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Paces : les doyens de médecine à la recherche du remède miracle

Virginie Bertereau  |  Publié le , mis à jour le

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Université Paris Descartes - Paris 5 - Salle de lecture BIU Santé Médecine-Odontologie © Photothèque Paris Descartes Huguette & Prosper
Numerus clausus, réorientations en première année... Les doyens ont alerté sur l'urgence d'une réforme lors des troisièmes états généraux de la formation et de la recherche médicales. // © université Paris Descartes-Paris 5 Huguette & Prosper

Réunis lors d'états généraux les 3 et 4 décembre à Paris, les doyens des facultés de médecine ont dessiné les grandes lignes d'une réforme de la première année commune aux études de santé qui fait consensus. Reste à convaincre les politiques.

Tous les doyens des facultés de médecine sont d'accord : il faut réformer les études médicales, et notamment la Paces (première année commune aux études de santé). Le sujet du "recrutement" a fait l'objet d'une table ronde en ouverture des troisièmes états généraux de la formation et de la recherche médicales, qui se sont déroulés les 3 et 4 décembre 2015 à l'université Paris 13.

Un numerus clausus intenable

"Il y a un côté intenable à rester sur cette notion de numerus clausus", a introduit Jean-Luc Dubois-Randé, le doyen de la faculté de Créteil. Ce "nombre restreint" d'étudiants admis à passer en deuxième année ne joue pas du tout le rôle de régulation de la démographie médicale qui lui avait alloué à l'origine.

Les places accordées dans chaque université sont calculées en fonction des besoins locaux. Mais les étudiants décident de leur spécialité et de leur lieu de formation plus tard, après la sixième année et le passage de l'ECN (examen classant national). Ils sont ensuite libres de s'installer où ils le veulent.

D'autre part, les diplômés de l'Union européenne qui viennent s'installer en France faussent en partie les projections d'effectifs de médecins. "En 2014, 22% des primo-inscrits à l'Ordre des médecins étaient des diplômés étrangers", révèle ainsi Anny Golfouse, de l'Observatoire national de la démographie des professions de santé. Un quart des étudiants sortis de faculté de médecine ne s'inscrivent même pas à l'Ordre des médecins dans les cinq ans... sans que l'on sache ce qu'ils deviennent.

Pour résoudre ce problème, la Conférence des doyens propose un contingentement (un terme qui remplacerait celui de numerus clausus) du nombre d'étudiants en fonction des besoins locaux mais surtout des capacités de formation.

"Le gouvernement a annoncé 130 places en plus dans certaines universités situées dans des déserts médicaux, sans leur accorder de moyens supplémentaires. Mais ce sont des facultés qui avaient déjà un fort numerus clausus et on ne sait pas quelle sera la démographie médicale de ces régions dans dix ans... Pourquoi ne pas donner plus de places aux universités du sud, comme Montpellier, Toulouse ou Marseille, qui ont davantage de capacités d'accueil ?" s'interroge Jean-Pierre Vinel, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine.

En Île-de-France, nous sommes très tentés par la suppression du redoublement.
(J-L. Dubois-Randé)

Des réorientations plus précoces

Autre critique : le taux d'échec (80% environ) à l'issue du concours de fin de Paces. Les doyens veulent donc avancer le calendrier de l'année pour procéder à des réorientations plus précoces, dès le mois d'octobre, grâce au contrôle continu. "En Île-de-France, nous sommes très tentés par la suppression du redoublement", évoque également Jean-Luc Dubois-Randé. L'idée est aussi de concevoir une formation plus générale qui serve vraiment aux étudiants réorientés.

Les doyens souhaitent aussi développer les passerelles entrantes pour "mettre de la souplesse dans le dispositif". "Il faut offrir des parcours en licence plus graduels, sans couperet, et une personnalisation dans les études de médecine", assure le doyen de Créteil. Les expérimentations commencées dans dix universités depuis la rentrée 2014 vont dans ce sens.

"À la Paces s'ajoutent d'autres voies pour recruter des profils d'étudiants différents, plus âgés, avec une autre vision de l'exercice, plus précise", indique Jean-Luc Dumas, le doyen de la faculté de Bobigny. Il s'agit avant tout de sortir du "moule à l'extraordinaire rigidité" : bachelier S mention très bien ou bien, issu de milieu urbain favorisé.

À quand la réforme ?

Alors, pourquoi pas une licence santé ? "Cette dernière piste est discutable, car on ne veut pas que les étudiants attendent trois ans pour atteindre une filière médicale. D'autre part, la grande force de la formation médicale en France reste sa professionnalisation rapide : dès la deuxième année, les étudiants font des stages. Repousser cela à la quatrième année nuit à la formation pratique", juge Carole Burillon, doyen de la faculté de médecine et de maïeutique Lyon Sud – Charles-Mérieux.

Si la nécessité d'une réforme fait consensus, les doyens se demandent quand elle pourra être mise en place. "Cela dépend des politiques ! Ce n'est pas entre nos mains, s'exclame Jean-Pierre Vinel. Mais on ne va pas attendre quatre-cinq ans et la fin des expérimentations car le système n'est plus tenable."

Virginie Bertereau  |  Publié le , mis à jour le

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