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Loi Fioraso : la résistance s'organise dans les universités

Marie-Anne Nourry
Publié le
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Université Paris 2 Assas // DR
Université Paris 2 Assas // DR

Début avril 2014, des universitaires ont publié une tribune pour réclamer un "réel changement" de politique en matière d'enseignement supérieur et de recherche. En quelques jours, la pétition a recueilli plus de 11.000 signatures. Signe que le malaise grandit dans les établissements, à l'heure des regroupements. Un mois et demi plus tard, de nouvelles actions se dessinent.

Fusion, association ou regroupement au sein d'une Comue (communauté d'universités et établissements) : l'horloge tourne pour les établissements qui doivent choisir leur mode de rattachement. Ceux qui optent pour la Comue ont jusqu'au 22 juillet 2014 pour entériner leur alliance, date à laquelle les statuts seront votés. En dépit d'une volonté affichée de simplifier l'organisation de l'enseignement supérieur, la loi Fioraso, adoptée en juillet 2013, provoque inquiétudes et tensions.

Preuve en est avec la tribune "Le changement à l’Université et dans la Recherche, c’est maintenant ?", publiée par des universitaires le 4 avril 2014, en réaction à un article du Monde sur la politique "plutôt consensuelle" menée par Geneviève Fioraso. "Nous courbons l'échine depuis cinq ans alors que nous pensions que l'étau allait se desserrer avec l'arrivée de François Hollande, souffle Marie-Laure Basilien-Gainche, professeure de droit public à Lyon 3 et co-auteure de la tribune.

A sa parution, la tribune a été qualifiée de "pétition anti-Fioraso", "à tort" selon ses initiateurs. "C'est la loi et non la personne que nous critiquons, nous n'avons jamais eu l'idée d'un autre secrétaire d'Etat, insiste Marie-Laure Basilien-Gainche. Notre objectif était de témoigner de notre malaise en moins de 6.500 signes."

 Une déception partagée

A la surprise de ses auteurs, la pétition a recueilli en l'espace de quelque jours plus de 11.000 signataires. "Je ne m'attendais pas à une telle mobilisation, avoue franchement Marie-Laure Basilien-Gainche. Ceux qui ont signé se sont sans doute reconnus dans notre témoignage." A la lecture des commentaires, la professeure de droit public fait le constat d'un découragement généralisé. "On nous demande d'être à la fois des enseignants, des chercheurs, des responsables de formation et des responsables administratifs. Il y a une explosion des burn-out dans les universités", s'alarme-t-elle.

Il y a une explosion des burn-out dans les universités (M.-L.Basilien-Gainche)

Faces aux tensions liées aux regroupements d'établissements, l'enjeu pour les universitaires est donc de faire entendre leur voix. "Je ne suis pas contre l'autonomie, mais je suis contre l'autonomie sous tutelle, souligne Marie-Laure Basilien-Gainche. La Comue rajoute une strate de représentation avec une sous-représentation des membres. C'est comme si l'Union européenne déterminait ses propres pouvoirs sans demander aux Etats membres."

Le groupe Jean-Pierre Vernant, qui réunit une cinquantaine d'universitaires proches de la gauche de gouvernement, a relayé la tribune sur les réseaux sociaux. "Elle tombait à un moment clé, justifie-t-il. Benoît Hamon venait d'être nommé à la tête du ministère de l'Education nationale, suscitant un espoir d'inflexion significatif dans la politique universitaire."

Le 3 avril 2014, le groupe avait lui-même envoyé une lettre au ministre pour réclamer le départ de Geneviève Fioraso, laquelle a reçu trois de ses membres début mai pour échanger leurs vues sur les regroupements. Si la rencontre a été "cordiale", les membres du groupe sont restés sur leur faim. "Suite à ce rendez-vous, il ne s'est rien passé. Il y a pourtant un décalage énorme entre le texte de loi voté en 2013 et son application dans les établissements." Le groupe Jean-Pierre Vernant dénonce avec ferveur le cavalier législatif inséré dans la loi sur l'agriculture qui réduit selon lui le niveau de démocratie des Comue.

Relâcher l'étau du calendrier

Après le succès de la tribune du 4 avril, plusieurs collectifs ont décidé de se rapprocher pour faire action commune. Cela a donné naissance à RESAU (Réseau pour l'association d'universités et d'établissements), un mouvement en faveur des regroupements universitaires horizontaux, sans chef de file. Dans une lettre au ministre datée du 14 mai 2014, ils demandent un moratoire sur les regroupements d'universités et l'organisation de débats dans les établissements. "Les regroupements sont menés à marche forcée, sans que la communauté universitaire ne soit consultée", dénoncent-ils d'une même voix, tandis qu'une motion portant des revendications identiques a été votée au Cneser (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche) le 19 mai.

