulouse, par exemple l'INP (qui aurait tout intérêt à se rapprocher de l'INSA et de l'ISAE qui font à peu près le même métier), ou encore le regroupement scientifique autour du LAAS.

Micabull.

C'est assez surprennant de voir une telle désinformation. La faculté de Jean Jaurès n'est pas bloquée seulement pour dénoncer la réforme de l’entrée à l’université, mais essentiellement contre ce projet de fusion des universités. D'où la réponse totalement justifiée du jury de l'IDEX: l'absence "d'une réelle adhésion de tous les acteurs à une véritable démarche de transformation qui réponde aux objectifs de l'action Idex" En effet, un vote avait été organisé par l'administration de l'université et ce projet de fusion a été rejeté par une majorité écrasante des acteurs de la fac. Aussi, L'élection de Daniel Lacroix s'est faite sur la promesse électorale de refuser cette fusion des universités Toulousaines. Au final, une fois élu, il signe cette fusion, ce qui est le réel point de départ de cette mobilisation. C'est pourquoi la demande de démission de Daniel Lacroix était si forte, même au sein de son équipe de campagne. Vous semblez dans cette article faire les louanges de ce projet de fusion avec pour seul argument le temps et les acteurs investis dans ce projet. Vous oubliez bien vite le fond qui est, lui, plus que contestable: sélection des étudiants sur crières financiers, présence d'organismes privés dans les conseils d'administrations, fermetures de certaines filières, etc.

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