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Les docteurs en quête de réseaux

Evelyne Jardin  |  Publié le

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Un laboratoire d'Arts-et-métiers ParisTech // DR
Un laboratoire d'Arts-et-métiers ParisTech // DR

Fer de lance des grandes écoles, les réseaux d’anciens gagnent doucement les écoles doctorales. Comment les docteurs se fédèrent-ils ? Dans quels buts ? Enquête sur un phénomène émergent.

Dans un article publié par Nature, des universitaires américains s'étonnaient que, sur 23 universités européennes observées, "77 % n'assurent aucun suivi de leurs docteurs". Fédérer les docteurs est, il est vrai, une préoccupation récente dans l'enseignement supérieur. D'autant que "l'esprit réseau est peu présent chez les docteurs", confie une jeune docteure en psychologie, qui avance trois hypothèses : "La compétition larvée qui règne dans les laboratoires, les doctorants savent qu'ils vont candidater sur les mêmes postes après la soutenance, ce qui ne favorise pas la solidarité ; la relation privilégiée formée par le doctorant et son encadrant avec un accès possible au réseau du directeur de recherche plus qu'à un réseau des docteurs ; l'évaporation des docteurs diplômés qui quittent le circuit académique en rompant souvent les ponts avec leur université." Et puis, comment et pourquoi réseauter quand on n'a pas fréquenté les mêmes bancs d'amphi ?

Beaucoup d'universités s'appuient sur les associations de doctorants pour rester en contact avec eux, AquiDoc à Bordeaux par exemple. Mais ce modèle rencontre des limites, car les équipes de bénévoles se renouvellent tous les 3-4 ans, ce qui entrave le suivi, voire la pérennité des actions… Difficile, dans ces conditions, d'animer un réseau d'anciens sur le long terme.

Des initiatives de docteurs… et d'établissements

Des initiatives émergent néanmoins. Au CEA, quelques docteurs portent bénévolement le projet PhD Cea Network. "L'été dernier, nous avons effectué un sondage auprès d'anciens et d'actuels doctorants du CEA, explique le docteur Thomas Abballe, l'un des docteurs moteurs de l'initiative. Près de 700 réponses ont été récoltées, confirmant l'intérêt des jeunes chercheurs pour notre projet." Du côté des sciences humaines, l'Institut des sciences de l'homme de Lyon mijote le projet Doc Net, mais le portail n'est pas encore ouvert.

Les établissements eux-mêmes cherchent à mieux pister leurs anciens docteurs. Entre mars et mai 2008, l'UPMC lance l'opération emblématique "Docteur X wanted". Un an plus tard, 15.000 docteurs sont retrouvés. "Aujourd'hui, l'association des docteurs de l'UMPC compte 16.000 membres (sur un potentiel de 700 docteurs diplômés par an), dont 250 sont actifs", précise la docteure Claude Alquié, membre du bureau. Les services offerts : accès à l'annuaire des anciens, bien sûr, mais aussi organisation de dîners entre docteurs, de conférences, participation au concours Arts et sciences, publication d'une newsletter… et réunions de groupes de travail, sur les compétences des docteurs, notamment.

Les 67 écoles doctorales qui forment l'ADUM aimeraient, elles, tirer parti de ce portail Internet. À l'origine développé par et pour l'université de Montpellier 2, cet outil permet notamment "de gérer l'inscription en thèse et aux formations doctorales, les réponses aux enquêtes SIREDO (Système informatique de recueil de données), AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur)…, explique Catherine Morales, directrice générale de l'ADUM. Les jeunes chercheurs peuvent mettre en ligne leur profil de compétences et les entreprises venir faire du sourcing ou poster des offres d'emploi". La base de l'ADUM compte 40.000 doctorants et docteurs. La base, alimentée dès l'entrée dans la formation, pourrait être un excellent point de départ à l'animation d'un réseau d'anciens.

Inclure les docteurs dans un réseau d'anciens global

Mais, dans beaucoup d'universités, les réseaux d'anciens démarrent à peine, quand ils ne sont pas inexistants. Ces établissements profitent alors de constituer leur association de diplômés pour y inclure leurs docteurs. C'est le cas de Toulouse 1, qui a lancé, fin 2012, sa plate-forme d'anciens réunissant 173 docteurs parmi 2.443 diplômés. À Strasbourg, le réseau Alumni a ouvert en octobre 2012 et compte 250 docteurs sur 750 membres. "Une campagne va prochainement être lancée pour retrouver les anciens diplômés, car le potentiel est énorme. Des référents ont été sélectionnés", précise Agnès Villanueva, responsable du service relations alumni de l'université de Strasbourg. D'autres universités sont dans les starting-blocks, comme Paris-Descartes et Lyon 1.

Les grandes écoles aussi intègrent leurs docteurs dans leur réseau d'anciens. À l'École polytechnique, "tous les diplômés ont accès depuis 2008 à l'annuaire des anciens, au site emploi, au bureau des carrières, précise le docteur Larbi Touahir, ancien président de l'association X'Doc. Sur les 20.000 diplômés, 10 à 15 % sont docteurs dont un tiers est diplômé d'une université étrangère". Les docteurs se rencontrent notamment dans les conférences organisées par le groupe X-recherche. À Grenoble INP, les 2.520 docteurs sont aussi membres du réseau des anciens de l'INP, fort de 40.000 membres.

La concurrence des réseaux sociaux pro

En attendant que les réseaux de docteurs se structurent au sein des établissements, d'autres acteurs occupent le terrain : la CFD (Communauté française des docteurs) affiche 6.000 membres sur son site et 3.559 sur LindekIn ; l'ABG-Intelli'agence vient de relancer son réseau d'anciens avec 2.739 membres sur LindekIn (pas tous docteurs), l'AFDD (205 docteurs en droit sur Linkedin)… De quoi élargir les horizons des docteurs…

Evelyne Jardin  |  Publié le

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