Sur la suite à donner au mouvement, la nature des actions varie selon les collectifs. Le groupe du 4 avril, dont fait partie Marie-Laure Basilien-Gainche, a ouvert le blog "Nous sommes l'université et la recherche". "L'idée est donner un espace de parole aux universitaires, où ils peuvent faire remonter leurs expériences du terrain", indique-t-elle. Le groupe planche également sur l'organisation d'une journée de réflexion sur la réforme de l'université.
De son côté, le groupe Jean-Pierre Vernant envisage une mobilisation plus radicale : "S'il le faut, nous essaierons d'obtenir l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire au Sénat".


Marie-Anne Nourry | Publié le

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Loïc Mayoux.

Cet article, tout comme le groupe Jean-Pierre Vernant, ignore en effet l'opposition syndicale et aussi étudiante (syndicale ou non) aux regroupements forcés d'universités, opposition qui existe depuis plusieurs années, quand les COMUE étaient encore des projets de PRES. Il ignore aussi l'opposition aux autres effets des lois Fioraso LRU etc., comme le nouveau cadrage national de l'offre de formation qui semble s'inspirer du plus mauvais du "modèle américain", multiplie les stages obligatoires au cours du cursus (gare aux effets pervers : http://www.laviedesidees.fr/Les-dangers-de-la-multiplication.html), instaure une prétendue "transdisciplinarité" qui tend à vider les formations de leur contenu...

Groupe JP Vernant.

@Jérôme Lentille La réponse à votre gêne a été postée il y a une demi-journée, mais n'a toujours pas été validée par le modérateur.

Groupe JP Vernant.

@Jérôme Lentille Vous avez tout à fait raison d'être gêné. Il ne faut cependant pas avoir la gêne sélective. Nous avons adopté, pour les mettre en lumière, une modalité d'intervention dans l'espace public similaire à celle du Groupe Marc Bloch (marcbloch2012.fr/). A la différence près que nous sommes au charbon, personnels Biatss, enseignants et chercheurs, quand le groupe Marc Bloch est aux commandes du supérieur. Le groupe Marc Bloch s'est illustré récemment en intervenant auprès du chef de l'Etat pour maintenir Mme Fioraso, qui leur sert de paravent, en poste: M Salzmann pour la CPU, M Berger comme conseiller et M Carrière au nom des hauts fonctionnaires du ministère. Ce groupe clandestin est actuellement le principal moteur d'interventions, via la DGESIP en particulier, visant à jeter le discrédit sur une modalité de regroupement qu'il n'ont pas pu empêcher le Sénat de faire passer par amendement: l'association, dispositif confédéral, horizontal et égalitaire d'établissements. Il s'agit rien de moins qu'une violation majeure de la séparation des pouvoirs, la représentation nationale étant méprisée et la loi, telle que les parlementaires l'ont voulue, bafouée au sommet de l'Etat. Les questions des parlementaires: http://www.groupejeanpierrevernant.info/#reference à ce sujet n'ont reçu à ce jour aucune réponse. Il y a maintenant matière à une enquête parlementaire sur les conditions d'application de la loi ESR et sur de possibles conflits d'intérêts. La bonne question est alors la suivante. Pourquoi le groupe Marc Bloch, que l'enquête du Monde (http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/04/29/enseignement-superieur-la-guerre-secrete-de-deux-clubs_4408898_3224.html) a débusqué, reste-t-il clandestin alors que M. Sarkozy n'est plus à même de faire pression sur eux? Est-ce pour ne pas insulter l'avenir et rester au pouvoir en cas de nouvelle alternance? Est-ce parce qu'ils sont à moitié composés de personnalités de droite, comme M. Dizambourg, le mari de Mme Bonnafous, président d'un PRES-ComUE menacé en cas d'association de perdre son poste? Nous sommes las de nous en tenir à un parallélisme de façade avec le Groupe Marc Bloch. Pour notre action publique en faveur de l'association, nous passerons désormais par des contributions à RESAU, qui opère à visage découvert, et qui rassemble des collègues de toute tendance: www.resau.fr Les premiers signataires de la pétition sont disponibles ici: http://www.resau.fr/petitionresau/index.php?petition=3

Jérôme Lentille.

Je suis un peu gêné que l'on s'arroge le nom de Jean-Pierre Vernant pour défendre un point de vue très particulier et réducteur au regard des combats que Vernant a menés. Par ailleurs, impossible de savoir qui est membre du Groupe : pourquoi ne se désignent-ils pas puisqu'il s'agit d'un débat public ? Faut-il avoir la carte du parti et du courant ? JL

Pascal Maillard.

La résistance concrète dans les établissements s'organise aussi et peut-être d'abord au niveau des organisations syndicales. Ce que cet article oublie. Ce sont elles qui organisent avec les personnels des AG qui adoptent un peu partout des motions contre les regroupements, y compris dans les conseils centraux. Le SNESUP-FSU, par exemple, appelle à un moratoire : http://www.snesup.fr/Le-Snesup/L-actualite-du-SUP?aid=6991&ptid=5 Pour une prise de vue plus large voir ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-maillard/160514/neoliberalisme-autoritaire-et-democratie-universitaire

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