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APB : des Mooc d'orientation à la rescousse des lycéens

Marine Miller  |  Publié le

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Le Mooc "Racines" propose aux futurs étudiants en médecine de décortiquer le sens du vocabulaire utilisé en Paces.
Le Mooc "Racines" propose aux futurs étudiants en médecine de décortiquer le sens du vocabulaire utilisé en Paces. // © Université de Lorraine

Plusieurs universités mettent en ligne des Mooc "d'orientation", destinés spécifiquement aux lycéens, au moment où s'ouvre la procédure d'APB le 20 janvier 2016. Un moyen pour ces établissements d'éviter l'échec dans les filières en tension ou sélectives.

"Y a-t-il des maths en licence de psycho ? Comment apprendre le vocabulaire médical de première année en Paces ou en Staps ? Comment rédiger un CV et une lettre de motivation pour le dossier d'entrée à l'IUT ?" Autant de questions que se posent chaque année de nombreux lycéens de terminale au moment de choisir leur orientation. En ce début d'année, trois universités ont décidé de leur répondre avec des Mooc dédiés.

Combattre les idées reçues

Le calendrier est idéal : les vacances de février approchent, les inscriptions sur APB débutent le 20 janvier et le bac blanc s'achève. "Nous voulions cibler cette période particulière qui coïncide avec les vœux sur le portail admission post-bac. Les lycéens sont plus disponibles pour réfléchir à leur orientation. Avec notre Mooc d'introduction à la psychologie, il s'agit de déconstruire un certain nombre de fantasmes et d'idées reçues sur la psychologie, une discipline qui n'est pas enseignée au lycée, à la différence de la philosophie ou des maths", explique Ophélie Carreras, maître de conférences en psychologie à l'université Toulouse-Jean-Jaurès, qui a participé à la construction du Mooc.

"Chaque année, de nombreux étudiants s'étonnent de voir des cours de statistiques, alors que c'est une discipline très utile en psychologie. C'est une mauvaise surprise pour certains", regrette l'enseignante de Toulouse.

ouvrir de nouveaux horizons

Des Mooc pour déconstruire des mythes donc, mais aussi pour ouvrir de nouveaux horizons. Le professeur de biologie Bertrand Rihn, qui a participé à la conception du Mooc de l'université de Lorraine "Racines", en est convaincu. Ce Mooc, conçu avec Claire Le Feuvre, professeure de linguistique grecque à la Sorbonne, propose aux futurs étudiants "de décomposer des mots jamais vus et d'en déduire le sens grâce à l'étymologie". Et compte déjà environ 2.500 inscrits.

Bertrand Rihn part d'un constat simple : "il y a de moins en moins d'hellénistes et de latinistes parmi les étudiants en sciences ou en santé. Ils ne savent donc plus décortiquer les mots, ils n'en devinent plus le sens. Par exemple, ils ne verront ni la référence à la main, ni la référence au travail dans le mot chirurgie, issu du grec "chir" (main) et" urgie" (action). En Paces, les étudiants doivent apprendre entre 1.200 et 1.800 mots nouveaux, quasiment une langue étrangère !" Une manière de se familiariser avec ce nouveau vocabulaire, qui fera partie de leur quotidien.

En licence de psychologie et en Paces, deux filières universitaires en tension, la demande continue de dépasser l'offre chaque année. Une meilleure orientation "pourrait désengorger la première année de licence de psycho", estime Ophélie Carreras.

Toucher d'autres publics

Les filières attractives ne sont pas les seules à avoir mis en place ce type de formation. L'IUT de Paris-Descartes lance le 20 janvier un Mooc intitulé "entrer à l'IUT : les codes pour booster son dossier". Ce Mooc a vocation à toucher un public qui s'interdit parfois de postuler à l'IUT. "Notamment les lycéens en bac technologique ou ceux qui veulent suivre des filières industrielles", constate Guillaume Bordry, directeur de l'IUT de Paris-Descartes.

"Ce Mooc s'adresse à ceux qui ont les compétences, mais pas forcément les codes. Il est parfois plus simple de s'inscrire sur Internet que de se déplacer aux journées portes ouvertes. D'ailleurs c'est après les attentats de janvier et de novembre 2015, lorsque le salon APB et le salon de l'Éducation ont été annulés, que nous avons compris l'utilité de développer ce genre d'initiatives", précise le directeur de l'IUT.

C'est après les attentats de janvier et de novembre 2015, lorsque le salon APB et le salon de l'éducation ont été annulés, que nous avons compris l'utilité de développer ce genre d'initiatives.
(G. Bordry)

contrer les prépas privées

Le ministère, à travers FUN (France université numérique), ne peut pas être prescripteur de Mooc mais souhaite encourager et faciliter les démarches des universités qui se lancent. "Nous anticipons une augmentation de ces Mooc d'orientation pour 2017. Ce sont des outils formidables pour accompagner les lycéens", précise Catherine Mongenet, directrice du GIP FUN. Les rectorats ont été informés et sont chargés de diffuser l'information dans les lycées.

L'un des autres enjeux de ces Mooc est de contrer l'essor des prépas privées. "Nous espérons que le Mooc Racines concurrencera ces formations privées et coûteuses qui se multiplient pour les étudiants en Paces ou en sciences", indique Viviane Vaillard, enseignante et ingénieure pédagogique à l'université de Lorraine qui a participé à sa conception.

Pour attirer les lycéens et les inciter à suivre la formation jusqu'au bout, l'ingénierie pédagogique a été adaptée. "Nous avons inclus les lycéens et les étudiants de Paces dans tout le processus de conception. En amont, en menant des entretiens pour cerner les besoins, les profils, les spécificités de ce public, et pendant la conception, en testant les ressources et activités avec des lycéens et en modifiant certains aspects du Mooc", développe l'enseignante. L'aspect ludique n'a pas été écarté. "Nous avons imaginé un serious game où le lycéen peut cultiver un haricot qui donne à son tour de nouvelles racines".

UNE université totale

Sans cesse en transformation, les Mooc dessinent un nouveau rôle pour l'université : celui d'acteur global. "Nous voulons que l'université soit au cœur du parcours des individus. Avec les Mooc, nous voulons toucher le lycéen, le salarié en reprise d'étude, les étudiants, le retraité", énumère Catherine Mongenet.

D'autres experts se montrent plus sceptiques. "Je ne suis pas sûr que les lycéens, qui sont gavés d'apprentissage toute l'année, soient le meilleur public pour ces Mooc", s'interroge Matthieu Cisel, doctorant à l'ENS Cachan qui consacre sa thèse aux Mooc et blogueur EducPros. "Je pense en revanche que les adultes vont se jeter dessus", poursuit-il.

Les universités n'ont pas encore collecté toutes les données sur les profils des inscrits. Comme pour les Mooc "classiques", il s'agira de savoir si ces nouveaux apprenants sont déjà ceux qui sont les mieux formés et mieux armés…

Marine Miller  |  Publié le

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