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Les plates-formes de MOOC jouent les cabinets de recrutement

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon  |  Publié le , mis à jour le

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Venus d'outre-Atlantique, les MOOC (Massive open online courses) suscitent à la fois beaucoup d'enthousiasme au sein des établissements d'enseignement supérieur, et beaucoup de débats. Les questions qui se posent aujourd'hui sont liées à la pédagogie, mais aussi au modèle économique. Pas facile, en effet, de rentabiliser ces cours gratuits. Aux Etats-Unis, Udacity et Coursera, principaux acteurs du secteur, ont lancé des partenariats avec des entreprises pour leur fournir leurs meilleurs profils d'étudiants.

Succès fulgurant mais modèle économique balbutiant, les MOOC, ces cours en ligne gratuits, assurés par des professeurs d'université et rassemblés sur des plates-formes dédiées, sont chers à mettre en place et difficiles à rentabiliser, en particulier pour les universités. Plusieurs pistes sont testées, comme la facturation auprès des élèves de certificats attestant du suivi d'un cours. Mais le salut pourrait aussi venir de partenariats avec les entreprises.

Coursera et Udacity, deux start-up de la Silicon Valley qui agrègent aujourd'hui des centaines de MOOC, viennent de lancer des services pour mettre en relation leurs meilleurs étudiants avec des recruteurs. Pour le moment, ces prestations ne sont proposées que pour des profils de développeurs informatiques mais Coursera affirme qu'elle va les étendre à d'autres catégories socio-professionnelles.

Une mise en relation avec les meilleurs étudiants

"Nous utilisons des outils sophistiqués pour trouver automatiquement les étudiants qui pourraient répondre aux besoins d'une entreprise. Nous ne les mettons en contact que si nous pensons que chaque partie sera intéressée", écrit Coursera. Les élèves doivent préalablement se montrer ouverts à ce service, gratuit pour eux. Coursera fournit ensuite une sélection de profils aux entreprises, qui peuvent consulter le CV des étudiants, leurs résultats aux tests, le type de cours suivis mais aussi leur degré d'implication dans les différentes matières étudiées.

En effet, Coursera et Udacity intègrent dans leur repérage d'étudiants la participation de ces derniers aux forums de discussion associés aux cours et la qualité des commentaires fournis. Autant de manières, pour les recruteurs, de tester la capacité d'un étudiant à interagir avec les autres, à s'impliquer dans une communauté.
Cette activité sur les forums est aussi une preuve supplémentaire que l'étudiant a suivi le cours et n'a pas triché lors des examens – risque inhérent à tout test passé en ligne à ­la ­maison.

Chez Coursera comme chez Udacity, l'entreprise paie à la ­plate-forme de MOOC un tarif fixe pour chaque mise en relation. L'université ou le professeur qui propose le cours reçoit une (petite) partie de cette somme – entre 6 et 15%, comme l'atteste un contrat entre Coursera et l'uni­versité du Michigan que s'est procuré le Chronicle of Higher Education.
Pour le moment, ni Coursera ni Udacity ne communiquent sur les prix. Le fondateur de Coursera concède simplement que ce tarif se situe entre celui d'un cabinet de recrutement et celui d'un abonnement à Linkedin. Une ­fourchette assez large...

Les MOOC permettent de tester la capacité d'un étudiant à interagir avec les autres

Argument séduisant : la variété des profils

Parmi leurs clients figurent de nombreuses entreprises de la Silicon Valley, comme Facebook, Twitter, Google, ou de plus petites start-up comme App­Direct et ­TrialPay. Udacity estime à 350 le nombre d'entreprises avec lesquelles elle travaille.
Et si la majorité des entreprises sont américaines, Udacity affirme aussi traiter avec des sociétés basées en Europe, en Amérique latine et en Asie qui peuvent cibler leurs demandes de profils selon la zone géographique des étudiants.

Pour vendre leurs services, Coursera et Udacity disposent d'un argument séduisant : la variété des profils. À l'heure où certaines entreprises questionnent l'homogénéité des diplômés des meilleures universités américaines, les plates-formes de MOOC leur permettent d'avoir accès à des profils d'une grande diversité géographique et sociale, aux résultats académiques parfois très convaincants.
Ainsi les milliers d'étudiants qui suivaient un des cours d'informatique très populaires d'Udacity ont passé le même test que des étudiants de Stanford au même moment, raconte Sebastian Thrun, cofondateur d'Udacity, au Chronicle of Higher Education. Les 411 premiers venaient d'Udacity. Le meilleur étudiant de Stanford est arrivé... 412e.

Intégration des MOOC dans des cursus payants
Les MOOC permettront-ils d'obtenir des crédits universitaires et de diminuer les frais de scolarité ? Aux Etats-Unis, des universités ont déjà mis le doigt dans l'engrenage.
Georgia State University va ainsi reconnaître les MOOC suivis par les étudiants pour obtenir des équivalences. San Jose State University a annoncé un partenariat avec Udacity sur des cours de maths destinés à ses étudiants, des sessions gratuites en ligne. Si l'élève veut des crédits, il devra payer 150$ contre environ 650 pour un cours semestriel classique. Udacity et l'université se partagent alors la moitié des revenus.

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon  |  Publié le , mis à jour le

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