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L'université de Montpellier reprend en main l'Idex

Guillaume Mollaret, Camille Stromboni  |  Publié le

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L'université de Montpellier
Changement de stratégie pour la compétition de l'Idex : c'est l'université de Montpellier, et non plus la Comue Languedoc-Roussillon, qui portera le projet devant le jury. // © UM2

Après plusieurs échecs à la compétition des Initiatives d’excellence, l’université de Montpellier veut profiter de la dynamique de la fusion pour porter cette fois-ci, en son nom, l’Idex. Une décision explosive, puisque les trois autres universités du Languedoc-Roussillon sont désormais écartées du projet.

L'université de Montpellier – née de la fusion de Montpellier 1 et Montpellier 2 – entend bien remporter cette année la course à l'Idex. Par deux fois déjà, la ville hébergeant la doyenne des facultés de médecine a échoué dans cette compétition visant à soutenir financièrement des pôles universitaires de rang mondial.

Le projet, porté par la Comue (Communauté d’universités et établissements) Languedoc-Roussillon, a cette fois-ci été présélectionné en avril 2015. Mais avec un bémol : le jury a conseillé aux Montpelliérains de prétendre à un Isite, le volet des Initiatives d’excellence destiné aux candidats ne disposant pas de l’ensemble des disciplines, mais de quelques secteurs d’excellence. Une recommandation que les universitaires du Sud ont finalement décidé de ne pas suivre.

"L'un de nos chantiers prioritaires est de créer une identité ‘université de Montpellier’. Cela passe notamment par la reconnaissance internationale de notre établissement. L'Idex en est l'un des leviers", explique le président de l’établissement, Philippe Augé, lors d'une conférence de presse le 2 octobre 2015. L'université fusionnée déposera donc fin octobre un dossier d’Idex pour faire partie des lauréats de cette seconde vague de sélection.

Objectif : resserrer la gouvernance

Pour parvenir à ses fins, l'établissement, qui affirme avoir appris de ses erreurs, défendra désormais cette candidature en son nom propre. Contrairement au précédent round de la compétition, où le dossier était porté par la Comue. Un changement de stratégie qui rappelle celui des Lillois, qui ont choisi, en avril 2014, de recentrer leur projet sur la métropole du Nord.

"On nous a reproché une gouvernance trop élargie. Le jury ne veut pas d'une gouvernance "molle". Cette fois-ci, c'est l'université de Montpellier qui portera le projet, sans doute au travers d'une fondation, avec un board resserré de 10 personnes, contre 26 lors de la candidature précédente", précise Philippe Augé.

"Cette fondation portera elle aussi le nom d'université de Montpellier. Cette marque sera valable pour tout ! Dans les publications scientifiques, les autres partenaires du périmètre de l'Idex (CNRS, Inra, Sup'Agro, École des mines d'Alès, etc.) ont accepté de signer sous cette bannière unique, dans laquelle apparaîtra ensuite le nom de leurs établissements ou unités de recherche d'appartenance", poursuit François Pierrot, vice-président chargé de la coordination autour de l'Idex.

trois universités "exclues"

Une stratégie qui laisse pour le moins perplexes les autres universités du site – Montpellier 3, Perpignan et Nîmes – qui ne font, elles, plus partie des partenaires. "L’université de Montpellier a choisi de nous exclure de l’Idex, déplore Anne Fraïsse, présidente de Paul-Valéry. Nous avions pourtant construit avec la Comue un projet qui fonctionnait bien et qui nous a permis, pour la première fois, de franchir le cap de la présélection !"

Université Paul Valéry Montpellier 3 - ©C.Stromboni - avril 2014 (8)

"Cette stratégie n’est pas la bonne, ajoute la professeur de latin. Elle est même suicidaire : je ne vois pas comment ils vont pouvoir retourner devant le jury sans les sciences humaines et sociales ! Alors qu’on nous reprochait justement d’être trop centrés sur un secteur – les sciences de la vie – pour prétendre à un Idex."

De la nécessité d'aller vers une université unique

Une difficulté qu'écarte l'université de Montpellier. "Saclay n'a pas de sciences humaines et sociales, cela ne l'empêche pas de faire partie des lauréats de l'Idex, défend François Pierrot, le coordinateur du projet. Nous avons un spectre tout à fait étendu, qui va de la business school, au sport en passant par la médecine."

Quant au recentrage de l'Idex sur l'université de Montpellier, le responsable argue d'une nécessité. "Ce que nous comprenons dans la dernière décision du jury, c'est qu'il est nécessaire d'aller ensemble vers la création d'une seule université. Les universités d'envergure internationale n'ont pas cinq conseils d'administration ! Nos vingt partenaires l'ont compris. Seuls trois établissements s'y refusent", soutient-il.

Un éclatement inquiétant pour l'avenir du site

Pas question de faire porter le chapeau de cet éclatement aux universités "exclues", prévient le président de l'université de Perpignan. "Montpellier prend l'entière responsabilité de s'être désolidarisée d'un projet collectif. Encore plus lorsqu'elle affiche comme ticket d'entrée aux partenaires une signature unique "université de Montpellier". C'est une véritable provocation", souligne Fabrice Lorente.

"L'université de Montpellier choisit de faire cavalier seul, dont acte, tranche l'universitaire. C'est à mon sens une grave erreur stratégique. Et aussi un virage dangereux pour l'avenir du site et de la Comue, qui est vidée de sa substance : l'Idex était en effet l'un de ses projets phares."

L'université de Montpellier, née le 1er janvier 2015
L'université de Montpellier compte 4.618 agents, dont 2.713 enseignants-chercheurs, chercheurs et assimilés pour 45.000 étudiants. Elle compte 76 structures de recherches, 19 Labex, 7 Equipex, et gère un budget de 385 millions d'euros.

Les partenaires du projet d'Idex : le CNRS, l'Institut de cancérologie de Montpellier, le CHU de Nîmes, le CHU de Montpellier, l'École des mines d'Alès, Sup'Agro, l'École nationale supérieure d'architecture de Montpellier, l'Esma, l'École nationale de chimie de Montpellier, l'Inra, l'IRD, le Cirad, le CEA, l'Inserm, l'Ifremer, le BRGM et l'Irstea.

- Philippe Augé à la tête de l'université de Montpellier (janvier 2015)
- Fusion : les universités Montpellier 1 et 2 dans les starting-blocks (septembre 2014)
Aller plus loin
- La biographie EducPros de Philippe Augé (Montpellier)
- La biographie EducPros d'Anne Fraïsse (Montpellier 3 Paul-Valéry)
- La biographie EducPros de Fabrice Lorente (Perpignan)
- La biographie EducPros d'Emmanuel Roux (Nîmes)

Guillaume Mollaret, Camille Stromboni  |  Publié le

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