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L’enseignement supérieur plonge dans la "boîte noire" de l’intelligence artificielle

Céline Authemayou
Publié le - Mis à jour le
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intelligence artificielle
Technologie, éthique, culture numérique... L'intelligence artificielle soulèvent de nombreuses questions. // ©  plainpicture/Millennium/David Rehor
Personnalisation des apprentissages, aide à l’orientation… L’intelligence artificielle s’empare de l’enseignement supérieur. Entre avancées technologiques et questions éthiques, le sujet nourrit les réflexions et les débats. Retour sur la conférence EducPros, qui a eu lieu le 29 mars 2018 à Sophia-Antipolis en partenariat avec Educazur et Inria.

Sciences cognitives, neurosciences, intelligence artificielle… Depuis quelques années, tout un vocabulaire scientifique a fait son apparition dans le secteur de l'éducation. Chercheurs et entrepreneurs redoublent d'énergie pour concevoir et construire de nouveaux outils, avec un objectif : améliorer les enseignements et l'orientation des jeunes.

Preuve que le sujet est stratégique pour le secteur, la stratégie de la France en matière d’intelligence artificielle, dévoilée par Emmanuel Macron le 29 mars, concerne de façon non négligeable l’enseignement supérieur et la recherche.

Lire aussi. Intelligence artificielle : Emmanuel Macron veut créer un "maillage de compétences"

Mais à l’heure actuelle, si bon nombre de start-up EdTech se sont emparées du sujet, comment l’intelligence artificielle s’immisce-t-elle au cœur même des établissements ? "Aujourd'hui, l'IA reste très éloignée de nos contenus et de nos méthodes d'enseignements, concède Valérie Claude-Gaudillat, directrice de l’innovation au sein d’Audencia. On en parle très peu dans nos cours. Et, en soi, c'est un problème."

La personnalisation des apprentissages, un "défi scientifique"

Du côté des laboratoires de recherche, en revanche, les projets et les expérimentations se développent. C’est le cas du centre bordelais d'Inria, où l’équipe de recherche Flowers s’intéresse à la modélisation des mécanismes d’apprentissage chez l’enfant et à l’application de cette recherche fondamentale dans le domaine de l’éducation. Parmi les différents projets menés par l’équipe, KidLearn est focalisé plus particulièrement sur l’apprentissage des mathématiques.

"Chaque enfant a des particularités, une histoire différente expliquant que leur niveau de départ n’est pas le même, argumente Pierre-Yves Oudeyer, directeur de recherche de Flowers. L’idée est de proposer des vitesses de progression d’exercice particulières à chacun." Le tout, grâce à des algorithmes de personnalisation.

“Faire le lien entre recherche, entreprises et école”

KidLearn fait actuellement l’objet d’expérimentation dans des classes d’Aquitaine. Si cette étape reste essentielle pour Pierre-Yves Oudeyer, elle est pourtant loin d’être évidente. "Il y a un paradoxe dans l’écosystème éducatif français, analyse le chercheur. D’une part il est relativement facile de faire rentrer en classe des technologies éducatives, qui n’ont pas toujours été testées. Et parallèlement, quand on essaie, dans une démarche scientifique, de tester des technologies dans les classes pour voir si les résultats sont positifs ou négatifs sur les élèves, un certain nombre de portes se ferment."

Un constat partagé par bon nombre d’intervenants présents à la conférence EducPros, qui notent également les difficultés que peuvent rencontrer les start-up EdTech à décrocher des contrats dans un marché très centralisé. Pour accompagner au mieux les structures dans leur développement et les laboratoires dans leurs travaux de recherche, le ministère de l’Éducation nationale dispose d’une cellule, NumeriLab, dédiée à l’incubation de projets numériques. L’objectif, selon Claudio Cimelli, responsable de ce Lab ? "Faire le lien entre la recherche, les entreprises et l’école."

"Diminuer la distance critique entre numérique et citoyens"

Au-delà des enjeux technologiques, les questions liées aux données et à l’éthique sont cruciales, d’autant plus lorsqu'intelligence artificielle et éducation sont associées. "Pour développer des outils faisant appel à l’intelligence artificielle, il faut une quantité monstrueuse de données, analyse Jean-Baptiste Piacentino, directeur général adjoint de Qwant. Aujourd’hui, ces données sont monopolisées par quelques grandes plates-formes. Des géants du web qui réalisent une OPA sur le marché de l’éducation."

Il faut diminuer la distance critique entre le numérique et les citoyens.
(S. Barma)

De façon plus générale, les intervenants de la conférence s’accordent sur un point : "il faut diminuer la distance critique entre le numérique et les citoyens, pour faciliter la prise de décision éclairée", milite Sylvie Barma, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Laval, au Québec.

Cela passe notamment par le développement de formations d’enseignement supérieur – un point clé de la stratégie IA du gouvernement – ainsi qu'une découverte de l’IA dès la maternelle "pour que chaque citoyen ne soit pas effrayé par les machines, argumente Gérard Giraudon, directeur de recherche à Inria. Car la peur engendre des horreurs".


Céline Authemayou | Publié le - Mis à jour le

Vos commentaires (1)

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PPaincourt.

Très étrange un article qui utilise le mot orientation dans le titre et dans le premier paragraphe puis plus rien. Ca fait penser à la phrase du président E. Macron dans son interview à Wired : "For instance, we are using artificial intelligence to organize the access to universities for our students". C'est totalement faux (fake news!)

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