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WAP, une méthode d'apprentissage par les pairs inventée à l'EM Lyon

Svenia Busson  |  Publié le

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Diane Lenne a mis en place à l'EM lyon une méthode d'apprentissage par les pairs et a fondé sa start-up depuis.
Diane Lenne a mis en place à l'EM lyon une méthode d'apprentissage par les pairs et a fondé sa start-up depuis. // © Diane Lenne

Étudiante-professeure de l'EM Lyon aujourd'hui entrepreneure, Diane Lenne a créé une méthodologie d'apprentissage par les pairs, et en a fait une start-up depuis qu'elle est diplômée. Zoom sur WAP (We Are the Projects) avant la conférence #EdUp2016 du 15 décembre 2016.

Diane LenneQu'est-ce que WAP (We Are the Projects) ?

WAP est une nouvelle forme d'apprentissage entre pairs. Nous avons commencé comme projet étudiant à l'EM Lyon et sommes depuis juin 2016 une véritable start-up. Nous proposons une alternative au "tout en ligne" en permettant aux individus d'apprendre entre eux, de tout et partout. Nous développons des méthodologies et technologies pour les établissements du supérieur et les entreprises mais les applications de notre concept sont très larges.

Comment vous est venue l'idée de développer une méthodologie d'apprentissage par les pairs ?

À l'EM Lyon, j'étais responsable éditoriale d'une association qui organisait des conférences-débats. Je me suis vite rendu compte que les moments les plus riches étaient les échanges avec le public et que le format traditionnel de la conférence ne permet pas de puiser dans l'intelligence collective. J'ai donc voulu introduire des "débats mouvants" dans des tiers lieux : les participants se déplacent dans l'espace en fonction de leurs arguments. À partir de cette expérience, nous avons imaginé une nouvelle approche pour un groupe de dix personnes, dans le cadre de laquelle les sessions thématiques sont organisées à partir des talents et intérêts du groupe.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre expérience d'étudiante-professeure à l'EM Lyon ?

Avant de créer mon premier cours à l'EM Lyon, j'ai visité une multitude de tiers lieux d'innovation de type maker où la notion d'apprentissage continu est fondamentale. J'ai été particulièrement marquée par le Noisebridge, le premier Hackerspace de San Francisco où tous les ateliers makers sont gérés par les résidents, lesquels partagent quotidiennement leur savoir-faire avec les autres.

En rentrant à l'EM Lyon après ces découvertes, j'ai été la première étudiante-professeure à créer un cours pour que les étudiants apprennent à se transmettre leurs talents. Le statut d'étudiant-professeur n'existe, sauf erreur de ma part, qu'à l'EM Lyon. Dans mon cas, il s'agit davantage d'un rôle de guide : je devais faciliter une session d'apprentissage et me reposer essentiellement sur l'intelligence collective. Avec l'aide des professeurs, des élèves et des chercheurs, nous avons créé le programme d'accompagnement, formé des élèves facilitateurs et créé l'application mobile pour permettre aux groupes d'organiser leurs sessions eux-mêmes en toute simplicité.

Il s'agit de faire acquérir aux étudiants une mentalité d'apprentissage et de les envoyer à la rencontre de personnes plus savantes.

À cet effet, j'ai imaginé un processus en plusieurs étapes : la première consiste à connecter le groupe pour que les étudiants identifient leurs points forts et leurs talents (ceux-ci sont très variés et relèvent des centres d'intérêt des élèves : yoga, management culturel, géométrie fractale...). Ensuite, il s'agit de faire acquérir aux étudiants une mentalité d'apprentissage ("growth mindset") et de les envoyer à la rencontre de personnes plus savantes ou expérimentées dans le domaine de leur talent, afin qu'ils les interviewent et nouent un premier contact. Toutes les interviews sont disponibles sur le blog de la classe.

À la suite de cette étape explorative, les élèves passent à la conception de leurs sessions d'apprentissage entre pairs. Cette étape comprend quatre phases : chaque étudiant doit d'abord apprendre à instaurer une ambiance bienveillante, indispensable à l'apprentissage, puis inspirer, montrer l'importance du sujet traité et faire comprendre à son auditoire en quoi il peut le toucher. La troisième étape est celle de l'engagement : comment amener les autres à expérimenter le sujet traité en leur faisant vivre la chose à travers un jeu, un débat, une expérimentation terrain, un brainstorming, etc. Enfin, il faut savoir gérer le feed-back des participants à l'issue de sa session, il doit être constructif et s'achever sur une mise en exergue des points positifs.

À l'EM Lyon, le cours WAP d'apprentissage entre pairs n'a jamais été obligatoire, il est désigné comme un dispositif d'apprentissage entre pairs complémentaire des cours "traditionnels". Ce dispositif existe encore aujourd'hui et sera officiellement proposé à tous à partir de janvier. Nous sommes également en discussion avec d'autres grandes écoles pour mettre en place WAP dans ces établissements et nous sommes en train de monter des partenariats avec des lycées à Versailles.

La place de l'enseignant n'est plus sur l'estrade mais près des élèves.

Si les apprentissages sont gérés par les pairs, a-t-on encore besoin des enseignants ?

Oui ! Mais leur rôle est amené à changer. La place de l'enseignant n'est plus sur l'estrade mais près des élèves. Dans cette disposition, il devient un accompagnateur, un facilitateur d'apprentissages pendant que les élèves gèrent ces derniers eux-mêmes.

Notre dispositif ne remplace pas l'enseignement traditionnel, il en est complémentaire. Il prend en compte le fait que 70 % de l'apprentissage est provoqué par l'expérience, 20 % par les interactions sociales et seulement 10 % par les méthodes formelles de transmission.

Quels liens existent entre l'apprentissage par les pairs et l'orientation ?

Il y a un lien très fort entre l'apprentissage par les pairs et l'orientation : quand les étudiants identifient leurs talents, ils font une introspection qui leur permet souvent de se redécouvrir grâce au groupe pour mieux envisager leur futur. De plus, ils se sentent valorisés par les sessions qu'ils animent car les talents existants sont mis en avant.

J'aime donner l'exemple de Malak, une passionnée de géométrie fractale, qui a si bien su engager son groupe que les participants en sont sortis fascinés. Cette session lui a donné l'idée d'un documentaire sur le sujet et elle a même été invitée à intervenir lors du TedxEMLyon pour parler du sujet devant une audience plus large.

Aller plus loin
Le blog de Diane Lenne.
Programme et inscriptions de la conférence #EdUp2016 du 15 décembre 2016.

Svenia Busson  |  Publié le

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