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Parcoursup : les écoles et les prépas s'inquiètent de la nouvelle procédure

Laura Makary
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APB : Admission postbac.
Le passage d'Admission postbac à Parcoursup provoque des inquiétudes au sein des écoles postbac. // ©  l'Etudiant
La nouvelle plate-forme d'orientation, qui sera lancée le 15 janvier 2018, pose de nombreuses questions d'organisation et de stratégies pour les filières sélectives postbac. Parmi les principales concernées : les écoles d'ingénieurs et les CPGE, qui s'inquiètent notamment du risque de surbooking.

D'Admission postbac à Parcoursup. Au-delà du changement de nom, la nouvelle procédure d'orientation des bacheliers pousse tous les établissements d'enseignement supérieur à se mettre en ordre de marche. Outre les universités, les écoles postbac et les CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) doivent repenser leur mode de recrutement. Ces filières sélectives restent attentives aux évolutions et s'interrogent sur la rentrée 2018. Car si les grandes lignes de Parcoursup, qui ouvrira le 15 janvier, sont déjà connues, de nombreux détails opérationnels restent encore flous.

La crainte du surbooking

Pour les classes préparatoires et les écoles postbac recrutant déjà via APB – essentiellement des écoles d'ingénieurs –, la principale interrogation concerne le remplissage de leurs classes, soumis à un équilibre complexe. Sans hiérarchisation des vœux, impossible de prévoir quel cursus choisira le lycéen. Par conséquent, dire oui à trop de candidats signifierait pour l'établissement risquer le sur-remplissage. Et un recrutement trop prudent déboucherait sur des classes en sous-effectif.

"Notre principal point de vigilance porte sur cette convergence entre les vœux des candidats et les places disponibles. Nous ne pouvons pas accueillir beaucoup plus d'élèves que prévu, car nos places et nos moyens sont limités. À l'inverse, il faut éviter les places non pourvues. Et il est difficile de se fonder uniquement sur les statistiques des années passées, car les comportements peuvent évoluer", argumente Marc Renner, président de la Cdefi et directeur de l'Insa Strasbourg.

La question agite également les classes préparatoires, confrontées aux mêmes problématiques. "Dans cette fameuse procédure au fil de l'eau, lorsqu'un candidat prend sa décision, les autres places qui lui étaient accordées retournent dans le pot commun. Il existe un vrai risque que cette procédure prenne beaucoup de temps avant d'arriver à une situation d'équilibre", ajoute Jean Bastianelli, président de l'APLCPGE (Association des proviseurs de lycées à classes préparatoires aux grandes écoles) et proviseur du lycée parisien Louis-le-Grand.

Le calendrier semble en effet complexe à tenir pour l'ensemble des établissements concernés. "Le ministère souhaite que la majorité des candidats soient recrutés entre mi-mai et le lancement du baccalauréat. Mais si nous remplissons au fil de l'eau, en mettant en attente les lycéens et en les acceptant au goutte à goutte, cela peut prendre plusieurs semaines", confirme Marc Renner.

Les dix vœux seront-ils suffisants ?

Autre motif de crainte : la limitation à dix vœux, au lieu de 24 sous l'ère APB. Cette diminution constitue un véritable problème pour les CPGE, chaque filière et chaque lycée faisant jusqu'alors l'objet d'un vœu spécifique. "Notre crainte est que les élèves de terminale postulent moins aux prépas et privilégient d'autres formations, moins sélectives. Peut-être faudrait-il permettre des vœux groupés pour les prépas ?", s'interroge Hervé Riou, président de l'UPSTI (Union des professeurs de sciences et techniques industrielles). Un modèle inspiré des écoles d'ingénieurs postbac : chaque concours, même s'il rassemble plusieurs écoles, ne décomptera qu'un seul vœu, comme c'était déjà le cas dans APB.

Nous craignons que les élèves de terminale postulent moins aux prépas et privilégient d'autres formations, moins sélectives.
(H. Riou)

De façon plus générale, avec ce nouveau système, les établissements s'inquiètent des stratégies que les élèves adopteront. "Je crains que les écoles les plus sélectives n'en pâtissent. Un candidat stressé, qui se retrouve sur liste d'attente, pourrait privilégier la première formation où il est admis", estime Pascal Brouaye, directeur de l'Esilv (École supérieure d'ingénieurs Léonard-de-Vinci), qui compte sur la création d'une charte, comme il en existait une sur APB. "Nous n'avions pas le droit de contacter les élèves avant une certaine date, ce qui assurait une équité entre les formations. Est-ce que cela continuera à être le cas ?" se demande le directeur de l'école d'ingénieurs privée postbac.

Quels seront les services proposés par ParcourSup ?

Le traitement des dossiers, effectué auparavant par APB, interroge également certaines écoles. Président du nouveau concours Puissance-Alpha, regroupant une quinzaine d'écoles d'ingénieurs, Jean-Marc Idoux espère conserver les services offerts par Admission postbac. "Jusqu'à présent, les candidats déposaient leur dossier sur APB. Ce service d'interface, très utile pour les établissements, sera-t-il encore assuré ? L'aspect logistique ne semble pas prioritaire, mais c'est une vraie urgence pour nous. Nous attendons 8.000 à 9.000 candidats, nous devons savoir au plus vite si nous créons notre propre plate-forme afin de réceptionner les dossiers. Idem pour les outils d'aide à la décision proposés par APB", souligne-t-il.

