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Luc Hittinger : "La question de stopper le processus de Bologne n'est plus d'actualité"

Laura Taillandier
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Drapeaux de l'Union européenne © Parlement européen
Lancé en 1998, le processus de Bologne a profondément changé le paysage de l'enseignement supérieur au niveau européen. // ©  Parlement européen
Alors que la CPU organise son colloque, les 15 et 16 mars 2018, sur le thème de l’Europe des universités, Luc Hittinger, délégué permanent de la Conférence à Bruxelles, revient sur les changements enclenchés par le processus de Bologne et dresse les perspectives de la Conférence ministérielle européenne de l’enseignement supérieur, prévue en mai.

La CPU organise son colloque annuel, les 15 et 16 mars, sur le thème de "L'Europe des universités". Quels sont les enjeux de cet événement ?

Luc Hittinger, président de l'Upec. // © UPEC / Nicolas Darphin

L'idée est de faire adhérer les universités françaises à l'Europe. Si les plus gros établissements se sont organisés, certains s'interrogent encore sur les problématiques européennes et ce que souhaite l'Europe. Les universités ont aussi la difficulté à gérer le quotidien. Il y a la réforme du premier cycle à mettre en place…

Pour un président d'université dont le mandat court sur quatre ans, ce n'est pas forcément évident de lancer une thématique qui va se dérouler sur un temps plus long. Néanmoins, c'est un sujet important, car l'enseignement supérieur va jouer un rôle important dans le prochain programme-cadre. C'est maintenant qu'il faut agir pour récolter les fruits à partir de 2020.

Ce colloque sera donc l'occasion de développer trois thématiques : le rôle à jouer pour les universités en lien avec les organismes de recherche, la manière d'accompagner au mieux les étudiants au niveau européen et enfin préparer la suite – le rendez-vous de la conférence de Paris.

Cette conférence ministérielle européenne de l’enseignement supérieur sera l'occasion de tirer le bilan des vingt ans de Bologne. Quel regard portez-vous sur ce processus ?

Le processus de Bologne a eu plusieurs mérites. Il a montré que les établissements peuvent instaurer des échanges d'étudiants au niveau européen. Tout le monde s'accorde sur l'intérêt du programme Erasmus. Le processus de Bologne aura aussi permis la prise en compte d'indicateurs de qualité qui ne sont aujourd'hui plus discutés. Il aura surtout enclenché la mise en place des cycles licence, master, doctorat et la diffusion du système des crédits ECTS.

Bien entendu, il y a une diversité dans la mise en œuvre et parfois des difficultés pour s'entendre. La question des suppléments au diplôme par exemple n'est pas simple : comment les reconnaître en pratique ? Certains États ont appliqué à la lettre le processus, comme le Luxembourg ou l'Islande, car ils comptent peu d'université, ce qui leur rend la tache plus facile.

D'autres pays sont confrontés à une forte hétérogénéité de leurs établissements comme la France, ou l'Allemagne qui a dû totalement transformer son organisation. Mais c'est un premier langage commun qui fonctionne. Ce modèle est regardé de près, notamment en Asie, où il n'a pas de gouvernance forte. Mais il faut savoir se mettre d'accord à 48.

Il faut savoir se mettre d'accord à 48.

Qu'attendez-vous de la Conférence de Paris ?

Il est justement important d'étudier le renforcement de ce processus et aller plus loin, en essayant de maintenir l'inclusion de tous. Toute la difficulté est de trouver comment accompagner ceux qui sont moins avancés, comme les pays d'Europe de l'Est. C'est la dynamique qu'il faut avoir en tête, pas une date butoir.

Ce sont des réformes longues à mettre en place et qui dépendent des gouvernements. Il faut donc relancer le processus. Six groupes de travail regroupant les représentants des 48 pays se sont réunis depuis deux-trois ans. Nous sommes dans la dernière ligne droite.

Il n'est pas question de mettre fin au processus de Bologne ?

La question de stopper le processus de Bologne a été évoquée un temps, mais n'est plus d'actualité. Sinon par quoi le remplacer ? C'est très utile et les universités européennes voulue par Emmanuel Macron vont s'y appuyer pour partie.

À quoi ressembleront ces universités européennes ?

L'idée de départ était de permettre à 20 universités de s'associer en matière de formation et de recherche, de permettre des échanges de mobilité étudiante et de personnels, et de donner la possibilité d'apprendre au moins deux langues étrangères. Aujourd'hui, on parle davantage de réseaux d'universités. Il devrait s'agir de 20 réseaux, regroupant cinq universités, ainsi une centaine d'établissements seront concernés.

Plusieurs questions se posent et notamment pratiques, comme celles des salaires, qui diffèrent selon les pays. Il est nécessaire de s'entendre sur la notion d'excellence pour ne pas exclure des établissements de certains pays. Est-elle liée à la publication dans de grandes revues scientifiques ? À un brevet qui a donné naissance à une start-up ? Ou à la capacité à diriger un gros consortium ? Ces questions doivent être affinées jusqu'au mois de juillet, afin de lancer les premiers appels à projet pour la rentrée.

Le paysage européen a été marqué par le Brexit. A-t-on aujourd'hui une visibilité sur ses conséquences dans l'enseignement supérieur ?

Je ne sais absolument pas comment les choses vont évoluer. Il y a deux éléments : les négociations des états d'un côté et les établissements qui souhaitent de leur côté continuer à participer à Erasmus ou au programme ERC. Scientifiquement, c'est important qu'ils demeurent dans l'Union, la sortie de l'UE du Royaume-Uni implique aussi beaucoup de moyens en moins sur le programme-cadre. C'est une problématique financière à prendre en compte.


Laura Taillandier | Publié le

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yves LE DUC.

Dans l'histoire récente de l'espace européen de l'enseignement supérieur, le vrai démarrage , c'est le programme #Erasmus expérimenté bien avant le processus de Bologne. L'innovation majeure, ce sont les crédits #ECTS qui ont servi de levier d'échange entre universités.

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