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Le nouveau diplôme pour les bacs pro n'est plus au programme

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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Lycée professionnel des frères Moreau, Quincy-sous-Sénart Essonne // DR
Le rapport Lerminiaux concentre ses mesures en faveur des bacheliers professionnels sur les STS.

Avec six mois de retard, Christian Lerminiaux remet un rapport consensuel sur l'orientation des bacheliers professionnels à Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon, vendredi 13 novembre 2015. Ses propositions se concentrent sur les STS et délaissent l'idée de créer une filière spécifique pour les bacs pro.

Annoncée en décembre 2014 par Geneviève Fioraso, alors secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur, la filière spécifique pour les bacheliers professionnels dans l'enseignement supérieur ne verra finalement pas le jour. L'argument avancé par le rapport de Christian Lerminiaux, rendu public vendredi 13 novembre ? "L'introduction d'un nouveau diplôme participerait à complexifier encore un système de formation déjà peu lisible", selon une version provisoire du rapport qu'EducPros s'est procurée.

Une filière spécifique contestée

Cette filière spéciale bac pro, qui aurait dû être expérimentée à la rentrée 2015, était pourtant censée répondre à la question cruciale de la réussite de ces bacheliers dans l'enseignement supérieur. Six sur dix envisagent désormais une poursuite d'études, malgré des taux de réussite faibles (inférieurs à 5% en licence).

Mais lors de son annonce, la mesure avait soulevé de nombreuses contestations. "Cela risque d'enfermer encore plus ces lycéens qui n'ont pas nécessairement choisi leur formation et renforcer leur sentiment de destin scellé", déclarait ainsi Sophie Orange, maître de conférences en sociologie à l'université de Nantes à EducPros.

Un avis partagé par Philippe Tournier pour qui "créer une nouvelle filière ne ferait que déplacer les mécanismes de ségrégation dont les bacs pro sont victimes du secondaire au supérieur". L'Unef et la Fage y étaient également défavorables. L'Unef parlait de "voie de garage" quand la Fage y voyait "un aveu d'échec" de la priorité donné aux bacheliers professionnels en STS.

priorité aux STS

Une idée suivie par le rapport. Partant du constat que les STS constituent la principale voie de poursuite d'études des bacheliers professionnels (22% des bacs pro poursuivent leurs études en STS sous statut scolaire) mais qu'elles ne parviennent pas à accueillir tous ceux qui en font la demande, le rapport Lerminiaux préconise d'en augmenter les capacités d'accueil (+ 50.000 places).

Cette simple augmentation étant jugée insuffisante pour garantir la réussir des bacheliers pro (dont seulement 55% des inscrits en première année accèdent au diplôme), le rapport insiste sur la nécessité d'adapter les pratiques pédagogiques qui devront mieux prendre en compte les lacunes disciplinaires et méthodologiques.

Il faut éviter de créer différents types de bac pro, au risque de créer une hiérarchie et d'enfermer les élèves.
(J. Dammerey)

un double parcours en terminale

Le rapport recommande également la mise en place d'un double parcours en terminale selon que le jeune souhaite s'insérer sur le marché du travail ou poursuivre des études. Pour ces derniers, les deux heures et demie d'accompagnement personnalisé pourraient être mises à profit pour une remise à niveau méthodologique et dans les matières générales. Quant aux périodes de stage, elles pourraient être revues à la baisse.

Une proposition à laquelle Jérôme Dammerey, secrétaire général du Snuep (Syndicat de l'enseignement professionnel), n'est guère favorable. "Il faut éviter de créer différents types de bac pro, au risque de créer une hiérarchie et d'enfermer les élèves", prévient-il.

Pas de sélection à l'université

Les universités devront tout de même faire un effort, selon Christian Lerminiaux. Elles sont invitées à "doubler leur capacité de délivrance de licences pro en augmentant l'offre dans les IUT mais aussi, et de plus en plus, dans les UFR". Le rapport préconise également que des enseignements professionnalisants optionnels soient proposés dès la L1, sans en préciser les modalités.

Ce rapport qualifié par Sophie Béjean, présidente du comité pour la Stranes (Stratégie nationale de l'enseignement supérieur), de "pragmatique et fin" n'aborde pas la délicate question de la sélection des bacheliers professionnels à l'université.

Christian Lerminiaux propose néanmoins de "permettre aux néobacheliers de bénéficier d'un statut spécifique pendant une année avec possibilité de s'inscrire sur APB et de bénéficier de la sécurité sociale". Histoire d'"éviter une inscription à l'université" et ainsi de participer à l'augmentation du taux d'échec en licence.

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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