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Montpellier Business School grossit, sans faire de bruit

Cécile Peltier  |  Publié le

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Montpellier Business School a mis en place une série d'initiatives en faveur de l'ouverture sociale.
Montpellier Business School a mis en place une série d'initiatives en faveur de l'ouverture sociale. // © Gilles Lefrancq/Montpellier BS

Montpellier la discrète est sortie de son silence, mi-octobre 2017, pour présenter son nouveau plan stratégique 2020. Il s'appuie sur une accélération de la production en matière de recherche et une diversification de ses portefeuilles de programmes. Sans perdre de vue son objectif de diversité sociale.

Dans un milieu hyper-compétitif où les écoles affichent leurs performances à grand renfort de communiqués de presse, la discrétion de MBS (Montpellier Business School) détonne. "Je préfère faire les choses et après, éventuellement, en parler", aime à répéter son directeur général, Didier Jourdan, aux commandes de l'école de management depuis près d'un quart de siècle. Sous sa férule, l'établissement, qui a fait de l'ouverture sociale son credo, poursuit son petit bonhomme de chemin, marqué, ces dernières années, par une croissance plus importante et une montée régulière dans les classements.

Certains chiffres parlent d'eux-mêmes. Entre 2013 et 2016, l'école est passée de 23 millions à 40 millions d'euros de budget et de 146 à 270 professeurs en ETP (équivalent temps plein). Et elle n'a pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin. Le plan stratégique 2020, dévoilé le 17 octobre 2017, table sur "47 à 50 millions d'euros" de budget annuel et quelque 3.500 étudiants (contre 2.700 aujourd'hui) à l'horizon 2020-2021, ce qui correspondra à la livraison de son nouveau campus. Sur un marché global, MBS n'a pas d'autre choix que de grossir pour rester dans la course...

Une OFFRE DE FORMATION diversifiée

Ce développement passe notamment par la diversification de son portefeuille de produits, encore réduit. "Il n'est pas question d'augmenter le nombre d'étudiants du programme grande école, rassure Didier Jourdan. Le gros de la croissance se fera sur les mastères spécialisés." Une dizaine de MSc (Masters of Science) dispensés en langue anglaise sont en chantier : "digital management", "wine marketing" ou des projets hybrides, tels que cette formation mêlant "management et design", en partenariat avec l'Ensam (École nationale supérieure d'architecture de Montpellier), ou "management, agronomie et digital", en lien avec Montpellier SupAgro.

Ces nouvelles formations s'adresseront essentiellement à une clientèle internationale, qui devrait représenter, à terme, 30 % des effectifs, quel que soit le programme (contre 20 % environ aujourd'hui). La diversification vaut aussi pour l'executive education (développement de l'Executive-MBA et de la création de DBA à l'international) dont la part dans le budget (5 à 10 % actuellement) devrait doubler d'ici à 2020.

Tous ces objectifs sont "raisonnables", insiste Didier Jourdan : "Mondialement, toutes les business schools sont en train de se lancer dans l'executive education, la bataille sera dure, inutile de s'attendre à des miracles !"

L'EFFORT EN MATIèRE DE RECHERCHE maintenu

Les marges dégagées par ces nouvelles activités devraient permettre à l'école de rattraper son retard en matière de recherche. "Actuellement, nous tournons autour d'un article publié par an et par enseignant-chercheur. L'idée est de parvenir à 1,5 en 2020", précise Didier Jourdan. Et, si possible, dans les meilleures catégories : "Il y aura de la place pour tout le monde, mais j'ai prévenu : les nouvelles recrues, je les veux dans [les revues] de rang 1 et 2."

Pour y parvenir, il prévoit le recrutement de minimum 10 nouveaux enseignants-chercheurs par an sur trois ans. De quoi atteindre les 90 en 2020. Un investissement conséquent pour une école de cette taille. Pour tenter d'allier quantité et qualité, MBS parie sur des profils de jeunes docteurs internationaux, capables de publier rapidement dans des revues de qualité et pas trop gourmands financièrement.

Une gageure ? "Ce n'est pas facile, mais on y arrive. Il ne faut pas se contenter de publier quelques annonces dans les revues internationales. Il faut envoyer ses enseignants-chercheurs partout, réseauter", assure le directeur.

"LE MONDE N'EST PAS FAIT DE BUSINESS SCHOOLS"

Autre axe de développement : les accréditations. L'école estime désormais avoir la maturité pour se lancer dans la conquête de nouveaux labels. Déjà estampillée AACSB, Amba, et Epas pour son programme grande école, la business school s'intéresse de près à Equis. C'est, à ce jour, l'une des dernières école du top 20 avec TEM (Télécom École de management) et l'EM Strasbourg à ne pas l'arborer...