Ces questions devraient être tranchées d'ici à fin décembre par le ministère. Le temps presse pour les établissements, lancés dans une véritable course contre la montre pour attirer leurs futurs étudiants.


Laura Makary | Publié le

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Yves Epelboin.

"Nous ne pouvons pas accueillir beaucoup plus d'élèves que prévu, car nos places et nos moyens sont limités". C'est quand même assez gonflé et hypocrite. Parce que les universités ont des moyens illimités ?

father.

Certes non Mais jusqu a présent, le système etait dual Des cpge selectives et des facs ouvertes a tous ou presque Si l on veut eviter l implosion des facs il faut imposer une forme de selection. C est prevu et se faisant l exception française disparaitra. Le classement des voeux presentait un inconvénient : il etait exploité par des algorithmes un peu opaques.... surtout pour les formations universitaires. Apb a fait ses preuves. Il etait tres efficace pour les cpge. On a jete l eau du bain et... le lebebe avec Apb a subi les foudres des media pour quelques milliers d eleves qui ont mal fait leur voeux...(un peu d intelligence artificielle ou non ne ferait pas de mal) ou qui n ont pas obtenu la filière en tension qu ils visaient légitimement (ou a tort faute de prerequis) Ce n est pas l objet technologique qui est en cause mais les decisions politiques. Illustration : avant le tirage au sort en staps, on pouvait obtenir une filiere staps a coup sûr. Il fallait pour cela ne mettre que 6 voeux staps (les diecteurs d université etaient contraints pour satisfaire les demandes) Le malheureux candidat qui suivait le conseil d un voeu hors staps pouvait rester sur la touche. L inefficience d apb sur cet exemple vient d une regle a caractere politique, opaque, contredisant l algorithme d apb..

Tetard.

Dans 95% des cas, le système APB donne une réponse : -pour les bac S sur les six premiers voeux - pour les bac techno sur les trois premiers voeux. La liste des étudiants qui était retenue dans le système APB pour les filières sélectives donner un rapport de 4 entre le nombre d'appelé et le nombre de place et il était autorisé un surbooking de 20% sur le nbre de place.... Les projections actuelles sur le nouveau système oblige à porter le ration entre 5 et 6, ce qui est proprement délirant et source de déviance et de contournement du parcourssup... Certaines formations vont développer leur propre système et ne pas rentrer dans le système Parcourssup : ---> l'égalité à l'accès et de traitement ne seraient ou seront pas respectés

Elbalo.

Bonjour, Question naïve et en toute bonne foi, sans arrière pensée : Pourquoi les élèves ne peuvent-ils plus classer leurs vœux ? Alors que se pose la question du décrochage en première année et que de nombreux élèves se retrouvent dans des filières qu'ils ne souhaitaient pas, ne gagnerai-t-on pas à écouter leurs souhaits de cursus ? Même s'ils ne savent que vaguement où ils vont...

Dian.

Je pense que le plus inquiétant est pour les élèves. Parcoursup était censé donner au moins un vœu sur aux élèves. Étant élève de terminale, je crains être une des "cobayes" de ce système boiteux. Ne pensez vous pas que mettre en place un autre système en moins d'un an, apparemment sans concertation avec les écoles ou les profs, car ils ne savent pas comment va être le site, est une bonne idée? Je suis d'accord le tirage au sort à l'Université ce n'était pas ce qu'il y a de mieux, mais j'aimerais appuyer le point que toutes les universités n'étaient pas confrontées à ce problème car elles privilégient d'abord les élèves de leur académie. De plus, je voudrai intégrer une école sur dossier, est-ce que c'est vraiment judicieux? Déjà cela peut me gâcher beaucoup de vœux, et surtout vu que c'est par sélection les résultats ne sont pas avant juin/juillet, leur concept idéaliste de donner les vœux mi-mai est erroné. C'est bizarre en France on ne parle que des universités, mais le gouvernement ne connait apparemment pas le système des écoles sur dossier... Aussi si les universités deviennent sélectives, les vœux aussi tarderont à arriver. Grâce à ce nouveau système je crains que le nombre d'élève n'ayant pas d'orientation augmente. Merci beaucoup l'état français.

jpjohet.

Je ne vois pas en quoi les écoles post-bac, les prépas et IUT et BTS, filières sélectives avec raison devraient s'inquiéter d'un ersatz d'APB avec dix choix seulement. C'est une sélection à l'université qui s'installe sans vouloir affirmer son nom; les étudiants ont été manipulés-floués, à l'insu de leur plein gré pour certains.. Parions, qu'en juillet-septembre, le cirque de 2017 se reproduira en 2018, avec des phrases des médias et autres politiques ou syndicats étudiants sur le tirage au sort, comme si toutes les inscriptions étaient la conséquence d'un processus aléatoire pour tous. On se fout du monde seuls 3 à 4000 étudiants étaient concernés dans des filières spécifiques et quelques universités. Quel vacarme et débauche de solutions pour rien ou pratiquement rien. Lorsqu'on écoutait la médiocre médiacratie tous les étudiants concernés étaient des mentions très bien au bac. Mon oeil!!!

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