Le monde n'est pas fait de business schools, mais d'universités pluridisciplinaires qui abritent en leur sein des business schools efficaces.
(D. Jourdan)

Mais même avec près d'une centaine d'enseignants-chercheurs et de nouvelles accréditations, l'école sait que pour tirer son épingle du jeu sur la scène mondiale, elle devra plus que jamais jouer collectif. Membre fondateur du laboratoire "Montpellier Recherche en management" aux côtés de l'université de Montpellier, du labex Entreprendre ou encore de la Comue Languedoc-Roussillon, MBS veut encore intensifier sa coopération avec les établissements du territoire.

"On a déjà répondu ensemble à certains appels d'offre européens et menons des programmes de concert, mais on peut échanger encore davantage pour optimiser nos politiques internationales. Le monde n'est pas fait de business schools, mais d'universités pluridisciplinaires qui abritent en leur sein des business schools efficaces. C'est dans ce sens que je cherche à travailler", appuie Didier Jourdan.

accentuer la DIVERSITé SOCIALE

Mais se développer ne signifie pas renier ses principes. Didier Jourdan, chantre de l'ouverture sociale et de la diversité, entend bien continuer sur cette voie. Prêts d'honneur, monitorat, diverses bourses (excellence, au mérite, internationales, etc.), permanences sociales... L'école, qui comptait en 2016-2017, 33 % de boursiers Crous, contre 25 % en moyenne dans les grandes écoles de commerce, a consacré, l'année dernière, plus de 5 % de son budget à des aides financières directes aux étudiants.

Une politique possible grâce à une gestion rigoureuse : "Nous pratiquons des taux de rémunération extrêmement raisonnables, à commencer par mon salaire, sommes assez vigilants sur les dépenses et mobilisons autour de nous un maximum de gens qui viennent nous aider à travers la taxe d'apprentissage et un petit peu via la fondation", énumère Didier Jourdan.

À terme, l'école qui s'est engagée à maintenir le pourcentage d'étudiants aidés quelle que soit la croissance de ses effectifs, compte d'ailleurs sur la fondation pour prendre le relais, au moins en partie. C'est l'objectif de la campagne de levée de fonds, qui sera lancée le 23 novembre 2017 lors des 10 ans de la fondation, rebaptisée pour l'occasion "Fondation MBS pour l'égalité des chances".

L'alternance, "une forme de stabilité économique"

À MBS, la diversité sociale passe aussi par l'alternance. Lancée il y a une vingtaine d'années, la formule, qui concerne aujourd'hui près d'un étudiant du programme grande école sur deux (46 %), a fortement décollé ces six dernières années. "Elle est désormais très prisée des étudiants, y compris ceux qui sortent de prépa, et des entreprises qui les ont embauché en finançant le coût réel de la formation et non plus seulement le montant des frais de scolarité, soit 16.000 ou 17.000  euros, contre 11.000 euros", détaille Didier Jourdan.

J'ai confiance en nos dirigeants, en espérant qu'ils conserveront certains équilibres [au sujet de réforme de l'apprentissage].
(D. Jourdan)

Résultat, même si un alternant continue de coûter plus cher qu'un étudiant classique, la formule, qui assure "une forme de stabilité économique" à l'école, tout en servant ses objectifs d'employabilité et de diversité sociale, est devenue une pierre importante de l'édifice. Mais pour combien de temps encore ? La réforme de l'apprentissage qui se profile inquiète certains établissements. Didier Jourdan, lui, se veut optimiste : "J'ai confiance en nos dirigeants, en espérant qu'ils conserveront certains équilibres. Au pire, s'ils actaient dans cinq ans la disparition de la part quota, cela nous laisserait le temps de réagir..." Pas sûr que tout le monde l'entende de cette oreille.

MBS, première école labellisée "Égalité professionnelle femmes-hommes"
Titulaire depuis 2099 du label "Diversité" dont elle vient d'obtenir le renouvellement pour quatre ans, MBS est aussi, depuis l'été 2017, le premier établissement d'enseignement supérieur labellisé "Égalité professionnelle femmes-hommes". Portée par l'État, et délivrée par une commission paritaire après un audit de l'Afnor, cette nouvelle certification récompense des établissements fournissant un effort particulier d'égalité hommes-femmes dans leur politique de ressources humaines et leur enseignement.

Ces initiatives incluent, par exemple, un travail de sensibilisation auprès des associations étudiantes : "Nous les avons alerté sur les clichés sexistes en matière de communication et les avons incité à respecter une certaine parité dans certains bureaux des associations, qui pouvaient être composés à 80 % de garçons..." analyse Caroline Cazi, directrice des RH, de la diversité et de la RSE.

Prochaine étape : la création, en partenariat avec l'AFMD (Association française des managers de la diversité), dont Caroline Cazi est aussi la vice-présidente, et la CGE (Conférence des grandes écoles) de supports pédagogiques à destination des établissements souhaitant à leur tour sensibiliser leurs étudiants.

Cécile Peltier  |  Publié le

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